Vins espagnols : sous pression, la grande distribution range ses rayons

 |   |  983  mots
L'opération menée par l'intersyndicale, le 12 avril à Pézenas
L'opération menée par l'intersyndicale, le 12 avril à Pézenas (Crédits : M.C.)
En lutte contre le manque de transparence des metteurs en marché et distributeurs sur l’origine des vins, les viticulteurs héraultais ont mené une action de protestation au Carrefour Market de Pézenas, le 12 avril. Contactée par Objectif, l’enseigne nationale évoque les dispositions qu’elle prend en faveur des vins français.

Dernière action en date des viticulteurs d'Occitanie contre la grande distribution et la confusion sur l'origine des vins : une opération de « contrôle » du rayon vin au Carrefour Market de Pézenas (34), le 12 avril 2017. Objectif : « chariots à la main, sortir du linéaire l'ensemble des Bag-in-box (Bib) d'origines équivoques ».

Une cinquantaine de viticulteurs héraultais se sont rendus à l'improviste dans cette moyenne surface sous l'égide de la Fédération départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FDSEA 34), des Jeunes Agriculteurs (JA 34), des Vignerons coopérateurs de l'Hérault et des Vignerons indépendants du département.

Pression sur Intermarché

«Notre cible a changé en 24 heures, indique Guilhem Vigroux, le président de la FDSEA 34 au groupe de viticulteurs rassemblés, au préalable, à la Chambre d'agriculture de Montblanc (34), le 12 avril. Nous allons finalement partir pour le supermarché Carrefour de Pézenas car celui que nous avions visé a bizarrement rangé tout son linéaire en moins d'un jour. Hier soir, il n'y avait plus un seul Bib de vins étrangers au point que le rayon était assez vide car ils n'avaient probablement pas eu le temps de le recharger en vins français. »

Le supermarché initialement visé était l'Intermarché de Bessan (34). L'un des objectifs de la manœuvre était de faire pression sur l'enseigne afin qu'elle rejoigne les négociations menées à l'échelle nationale entre la filière viti-vinicole et la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Réseau indépendant, Intermarché (comme Leclerc) n'appartient par à la FCD.

Candidat par défaut, Richard Vignaud, directeur du Carrefour Market de Pézenas, a vu son rayon vin « contrôlé et rangé» par les viticulteurs héraultais. Chariot à la main, ils ont ainsi retiré les Bib de vins espagnols dont l'origine n'est souvent pas affichée clairement.

Des marques qui jouent sur l'ambiguïté

« De nombreux Bib ont un packaging qui rappelle la France alors qu'il s'agit de vins étrangers, principalement espagnols, indique Samuel Masse, le président des JA 34.  Le consommateur est trompé, les viticulteurs d'Occitanie ne vendent plus leurs vins et la grande distribution accroît ses marges car elle vend ses vins quasiment au même prix alors que les vins espagnols sont deux fois moins chers. »

Les viticulteurs n'ont pas eu à chercher longtemps le moyen d'illustrer leur propos. À leur arrivée dans le linéaire vin, le hasard les fait rencontrer un couple de consommateurs qui venait de choisir un Bib de la marque Cambras (groupe Castel). « En achetant un vin Cambras, nous pensions acheter du vin français », expliquent-t-ils.

« Le négociant Castel décline sa marque Les Ormes de Cambras en différents vins de cépages IGP Pays d'Oc mais son autre marque Cambras est dédiée aux vins d'origine européenne, notamment espagnole », leur explique un viticulteur.

Résultat : le Bib incriminé a changé de chariot.

Carrefour a "un message à faire passer"

« C'est vrai que c'est limite, convient Richard Vignaud, directeur du Carrefour Market de Pézenas, au sujet du jeu ambigu des marques. Nous allons prendre les mesures qui s'imposent mais c'est difficile de tout contrôler au niveau de l'étiquetage. Nous sommes franchisés, nous ne maîtrisons pas tout. La plupart de ces Bib viennent d'une centrale d'achat avec des prix dont les ordres de grandeur sont déjà fixés.»

Le directeur du Carrefour Market de Pézenas a répondu favorablement à la demande d'une segmentation des produits. Il s'est engagé à « séparer les Bib français des Bib étrangers » et à « baliser le linéaire » pour faciliter l'identification de l'origine des vins.

Réponse du groupe Carrefour

À l'échelle nationale, le groupe Carrefour a indiqué à Objectif Languedoc-Roussillon avoir « un message à faire passer au niveau national », témoignant de la mise en œuvre de mesures en phase avec les revendications des viticulteurs.

« En 2016, le groupe Carrefour a lancé une marque dédiée aux vins du Languedoc baptisée La Francette, explique l'enseigne. Environ 2,5 M litres ont été vendus l'année dernière et 3,5 M litres devraient être écoulés en 2017. Les Bib de vin français sont, depuis cette année, identifiés avec un logo composé d'un drapeau français et d'une Tour Eiffel. Du 8 au 14 août prochain, nous allons organiser une opération de valorisation des vins français avec des animations dans nos magasins. Enfin, notre centrale d'achat à Nîmes (30), la Maison Johanès Boubée, embouteille plus de 80 % de vin d'origine française et Carrefour a travaillé avec seize caves coopératives de la région en 2016 pour les produits de marques nationales. »

Géant Casino en ligne de mire

Prochaine grande surface sur la liste des viticulteurs héraultais, le Géant Casino d'Odysseum, à Montpellier (34).

« Nous allons envoyé un courrier au directeur du Géant Casino Odysseum pour le prévenir que nous allons venir ranger les rayons vins et viandes de son magasin s'il ne le fait pas rapidement, prévient Guilhem Vigroux. Il y est notamment commercialisé de la viande portant le logo Viande française alors que les animaux sont élevés, abattus et découpés en Allemagne. »

Pour autant, le président de la FDSEA de l'Hérault convient que la majorité des grandes surfaces ont entendu le message et les revendications de la production.

« Nous avons visité un grand nombre d'enseignes entre Béziers et Montpellier pour préparer cette journée, indique Guilhem Vigroux. Un nombre très faible d'entre elles pouvaient être accusées de tromperie aujourd'hui. Par contre, tout est encore mélangé dans le linéaire des Bib. Celui-ci doit absolument être identifié et nous repasserons pour vérifier. À partir de là, 50 % du travail sera accompli. »

L'autre moitié du travail à accomplir sera « de remonter la chaîne », indique le représentant syndical. Le représentant syndical vise ainsi les producteurs de marques dont fait partie le négoce.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :