Montpellier City Life : comment déployer le Smart Building plus efficacement ?

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Première table-ronde : J.-P. Gandolfi (BG Ingénieurs Conseils), J. Bucki (SBA), J.-F. Galloüin (Icade), S. Loiseau (GCC) et A. Rey (Objectif)
Première table-ronde : J.-P. Gandolfi (BG Ingénieurs Conseils), J. Bucki (SBA), J.-F. Galloüin (Icade), S. Loiseau (GCC) et A. Rey (Objectif) (Crédits : Edouard Hannoteaux)
Le premier Montpellier City Life, forum de l'habitat connecté, était organisé le 10 mars par Objectif dans le cadre du Salon de l'immobilier. Douze experts étaient conviés à débattre sur les technologies émergentes en matière de Smart Building et leur mise en œuvre.

La première table-ronde de cette matinée, qui a attiré 150 participants au Corum de Montpellier, abordait la thématique « Énergie-construction : d'où venons-nous, où allons-nous ? ».

« La question de l'interaction entre la politique énergétique et le numérique est capitale », lance en préambule Stéphanie Jannin, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, en charge de l'urbanisme et de l'aménagement durable.

Une double révolution

« Transition énergétique et transition numérique sont liées, renchérit Jacques Bucki, ex-représentant des maires de France au débat national sur la transition énergétique, aujourd'hui « ambassadeur » de la Smart-building Alliance* (SBA). Nous allons passer à une production d'énergie diffuse et multiple sur un même bassin de vie, avec la nécessité de structurer les échanges autour de plates-formes de flexibilité énergétique et d'un usager vertueux virtuel, c'est à dire des outils intégrés au bâtiment pour capter l'information et agir, avec de l'intelligence artificielle entre les deux. Cet usager virtuel est la pierre structurante de la rénovation énergétique de demain. »

Se pose alors rapidement le problème d'interopérabilité des systèmes et des langages.

« Le marché va évoluer, observe Stéphane Loiseau, directeur technique du groupe GCC (construction). Le côté "communicant" est inévitable et les donneurs d'ordres publics ont un rôle moteur à jouer. On parviendra à avoir des raisonnements globaux à condition de bonne volonté de la part de tous les acteurs. »

Les maîtres d'ouvrage doivent donc mettre de l'intelligence dans les bâtiments afin qu'ils communiquent avec leur environnement, s'ils ne veulent pas obérer l'avenir de ces bâtiments et même l'attractivité du territoire.

« Je suis très positif pour le futur mais il y a un vrai travail collectif à mettre en place sur l'interopérabilité des systèmes, confirme Jean-Paul Gandolfi, chef de l'unité Bâtiment France (BFR) chez BG Ingénieurs Conseils. Aujourd'hui, on travaille beaucoup la notion de mutualisation. Par exemple, la collecte de données via un opérateur de téléphonie, des données qui pourront être utiles à la mutualisation de parkings. »

Car cette réflexion et cette approche très technologiques ne doivent pas s'affranchir d'un principe de réalité essentiel : les bâtiments sont faits pour être occupés.

« Le smart-building, c'est le bâtiment qui réfléchit, mais il ne faut pas perdre de vue que dans les bâtiments, il y a des gens, rappelle Jean-François Galloüin, directeur Innovation du groupe Icade. La notion d'acceptation sociale est essentielle. »

L'urgence d'une nouvelle gouvernance

La 2e table-ronde a expliqué comment les différents métiers de la chaîne de valeur intégrent cette évolution, à commencer par les architectes qui restent attentifs à la notion d'interrelation. "L'impression 3D se rajoute aux quatre matériaux classiques que sont le bois, la pierre, le béton et le métal ; les plates-formes collectent les datas mais échangent plus ou moins bien entre elles, etc. énumère l'architecte Stephan Bernard, directeur général de Carta Associés. Le Smart Building révolutionne notre travail mais il faut trouver les moyens d'être beaucoup plus fluides, de mieux nous parler entre nous et d'instaurer une nouvelle gouvernance, de sorte à vraiment passer du 1.0 au 4.0 ."

Le constat est le même sur le versant énergétique : "Si on veut intégrer ces innovations, il faut raisonner à l'échelle non d'un bâtiment, qui est trop restreint, mais à l'échelle d'un périmètre, et surtout il faut l'ouvrir de sorte à aller chercher toutes les opportunités d'innovation, de synergie entre acteurs, estime Loïc Lepage, expert en énergie chez BG Ingénieurs Conseils. Il nous faut donc une planification énergétique territoriale, qui intègrera non seulement les ingénieurs, mais aussi les aménageurs, les opérateurs énergétiques, les collectivités, etc."

Sur le versant numérique, la convergence avec la révolution énergétique, la multiplication des labels, ou encore l'arrivée de technologies de rupture telles que l'intelligence artificielle imposent "un nouvel enjeu sur la qualification des compétences", selon Stéphane Sollat, expert en bâtiment et territoires intelligents. "Le Smart Building nécessite aussi d'avoir une continuité numérique de la donnée, ce qui suppose que celles-ci soient dans les bons formats, que les infrastructures soient interopérables, etc."

"Au lieu d'attendre que les pouvoirs publics imposent une stratégie globale, la SBA développe une nouvelle méthode, baptisée "Ready to service", qui brasse tous ces sujets de facture énergétique, de sécurité des biens et des personnes, de mutualisation d'espaces, annonce Christian Rozier, administrateur de l'association. Nous sommes en plein travail d'écriture de ce nouveau label, qui sera achevé en 2017 de sorte à imposer ce schéma dans la structuration des nouveaux bâtiments intelligents."

Massifier l'innovation

Enfin, le dernier temps fort du Montpellier City Life, en identifiant le Smart Building comme enjeu d'attractivité pour les territoires, a présenté quelques axes stratégiques forts. Car ce peut être un enjeu économique, selon Nicolas Fargeton, directeur régional Sud-Est de Citelum (EDF): "Dans un contexte de contraintes budgétaires, le Smart Building est un outil de performance énergétique et donc d'économie pour les collectivités : cette économie peut se chiffrer à 50 % en basculant l'éclairage public en LED, et même davantage en rajoutant une couche d'intelligence en plus. La gradation de la lumière permet par exemple de moduler l'éclairage, selon qu'un chien ou qu'une voiture passe près du capteur : la performance est encore plus grande."

C'est aussi un moyen de juguler la crainte qu'inspirent parfois ces innovations, y compris chez les élus et les maîtres d'ouvrage. "Nous avons créé un cercle Vertuoz qui nous permet d'apporter de l'innovation référencée à nos clients, indique Olivier Gresle, directeur général de Vertuoz (Engie). Nous apportons les systèmes innovants, nous les administrons, et nous nous engageons sur la durée. En ce qui concerne les start-ups qui les créent, c'est aussi un moyen d'accompagner l'industrialisation de ces produits."

De même, c'est un moyen d'afficher une nouvelle ambition sur un territoire, comme le rappelle Alain Kergoat, administrateur de la SBA, à propos du quartier Confluences (un million de mètres carrés), en cours de construction à Lyon : "Ce projet sera achevé en 2025, sur un cycle long, mais repose sur de nouvelles bases : la volonté de produire localement son énergie et de la mutualiser, de redonner de la place aux piétons et aux modes doux dans une ville engorgée de voitures, et d'organiser un dialogue public, de sorte que les gens participent à la construction du territoire."

"Dans la perspective de l'élection présidentielle, le Smart Building doit être un plan à cinq ou dix ans, que porteraient le nouveau président et les collectivités, conclut Emmanuel François, président de la SBA. Il faut certes de la technologie, adaptée à ses usagers, mais ce qu'il nous faut surtout, c'est la massifier. Nous avons démontré que la technologie est là, il faut donc arrêter les POC ("proof of concept", ou preuve de concept, NDLR) ! Nous ne sommes plus dans l'ère de l'expérimentation. Il faut diffuser ces nouveaux services dès maintenant."

* Créée en 2012, la SBA fédère 150 organisations représentantes de l'ensemble des corps de métiers liés au bâtiment et aux acteurs de la smart city, pour penser et définir le smart building, et développer la filière.

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