LTWF 2016 : Quels cépages feront les vins occitans de demain ?

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Joël Boueilh, président de Plaimont Producteurs
Joël Boueilh, président de Plaimont Producteurs (Crédits : E.H.)
L’innovation variétale est actuellement l’une des problématiques phares de la filière viti-vinicole. Lors de la 1e édition de La Tribune Wine’s Forum, le 9 novembre à Perpignan, deux stratégies se sont dessinées pour répondre à l’évolution de la demande sociétale : le recours à de nouveaux cépages nécessitant moins de traitements phytosanitaires ou la remise au goût du jour d’anciens cépages autochtones, plus robustes.

« La recherche de cépages résistants aux maladies est devenue l'une des priorités de la filière viti-vinicole au cours de ces dernières années », déclare Alain Carbonneau, professeur de viticulture de Montpellier SupAgro, en introduction à la première table-ronde de La Tribune Wine's Forum (LTWF), qui s'est déroulée le 9 novembre à Perpignan sous l'égide d'Objectif LR et de La Tribune Toulouse.

Du côté des professionnels de la production, la nécessité de réduire les traitements phytosanitaires en ayant recours à des cépages résistants semble acquise.

« La pression sociétale rend fondamentale la recherche sur les cépages résistants, indique Guy Bascou, membre de la Commission technique du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL). Néanmoins, il ne faut pas perdre de vu que l'objectif est de vendre du vin et que la notion de cépages est importante sur les marchés. Il faut aussi mener une réflexion là-dessus. »

Expérimentation régionale

Il n'en reste pas moins que le CIVL a noué un partenariat avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) pour créer un observatoire unique en France qui va mobiliser des vignerons volontaires de l'interprofession pour expérimenter des cépages résistants à l'échelle de l'ensemble du vignoble languedocien, dès 2018.

« Après avoir reçu l'autorisation du ministère de l'agriculture par un décret en mai dernier, nous avons lancé un appel aux vignerons qui seraient intéressés par expérimenter des cépages résistants, explique Guy Bascou. Ils ont répondu présents et aujourd'hui, une centaine de vignerons sont prêts à mettre des parcelles de 0,5 ha à disposition de l'Inra. »

Mais tout ne reste pas à faire en matière d'innovation variétale et de cépages résistants.

«  Même si l'Inra a tardé à entamer un réel travail sur l'innovation variétale, il existe aujourd'hui des cépages qui ont déjà fait leur preuve en matière de résistance et qualitativement. Ils pourraient être valorisés sur les marchés à condition  d'être adaptés aux conditions du vignoble languedocien. »

Autre voie: les cépages autochtones

Cette condition est justement remplie par un autre type de matériel végétal, les cépages autochtones.

« Je vais être un peu en décallage avec les propos qui sont tenus, précise Joël Boueilh, le président de Plaimont Producteurs (Saint-Mont, 32). Dans notre union de coopératives, nous pensons que les solutions de demain sont peut-être dans ce qu'on a laissé derrière nous. C'est pour ça que nous travaillons à remettre au goût du jour des cépages oubliés. Nous avons crées le conservatoire privé le plus important de France avec une cinquantaine de ces cépages  et on essaie de comprendre pourquoi ils ont été abandonnés. »

D'un point de vue commercial, ces cépages autochtones ont un atout que n'ont pas les nouveaux cépages :

« Ces cépages ont une histoire et une âme, explique Joël Boueilh. Et nous trouvons dommage que les défenseurs des cépages résistants plagient les cépages existants. »

Complexité

La réglementation française et communautaire tend néanmoins à protéger le matériel végétal existant.

« Si un cépage n'apparaît pas dans ce qu'on appelle le classement, il est possible de faire de l'expérimentation mais pas de la production pour commercialiser les vins, résume Laurent Mayoux, de FranceAgriMer. Cette liste de cépages évolue régulièrement. Deux demandes ont d'ailleurs été faites récemment par les vins Pays d'Oc IGP et le syndicat des vins de Bordeaux pour intégrer des variétés résistantes étrangères. Il reste dix dossiers a examiner mais le ministère devrait proposer un premier arrêté sur les cépages qui seront acceptés dans cette liste avant la fin de l'année. »

En réponse à une demande de Alain Carbonneau que la Région s'engage en faveur des cépages résistants, notamment pour valoriser ceux obtenus par Alain Bouquet, chercheur de l'Inra de Montpellier, René Moreno, conseiller régional a fait une proposition :

« Nous soutenons les initiatives en matière d'innovation variétale, a indiqué René Moreno. Par rapport aux difficultés sur ce dossier, la Région propose de jouer le rôle de coordinateur entre les interprofessions, l'Inra et FranceAgriMer ».

Autres solutions

La création de nouveaux cépages n'est pas la seule voie qu'il est possible d'emprunter pour s'adapter aux nouveaux enjeux sociétaux ou environnementaux, selon Éric Serrano, directeur régional de l'Institut français du vin (IFV).

« Quels cépages pour demain ?, interroge Éric Serrano. Il y a bien sûr les nouveaux cépages mais aussi les anciens cépages qui peuvent avoir de réels atouts en termes d'adaptabilité à leur milieu. Pour répondre à l'enjeu de l'adaptation au marché ou aux conditions climatiques, la sélection clonale peut aussi apporter des réponses. Enfin, il existe des cépages étrangers qui ne sont pas inscrits au catalogue mais auxquels on pourrait s'intéresser ».

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