Un milliard d'euros pour le Plan Littoral 21

 |   |  1246  mots
(Crédits : OT Agde/Jacques Guittet)
Le 10 mars, à l’Hôtel de Région de Montpellier, avait lieu la présentation des conclusions du rapport sur l’aménagement du littoral en présence du Premier ministre Bernard Cazeneuve. Un accord-cadre entre l’Etat, la Région et la Caisse des Dépôts signe le lancement du Plan Littoral 21, avec des ambitions à horizon 2050.

Le Plan Littoral 21, projet régional élaboré conjointement par la Région Occitanie et la Caisse des Dépôts, a vocation à donner un nouvel élan à l'économie maritime et littorale, dite économie bleue, à horizon 2050.

Lancé en juillet 2016, il a fait l'objet d'une large concertation avec les collectivités locales, les acteurs de l'économie régionale et le Parlement de la mer, et méritait au moins la présence d'un ministre pour venir sceller un accord-cadre Etat-Région-Caisse des dépôts le 10 mars, à Montpellier.

Les premières grandes orientations du rapport sur l'aménagement du littoral, réalisé par les architectes Elisabeth et Christian Portzamparc et Laurence Tubiana, négociatrice de l'accord de Paris sur le climat, ont donc été présentées à l'Hôtel de Région de Montpellier, en présence du Premier ministre, Bernard Cazeneuve.

Un Parlement de l'urbanisme

L'ambition du projet est de doper l'attractivité du littoral méditerranéen sur sa partie Occitanie, menacée par le vieillissement des stations touristiques, l'inadaptation des infrastructures aux nouveaux usages, le risque d'étalement des équipements et le mitage du paysage, ou encore la pollution des lagunes et eaux marines. L'espace retenu par le Plan Littoral 21 n'est donc pas limité au trait de côte, mais s'étend en profondeur sur le territoire, incluant l'arrière-pays.

La vision stratégique était donnée par les auteurs du rapport.

« La Mission Racine (lancée en 1963 et qui a vu la création ex-nihilo de six stations balnéaires sur le littoral languedocien, NDLR) a eu ce mérite de nous laisser en héritage un trésor préservé, observe Christian de Portzamparc. Il y a un travail à faire sur les liens entre la côte et l'arrière-pays, le long de la côte. Il faudra imaginer, commune par commune, non plus des ZAC mais une vision en archipel, définie avec des architectes et des urbanistes qui décideront ensemble une méthode commune. Une sorte de Parlement de l'urbanisme qui travaillera sur la qualité de l'habitat, sur l'esthétique, la valorisation des étangs, etc. Ca pourrait être une méthode innovante. »

« Pas de projets pharaoniques, préconise Elisabeth de Portzamparc. Nous proposons de partir du potentiel existant, déjà riche, et de le développer avec des méthodes durables. »

Classer le patrimoine immatériel

Avant toute chose, l'architecte propose de valoriser tout ce qui fait l'identité de la région.

« Quand on superpose les différentes couches patrimoniales, nous arrivons à un ensemble divers mais cohérent, ajoute-t-elle. Notre première proposition, c'est le classement à l'Unesco du patrimoine immatériel de l'Occitanie, c'est-à-dire tout ce qui caractérise les cultures de la région. Ce qui permettra de construire un récit régional. »

Elle imagine, dans la continuité, de valoriser les différents sites classés par la création de « pavillons-nature » qui seraient des sortes de résidences d'artistes, afin de « faire vivre ces lieux ».

« Merci pour cette vision holistique, elle est indispensable, a déclaré le Premier ministre à l'attention d'Elisabeth et Christian de Portzamparc. Car il ne faut pas seulement rendre compatibles les activités maritimes mais essayer de penser toutes les problématiques dans des espaces allant au-delà de l'espace maritime. Ne pas penser ce qui se fait à Balaruc ou Bouzigues en écho à ce qui se fait à l'intérieur des terres serait une absurdité. Cette pensée holistique implique que l'on y mette de la matière grise, et dans cette période, cela fait du bien... »

Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, soulignait la volonté politique forte de ce projet tripartite.

« Une autre révolution est nécessaire, afin que notre région gagne son statut de puissance maritime européenne. La Méditerranée du futur s'inventera en Occitanie. Le tourisme est devenu une industrie majeure, mais son impact est fort sur un environnement fragile, et il manque de la cohésion entre le littoral et l'arrière-pays. Il faut remettre en désir notre littoral par l'innovation et la qualité. Mais il faut voir plus large que la problématique touristique. »

Une vitrine de la résilience écologique

L'ambition du Plan Littoral 21 est donc de concilier économie et tourisme durable. Globalement, il comprend trois orientations stratégiques : faire du littoral languedocien « une vitrine française de la résilience écologique », exploiter le potentiel d'innovation pour booster la croissance bleue, et améliorer l'attractivité, l'accueil et le vivre-ensemble.

Ce qui impliquera de verdir toute action d'aménagement du trait de côte, par exemple en luttant contre l'étalement urbain, en favorisant des infrastructures de transport et des modes doux de mobilité, ou en accompagnant la préservation écologique des milieux littoraux et des eaux marines et lagunaires.

Sur le plan économique, le Plan Littoral 21 s'attachera à valoriser les atouts de la région : faire émerger une filière régionale d'éolien offshore flottant (la région a remporté deux projets de fermes pilotes d'éoliennes flottantes au large de Gruissan et Leucate), renforcer la compétitivité des filières halieutiques, soutenir le développement d'une filière sportive autour du vent, structurer une offre touristique d'excellence, ou encore accompagner les innovations de ruptures dans les filières maritimes.

 « Une centaine de projets ont été identifiés, et des appels à projets permettront d'en détecter d'autres, énumère Carole Delga. Il faut enclencher le cercle vertueux de l'innovation. Un plan d'équipement régional nautique sera lancé. La Région veut continuer à promouvoir un tourisme populaire. Il faut développer les ports, le fret, la logistique - et nous travaillons au projet d'un cluster logistique -, favoriser l'intermodalité pour accroitre trafic portuaire. Pour assurer le bien-vivre ensemble sur le littoral, priorité sera donnée à la réhabilitation des infrastructures urbaines et portuaires, au développement de l'offre de services... »

Toutes les conclusions de l'étude Portzamparc/Tubiana n'ont pas été finalisées. D'autres propositions seront faites d'ici la fin mars.

Des financements partagés

Ce premier accord-cadre du Plan Littoral 21 préfigure le futur contrat territorial littoral 2018, qui sera intégré au futur Contrat de plan Etat-Région (CPER). Sur la période 2017-2020, le coût total prévisionnel du Plan Littoral 21 est estimé à près d'1 Md €.

La Région Occitanie apportera 300 M€ (soit 33 % du financement global) sur les trois prochaines années. Le reste sera assuré par l'Etat (200 M€, soit 22 %), ainsi que par les collectivités locales et le secteur privé par effet de levier (400 M€, 45 %).

La part de financement de l'Etat repose sur le CPER, les crédits Investissements d'Avenir sur les deux projets d'éoliennes en mer (78 M€ et 60,5 M€), mais aussi sur « une enveloppe d'investissement spécifique 8 M€ annuels pendant dix ans », précise Bernard Cazeneuve, soit 80 M€ contractualisés dans la nouvelle action du programme d'intervention territoriale de l'Etat.

L'économie bleue en Occitanie, c'est...

En Occitanie, le littoral méditerranéen compte 220 km de rivages, 55 communes classées « littorales » par la loi (450 000 habitants, dont un tiers à Narbonne, Sète, Agde et Frontignan), un parc naturel marin de 4 000 km2, 20 stations balnéaires, 70 ports de plaisance, 5 ports de pêche et 3 ports de commerce (Sète, Port-la-Nouvelle, Port-Vendres). L'économie bleue représente 8 millions de touristes par an, 30 000 chambres d'hôtes, 800 campings, 95 % de la production halieutique en Méditerranée française et 10 % de la production conchylicole nationale (530 exploitations), et 1 790 entreprises dans le secteur du nautisme (6 600 emplois).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/03/2017 à 11:21 :
Faire de l'Occitanie le premier territoire à énergie positive, c’est faisable.

Car la région offre un important potentiel de développement en ENR et il y a déjà une importante expertise locale.
- Le solaire : centre de recherche Thémis, de nombreux projets au sol, parkings et l’une des plus grandes centrales intégrées en toitures (70000m2) pôle économique de Saint-Charles.
- L'éolien, le parc éolien catalan = 96 MgW et les projets offshore à venir.

L’agglomération de Perpignan travaille depuis longtemps au développement de projets ENR et bénéficie de plusieurs locomotives : DERBI, Sup'EnR, etc…

Les infrastructures évoluent : il faut que le réseau puisse suivre (ou précéder) et le Languedoc Roussillon avait déjà depuis plusieurs années programmé l’évolution avec RTE et ENEDIS, Préfecture DREAL, ENERPLAN,… dans le cadre des schémas régionaux S3REnR et le SRCAE. Exemple : http://www.rte-france.com/sites/default/files/2016_14_04_bilan_electrique_languedoc-roussillon_midi-pyrenees.pdf
Et l'aboutissement de l'interconnexion entre la France et l'Espagne

Développement immobilier et touristique.
Pour le moment, le littoral a surtout des capacités et des pratiques adaptées au tourisme de masse et beaucoup reste à faire pour arriver à « monter en gamme ». Cela ne se décrète pas, cela s’apprend et cela se pratique. D’autant plus que le voisin Espagnol-Catalan offre un bon niveau qualité/prix de prestations, avec un cadre tout aussi idyllique. Quand à l’arrière pays, il semble toujours hésiter entre développement et repli, suivant les humeurs et les rumeurs.

Attractivité économique et qualité de vie, mais...
Les grandes métropoles Toulouse et Montpellier, font preuve d’un grand dynamisme, y compris en termes de croissance démographique.
Toulouse 15 000 nouveaux arrivants /an. – 3e métropole la plus attractive de France avec plusieurs universités et de grandes écoles d’ingénieurs et les secteurs traditionnels de l’aéronautique et du spatial.
Montpellier plus 4000 par an (source : http://objectifnews.latribune.fr/economie/2017-01-03/en-2014-toulouse-a-attire-deux-fois-plus-d-habitants-que-montpellier.html)
Avec des secteurs agro, informatique, médical, universités et pôles de recherches INRA, CIRAD, Agropolis, CNRS. Et 50% de la population a moins de 34 ans.

Malheureusement l’économie de la région ne permet pas encore de faire travailler tout le monde. Dans plusieurs départements, les taux de chômage sont parmi les plus élevés en France. En dehors des secteurs de pointe et des agglomérations, il persiste dans quelques secteurs des formes de ????? qui nuisent fortement au développement.
Il reste donc des obstacles à surmonter, y compris au niveau des infrastructures. Heureusement l’arrivée de grands groupes et des héliotropistes devrait théoriquement faire évoluer les méthodes.

Quoi qu'il arrive, il faut trouver un équilibre entre développement et préservation de la nature. Puisque les espaces naturels constituent par eux mêmes une forme de richesse.
Mais tout le monde n’en est pas conscient et il ne faut surtout pas précipiter les choses, pour ne pas risquer de commettre des erreurs irréparables.
Réponse de le 16/03/2017 à 21:54 :
Toulouse attire plus d'habitants en valeur absolue que Montpellier... encore heureux vue la taille de la Ville Rose ! Par contre vos chiffres ne sont pas valables : vous comparez ceux de la seule Ville de Montpellier à ceux de la Métropole de Toulouse dans son ensemble !!!
Réponse de le 22/03/2017 à 11:50 :
@ Iliad
Je n'avais pas fait attention et pris le CP 31555, source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=COM-31555

Pour Toulouse ce serait apparemment du même ordre que Montpellier ?
a écrit le 13/03/2017 à 18:12 :
Jusqu'à 2050, combien de Gouvernements pourront réduire cette somme ?
De telles prévisions ne sont pas sérieuses.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :