E.On, la mégacentrale qui enflamme les Cévennes

 |   |  973  mots
Premiers tests de broyage, mardi 21 octobre, pour la mégacentrale E.On qui doit se convertir en 2015 à la biomasse
Premiers tests de broyage, mardi 21 octobre, pour la mégacentrale E.On qui doit se convertir en 2015 à la biomasse (Crédits : ©DR)
Le géant allemand de l’énergie, qui doit convertir à la biomasse sa centrale thermique de Gardanne (13) en 2015, a signé ses 1ers contrats d’approvisionnement en Languedoc-Roussillon : 80 000 T de bois d'énergie, soit 80 % de la part régionale en 2016. Les tests de broyage ont débuté le 21 octobre. Au pays de la châtaigneraie, la colère monte.

Les premiers grumiers - 5 500 T de bois d'énergie en provenance des forêts de PACA  et, pour une faible part (40 tonnes), du Gard  -, ont été livrés en août et septembre sur la plate-forme de Gardanne (13). Entré en phase de test, E.On, le troisième groupe mondial du secteur de l'énergie a entamé, mardi 21 octobre, ses premiers essais de broyage pour sa future mégacentrale à biomasse, "Provence IV biomasse".

La mise en service industrielle est prévue pour le second semestre 2015. Le géant allemand, qui compte se fournir dans un rayon de 250 km autour de Gardanne, prélèvera alors 855 000 T de bois par an, dont 35% en provenance des forêts de PACA et Languedoc-Roussillon, 25% provenant du recyclage de bois, le reste étant importé des forêts d'Europe et d'Amérique du Nord. L'objectif est d'atteindre un approvisionnement 100 % local en 2025.

approvisionnement bois d'E.On

Alors que le débat s'enflamme dans les Cévennes, où 35 000 T de bois seraient prélevés chaque année sur le territoire de la châtaigneraie, E.On. boucle ses premiers contrats d'approvisionnement en Languedoc-Roussillon  :

"Sur les cinq départements, onze contrats ont été signés dont quatre sur le Gard et la Lozère, pour un approvisionnement entre 2 000 T et 15 000 T par contrat, représentant 80 % de nos besoins en bois forestier sur cette région", détaille Pierre-Jean Moundy, responsable des relations institutionnelles biomasse chez E.On, en charge des approvisionnements.

Parmi les signataires, l'Office National des Forêts, les coopératives forestières "La forêt privée lozérienne et gardoise" (FPLG) et "Sylva Rouergue".

"Nous nous sommes entendus sur un cadre contractuel sur 20 ans, mais avec des engagements quantitatifs et de prix sur cinq ans", reprend Pierre-Jean Moundy, qui estime à 11 M € en 2016 les bénéfices générés en région par cet approvisionnement, pour 80 emplois créés.

La châtaigneraie cévenole : 35 000 tonnes de discorde

Si la bioénergie perturbe le marché du bois (les acteurs de la filière forestière comme l'usine de papier de Tarascon (13) voient d'un très mauvais œil l'arrivée d'E.On, NDLR), encore faut-il que la forêt cévenole puisse entrer dans le jeu.

La première barrière à l'entrée pourrait être les prix pratiqués par le géant allemand : "Nous achetons à 30 € la tonne prix bord de route, c'est à dire arbre coupé, débité et mis au bord de la parcelle, prêt-à-emporter", détaille Pierre-Jean Moundy. Mais qui va aller couper les arbres sur ces zones fortement pentues ? Et comment rentabiliser les coupes, quand on possède un à deux ha de forêts ? Alors qu'un premier regroupement forestier se met en place en Pays Viganais (l'association syndicale libre, dont les statuts seront déposés en janvier prochain, NDLR) regroupant 460 propriétaires pour 500 ha de surface forestière, les doutes planent sur la capacité de cette filière à se structurer.

châtaigneraie cévenole

"On estime qu'il y a cinq millions de tonnes de châtaigniers dépérissant dans les Cévennes, assure Evelyne Nguyen, déléguée générale de l'interprofession régionale du bois Languedoc-Roussillon, Arfobois. Ce sont des massifs très abîmés sur lesquels on n'est pas rentrés depuis plus de 50 ans, qui ne peuvent trouver de débouché que sur le bois énergie."

En Languedoc-Roussillon, où plus de 60 % des forêts sont situées dans des zones très difficiles d'accès, E.On et la bioénergie en général représenteraient une issue d'avenir, « à condition de ne pas aller puiser dans des massifs à plus forte valeur ajoutée et de travailler avec E.On sur les zones difficiles d'accès uniquement, où le bois n'est actuellement pas valorisé », prévient-elle.

Le Parc National des Cévennes veille

L'arbre de la discorde est bien la châtaigneraie cévenole, représentée par une somme de petits propriétaires disséminés (80 % possèdent moins de 10 ha) sur un massif forestier d'environ 150 000 ha.

"Comment faire de la gestion productive sur une zone où il n'y a pas de réelle tradition sylvicole ?, interroge Jacques Merlin, le directeur du Parc National des Cévennes. La filière bois, pas assez structurée, pourrait pâtir d'un développement trop brusque."

Pour limiter les "risques de dégâts et permettre aux coupes forestières de se réaliser au bénéfice du territoire et non à son détriment", le Parc National des Cévennes a signé, le 8 janvier 2014, un protocole de travail avec E.On. Il vise à établir un cahier des charges qualitatif sur l'ère d'adhésion du Parc, "modérant les risques de dépossession de la valeur ajoutée locale (emplois, filières courtes, etc.) et de dégradation des paysages (impact visuel des coupes ou destruction des terrasses et des clèdes) en imposant notamment des règles sur l'intensité des coupes, leur taille, les formes de coupes, les techniques d'exploitations et de débardage par exemple, pour sortir les bois de ces zones enclavées sans casser les murets des bancels".

Si tout va bien, l'accord sera signé mi-2015 et profitera à toutes les Cévennes, "dans la mesure où il sera intégré aux futurs contrats d'achats bois d'E.On. pour le territoire cévenol".

POUR ALLER PLUS LOIN

En provenance du Languedoc-Roussillon, l'approvisionnement de l'unité biomasse de Gardanne sera constitué de bois d'élagage et d'entretien (20 000 T annuels), de bois de recyclage (palettes, ameublement, bois de démolition, 17 000 T annuels) et de bois forestier (100 000 T). En 2025, le mix énergétique de la nouvelle unité "Provence 4 Biomasse" sera alors composé de 90 % de biomasse locale (855 000 T/an dont 50% provenant des forêts de PACA et Languedoc-Roussillon et 50% issus de recyclage de bois) et de 10 % de charbons cendreux de récupération (127 000 T/an).

Approvisionnement bois d'E.On sur 20 ans

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/10/2015 à 11:27 :
Pour info les allemands viennent dévaster notre pays mais n'ont pas ce genre d'usine chez eux, ils préfèrent le charbon !! a la place des feuillus abattus ils vont replanter des résineux qu'ils vont arroser copieusement a coup d'engrais pour une croissance plus rapide, ils vont ainsi créer des forêts avec une seule essence d'arbres ou rien ne pousse dessous, c'est une véritable catastrophe écologique, les français devraient tous être dans la rue pour ce genre de scandale au lieu d'y descendre pour de mauvaises raisons.
a écrit le 31/10/2014 à 14:34 :
les vieux arbres sont les plus utiles pour la fixation du CO2 ,il faut rehabiliter la chataigneraie et non la detruire
Réponse de le 14/11/2014 à 21:42 :
Erreur, les arbres jeunes fixent mieux et en plus grande quantité le CO2, sans parler des autres problèmes phytosanitaires liés à des forêts composés d'arbres dépérissants...
a écrit le 26/10/2014 à 21:00 :
Quand ces bourrins d'allemands viennent cramer nos forets pour s'enrichir a court terme ... Sous couvert d'ecologie ... Le bois ne doit pas servir a faire de l'electricite. C'est un contre sens ecologique
Réponse de le 27/10/2014 à 0:02 :
Le bois et la foret ca se cultive comme le blé et le mais. Des récoltes intelligentes
er bien programées ne nuisent pas a l ecologie, au contraire.
Autant utilser du bois inteligemment pour chauffer que de laisser pourir les arbres morts de vieillesse ou abattus par les tempêtes.
a écrit le 25/10/2014 à 23:21 :
Ces chiffres ne font de sens que si on les compare a la quantité de bois qui pousse chaque année sur les memes surfaces.
Ce serait de la folie d abattre plus d arbres qu il n´en repousse dans la même periode.
le prix des troncs livrés en ras en bordure de route est de 40 euro le m3, pas 150 !
a écrit le 25/10/2014 à 21:17 :
E.ON achèterait 30 euros la corde de bois coupé alors que le prix moyen du bois de chauffage est de 150 euros. Ce bois cévenol serait donc de qualité excécrable. La mode est aujourd'hui au chauffage au bois avec des chaudières régulées à haut rendement. La demande de bois explose et les prix s'envolent.
a écrit le 25/10/2014 à 18:07 :
La pétition pour ce projet de 150 petits MWe qui vont faire cramer tout le sud est de la France.

Sans compter tous les camions !

Le bois doit servir au bois d'oeuvre, au chauffage, pas à faire de
l'électricité

https://www.sauvonslaforet.org/petitions/959/e-on-veut-bru ler-les-forets-francaises-a-gardanne
a écrit le 25/10/2014 à 13:20 :
Les industriels et les propriétaires forestiers n'ont aucun intérêt à saccager les ressources forestières.
C'est leur fond de commerce et ils savent très bien qu'il faut gérer sereinement et sur le durée.
Le bois est par "essence" même, une activité de (très) long terme. On peut déboiser un massif en 5 ans, mais il faut 100 ans pour le reconstituer.
En châtaigneraie, il faut de 15 à 30 ans pour avoir du bois de chauffe et 50 ans pour du bois d'oeuvre!
Par contre, l'entretien d'un massif permet une production plus rapide et de meilleure qualité et génère une activité économique importante, locale et non-délocalisable et diversifiée, c'est vital pour des régions qui sont, justement, de par la taille des forets, peu peuplées et peu dynamiques économiquement!
a écrit le 25/10/2014 à 13:06 :
Les industriels et les propriétaire forestiers n'ont aucun intérêt à saccager les ressources forestières.
C'est leur fond de commerce et ils savent très bien qu'il faut gérer sereinement et sur le durée.
Le bois est par "essence" même, une activité de (très) long terme. On peut déboiser un massif en 5 ans, mais il faut 100 ans pour le reconstituer.
En châtaigneraie, il faut de 15 à 30 ans pour avoir du bois de chauffe et 50 ans pour du bois d'oeuvre!
Par contre, l'entretien d'un massif permet une production plus rapide et de meilleure qualité et génère une activité économique importante, locale et non-délocalisable et diversifiée, c'est vital pour des régions qui sont, justement, de par la taille des forets, peu peuplées et peu dynamiques économiquement!
a écrit le 25/10/2014 à 13:06 :
Les industriels et les propriétaire forestiers n'ont aucun intérêt à saccager les ressources forestières.
C'est leur fond de commerce et ils savent très bien qu'il faut gérer sereinement et sur le durée.
Le bois est par "essence" même, une activité de (très) long terme. On peut déboiser un massif en 5 ans, mais il faut 100 ans pour le reconstituer.
En châtaigneraie, il faut de 15 à 30 ans pour avoir du bois de chauffe et 50 ans pour du bois d'oeuvre!
Par contre, l'entretien d'un massif permet une production plus rapide et de meilleure qualité et génère une activité économique importante, locale et non-délocalisable et diversifiée, c'est vital pour des régions qui sont, justement, de par la taille des forets, peu peuplées et peu dynamiques économiquement!
a écrit le 25/10/2014 à 6:51 :
L'écriture symbolique de tonne est t minuscule et non T.
Réponse de le 25/10/2014 à 10:54 :
...oui, car T = Tesla, l'unité de mesure de champ magnétique.
Réponse de le 26/10/2014 à 14:57 :
les symboles sont en majuscule quand ils sont dérivé d'un nom propre. (Tesla, Volt, Ampere etc...) sinon minuscule., (metre,seconde). Les préfixes sont en minuscules tels kilo.
a écrit le 25/10/2014 à 3:52 :
enfin nous allons voir des forets privés entretenues. Cela va peut être inciter les communes dans l'arrêt du brulage et d'alimenter les stockages de déchets végétaux. Cela va aussi permettre de créer de l'emploi. Par contre il faut éviter tout dérapage et de couper sans aucun discernement mais je fais confiance à l'ONF pour veiller au bon déroulement de cette nouvelle filière. Reste un point à surveiller que nos élus ne fassent pas de cette filière un système de corruption en favorisant la famille les amis et les magouilles électorales.
Réponse de le 25/10/2014 à 8:53 :
Je vous trouve pleine d'illusions. L'ONF va être écartée comme gêneuse et signera toutes les autorisations et dérogations qu'il faudra. On va dévaster nos forêts pour des profits à court terme qui seuls comptent dans notre monde dirigé par les financiers.
Réponse de le 25/10/2014 à 15:34 :
Il est effectivement à craindre un massacre à la tronçonneuse.
a écrit le 24/10/2014 à 21:34 :
Si c'est écologique et en plus crée des emplois alors pourquoi pas ! On a besoin d'investissements et personne n'est obligé de vendre son bois !
a écrit le 24/10/2014 à 18:57 :
L'écologie industrielle (éolien, biomasse pour l'électricité, biocarburants etc) c'est une catastrophe écologique. Le nucléaire est infiniment plus respectueux de l'environnement
Réponse de le 24/10/2014 à 23:19 :
Quoi le nucléaire est infiniment plus respectueux de l'environnement ! !mais vous rigolez ! Regardez FUSHI le désastre il y a pour plusieurs millénaires !!!!!!!!!
Réponse de le 25/10/2014 à 9:54 :
@rosa : Quand vous voyez le pseudo utilisé pour le commentaire auquel vous répondez, il ne faut pas s'attendre à quelquechose d'intelligent de sa part.
Réponse de le 25/10/2014 à 18:02 :
Evidemment que ce que je dis est intelligent : le nucléaire est l'énergie la plus propre (0 CO2), la plus sûre (les statistiques sont là)
Réponse de le 25/10/2014 à 18:04 :
Vous avez raison ça va créer des emplois de camionneurs, de cantonniers pour boucher les nids de poule et de rééducateurs pour les gosses écrasés sur la route
a écrit le 24/10/2014 à 17:42 :
Voila la mentalité Française au lieu de rejouir de la creation des emploi et d'activité les Français voit le verre à moitié plein.
Réponse de le 25/10/2014 à 8:56 :
Les Français n'aiment pas être pris pour des gogos et ne croient pas aux industriels écologistes et amis de la France, sans parler des discours endormeurs des politiciens. Les industriels étrangers viennent ici gagner de l'argent rapidement.
Réponse de le 25/10/2014 à 10:15 :
Je suis d'accord avec "la france" on a tendance à être pessimiste et rien ne va jamais. C'est quand même une bonne chose de convertir une centrale thermique en biomasse et de permettre peut-être à des centaine de propriétaires de petite parcelles de forête de tirer quelque utilité de cette source d'énergie. Bien entendu il faut veiller à la bonne gestion du parc forestier mais l'onf est là pour y veiller.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :