À Montpellier aussi, la communauté scientifique se positionne

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De g. à d.: Philippe Augé, Patrick Lemaire et Gilles Halbout
De g. à d.: Philippe Augé, Patrick Lemaire et Gilles Halbout (Crédits : M.C.)
Vingt-deux villes en France, dont Montpellier, rejoignent le mouvement international d’une Marche pour les Sciences organisé à travers le monde, le 22 avril. Lancé en réaction aux positions antiscientifiques du président américain D. Trump, cet évènement réunit citoyens et scientifiques pour repenser la place des sciences dans la société et réhabiliter l’esprit critique.

« Avec 22 villes engagées, la France est le deuxième pays au monde, après les États-Unis, à organiser autant de Marche pour la Science, le 22 avril prochain, indique Patrick Lemaire, directeur de recherche au CNRS, à Montpellier. La manifestation parisienne rassemblera le plus du monde, probablement plusieurs dizaines de milliers de personnes. À Montpellier, nous attendons plusieurs milliers de participants. »

Cette journée internationale n'est pas une manifestation de scientifiques mais un mouvement citoyen, préviennent les organisateurs montpelliérains. À l'origine, il s'agit d'un mouvement créé en réaction aux positions antiscientifiques du président américain Donald Trump. Mais le sujet a dépassé les frontières car « dans de nombreux pays, les difficultés pour pratiquer et faire entendre les sciences dans le débat public sont croissantes », indique le communiqué de presse et que « l'enjeu de remettre du rationnel dans l'émotionnel » est largement partagé à l'échelle du globe, ajoute Gilles Halbout, le président de la Comue (Communauté d'universités et d'établissements) du Languedoc-Roussillon Universités.

 « En France, le mouvement a pris de l'ampleur compte tenu du contexte politique avec la tenue de l'élection présidentielle, note Patrick Lemaire. Et l'une des caractéristiques des débats actuels est la place donnée aux sciences : elle est inexistante. »

Engagement inédit des scientifiques

Ce mouvement donne lieu à une première : l'engagement de l'ensemble des acteurs du monde scientifique dans un mouvement revendiqué « politique mais non partisan ». Ainsi, le 18 avril, la conférence de presse de présentation de la manifestation montpelliéraine réunissait Philippe Augé,  le président de l'Université de Montpellier, Gilles Halbout, président de la Comue du Languedoc-Roussillon Universités et Michel Salas, directeur régional du Cirad en Languedoc-Roussillon. Au travers de ce dernier étaient également représentés l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), l'IRD (Institut de recherche pour le développement) ou encore le CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives), tous membres de l'alliance nationale de recherche pour l'environnement (AllEnvi).

« Il ne s'agit pas d'une marche pour les scientifiques mais d'une marche en faveur de la posture scientifique et d'une plus grande inclusion des sciences dans la société, résume Michel Salas. On peut avoir des croyances et des dogmes mais il faut avoir conscience que se sont des croyances et des dogmes. C'est une Marche pour l'esprit critique et derrière il y a les mots clés « ouverture », « éclairé » et « tolérance ». »

Quels soutiens?

Questionnés sur la participation des collectivités territoriales à cet événement, les organisateurs répondent ne pas avoir pris contact avec la Région Occitanie mais avoir sollicité la Ville de Montpellier.

« Nous n'avons pas eu de réponse de la Ville de Montpellier, regrette Patrick Lemaire. Dans d'autres villes, les Marches pour la Science sont soutenus par les élus locaux. C'est le cas à Paris avec le soutien d'Anne Hidalgo et à Lyon avec celui de Gérard Collomb. Mais il reste encore trois jours à la Ville de Montpellier pour s'engager à nos côtés. »

Le secteur privé est également peu représenté dans ce mouvement. Et pour cause, « nous n'avons pas forcément cherché à faire du lien avec les entreprises car l'idée est de présenter les sciences sous l'angle d'un bien commun mais ce n'est pas pour autant un mouvement anti-entreprises», indique Patrick Lemaire.

GAFA vs élus politiques

D'ailleurs le monde économique est loin d'être hostile au discours porté par la communauté scientifique, selon les organisateurs.

« Des entreprises telles que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont comme objectif de réaliser du profit et comprennent qu'il faut un investissement majeur dans la recherche, explique Patrick Lemaire. Pourtant, nos responsables politiques ne le comprennent pas. Il faut remettre du long terme dans les politiques publiques et ce long terme passe par les Sciences. »

Pour traduire ce message en actes, les organisateurs de la Marche pour les Sciences feront une vingtaine de  propositions sur la place et le rôle des sciences dans la société. Parmi elles figureront par exemple des éléments sur les processus de nomination des présidents d'organisme de recherche ou encore sur l'enseignement des sciences.

La Marche pour les Sciences de Montpellier débutera samedi 22 avril à midi, au Jardin du Peyrou par un pique-nique citoyen et des animations. Le cortège s'ébranlera à partir de 14 h vers la Comédie via la rue Foch et la rue de la Loge.

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