Bâtiment : « Le téléphone sonne à nouveau »

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Le secteur du bâtiment guette des signes d'encouragement pour l'avenir.
Le secteur du bâtiment guette des signes d'encouragement pour l'avenir. (Crédits : DR)
L’assemblée annuelle de la FFB Hérault a eu lieu le 3 juillet 2015, en présence de Jacques Chanut, le président national de l'organisation. L’occasion pour les professionnels de pointer les signes d’encouragement, parmi lesquels des mises en chantier à la hausse (+ 11 % en un an).

Pas de surprise sur la santé économique du secteur : la reprise se fait toujours attendre, et les professionnels du bâtiment souffrent encore de nouvelles contraintes administratives ou techniques.

La crise qui traverse le secteur du bâtiment, les perspectives d'amélioration et les moyens pour  y parvenir étaient à l'ordre du jour de l'assemblée annuelle de la FFB de l'Hérault, qui se tenait le 3 juillet 2015 à Montpellier, en présence du président national de la FFB, sur la thématique « Choc de simplification : parcours d'obstacles pour l'entreprise ».

« On ressent un frémissement, lié à ce qu'annonce l'immobilier pour la rentrée, mais on ne voit rien sur les carnets de commande, observe Patrick Ceccotti, président FFB 34. Les mises en chantiers et les autorisations de logements augmentent, mais la commande publique nous inquiète, elle ne lance rien. Comme on s'y attendait, 2015 sera une année difficile. »

Au 1er trimestre 2015, l'Hérault enregistre 12 188 logements autorisés (+ 14 % par rapport au 1er trimestre 2014) et 10 855 logements mis en chantier (+ 11 %). Une situation un peu meilleure qu'au niveau régional (22 182 logements autorisés, soit + 5,5 % ; 20 056 mises en chantier, soit - 4,9 %), mais aussi qu'un niveau national (- 8 % et - 6 %).

Paradoxalement, des signes encourageants permettent d'être optimistes.

« Le crédit immobilier repart, avec une augmentation de 14 % des ventes », annonce Jacques Chanut.

La rénovation à la traîne

Dans le même temps, la rénovation-entretien, qui représente plus de la moitié de l'activité des entreprises, « n'arrive pas à décoller malgré des mesures-phares comme le crédit d'impôt transition énergétique », ajoute Jacques Chanut.

« Les artisans disent que "le téléphone sonne à nouveau", alors tous les espoirs sont permis, confie Jacques Chanut. On espère une reprise dès la rentrée pour l'activité amélioration-entretien, et début 2016 pour la construction. »

Les professionnels misent aussi sur les fonds européens du plan Juncker, pour la rénovation énergétique de 40 000 logements privés en France, soit 400 M€.

Pour booster le secteur, les professionnels du bâtiment demandent également « un nouvel effort sur le prêt à taux zéro pour les primo-accédants, notamment le renforcement de la possibilité de rembourser dix ou douze ans plus tard, ce qui permettrait un impact sur la mensualité », explique Jacques Chanut.

Le fléau du travail détaché : « révoltant ! »

Le président de la FFB évoque pour l'heure des effectifs tombés à 1,1 millions de salariés dans le secteur : « Depuis le début de l'année, ce sont plus de 50 000 emplois dans le bâtiment qui ont été perdus en France ».

Dans l'Hérault, Patrick Ceccotti rappelle ce chiffre alarmant de 4 400 emplois perdus dans l'Hérault depuis 2008, soit 21 % des emplois.

"Un secteur se porte mieux que les autres dans l'Hérault : celui du logement social, observe Patrick Ceccotti. Mais le problème, c'est qu'il échappe de plus en plus aux entreprises du bâtiment locales, au profit d'entreprises hyper compétitives, notamment sur le gros œuvre. »

La problématique des salariés détachés, ces salariés venus d'un pays de l'Union européenne et pour lesquels sont appliquées les charges sociales de son pays d'origine, génère un phénomène de dumping social et une concurrence jugée déloyale pour les entreprises.

« En Languedoc-Roussillon, on est très aidés par le Préfet, note Patrick Ceccotti. Mais le combat est très compliqué. Il y a beaucoup de retard pour avoir les résultats des contrôles et on se heurte toujours à la lenteur traditionnelle de la justice... Aujourd'hui, nous ne reconnaissons plus notre marché. On observe des écarts de 20 % sur les appels d'offres. C'est révoltant et humiliant ! »

La 16e convention de bonnes pratiques était signée ce 3 juillet avec l'association des maires de l'Hérault.

« Mais les effets de ces conventions commencent à se diluer, observe Patrick Ceccotti. On va les rafraîchir et les réactiver. Mais on peut dire qu'il y a une vraie prise de conscience des politiques, et que la peur de la sanction et la responsabilisation générale font bouger les choses. »

Des sanctions qui pourront désormais aller « jusqu'à 500 000 € avec arrêt de chantier, mesure pénale et solidarité du maître d'ouvrage », rappelle le président de la FFB, qui dénonce l'hypocrisie générale face à cette fraude, à tous les niveaux : architectes-maîtres d'œuvres, maîtres d'ouvrage, forces publiques.

Cartes d'identification à la rescousse

La fédération, qui a longuement bataillé sur le sujet, se félicite de l'instauration, via la loi Macron, d'une carte d'identification professionnelle qui facilitera les contrôles sur les chantiers. Elle espère sa mise en œuvre en janvier 2016.

Elle se réjouit également que les sénateurs aient adopté un amendement confirmant le rôle des douanes dans la vérification de ces cartes sur les chantiers. Mais la mesure n'a pas encore terminé son parcours législatif.

« Il ne faut pas vendre la peau de l'ours ! », pondère Jacques Chanut, prudent.

En attendant la reprise, la fédération évoque une crainte : le bâtiment est le secteur qui consomme le plus de fonds de roulement, et les professionnels redoutent que les entreprises n'aient pas la trésorerie nécessaire au moment de la reprise.

« Il faut prévoir un système d'acomptes auprès des maîtres d'ouvrage pour accompagner la reprise d'activité et éviter des dépôt de bilan qui interviendraient malgré des carnets de commande pleins ! », préconise Jacques Chanut, inquiet de voir se reproduire un schéma déjà vu dans les années 1990.

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