Des vignes sous panneaux solaires dans les Pyrénées-Orientales

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Les dispositifs de panneaux solaires seront plantés préalablement à la vigne sur le domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales.
Les dispositifs de panneaux solaires seront plantés préalablement à la vigne sur le domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales. (Crédits : SunR)
Le Parisien SunR (production d’électricité photovoltaïque) innove avec l’agrivoltaïsme. Fin 2016, il installera des ombrières munies de panneaux solaires dans les vignes de Tresserre (66). Une première mondiale avec cet objectif : lutter contre le changement climatique et réduire la teneur en alcool du vin.

On est peut-être à l'aube d'une révolution du monde agricole, qui pourrait dans le même temps répondre aux enjeux du changement climatique pour l'agriculture. C'est ce que pense Antoine Nogier, le P-dg de SunR, une entreprise parisienne spécialisée dans la production d'électricité photovoltaïque et l'innovation solaire, sur le point d'installer un démonstrateur d'un genre nouveau dans un vignoble des Pyrénées-Orientales.

Le 10 décembre, l'entreprise était lauréate de l'appel d'offres national CRE3 pour implanter des ombrières dotées de panneaux photovoltaïques dans des vignes de Tresserre, dans les Pyrénées-Orientales.

Un démonstrateur issu de son programme de recherche SunAgri et dont la vocation est de répondre à une problématique majeure à laquelle est confrontée la filière viticole : un excès de soleil et de chaleur qui crée un déséquilibre entre les sucres d'une part et les acides et anthocyanes (pigments) d'autres parts, et augmente la teneur en alcool des vins.

Compenser le changement climatique

 « Nous allons installer notre démonstrateur sur 7 ha de vignes, sur le domaine de Nidolères, dirigé par Pierre Escudié, soit 4 ha sous dispositif agrivoltaïque et 3 ha de vignes témoins qui nous permettront de comparer, explique Antoine Nogier. Les ombrières sont dotées de panneaux solaires actionnés par un pilotage intelligent. Elles vont diminuer le stress de la vigne en protégeant les grappes à certains moments-clefs, et donc ralentir le mûrissement du raisin. Ce dispositif permet de compenser le changement climatique... C'est le 1er démonstrateur mondial tous types de cultures confondus. Les études les plus sérieuses montrent que le phénomène va s'amplifier et menace la durabilité de l'agriculture. »

« La problématique pour les viticulteurs est telle qu'ils commencent même à réfléchir à changer de cépage car les vins sont trop forts en alcool, fait observer de son côté André Joffre, président du Pôle Derbi, qui a labellisé début 2015 le projet SunAgri. L'idée de faire de l'ombre et de réduire l'ensoleillement et donc la teneur en alcool est une bonne piste Il y a toute une démarche scientifique en amont avec l'INRA, avec comme objectif d'apporte des outils à la filière agricole. »

Dispositifs expérimentaux à Montpellier

C'est grâce à ses travaux de recherche fondamentale, menés en partenariat avec l'INRA et l'IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture) à Montpellier, que SunR peut aujourd'hui passer à un stade d'expérimentation supérieure avec ce démonstrateur qui permettra de tester ses dispositifs en conditions réelles, dans les vignes du Roussillon. Son programme de recherche collaboratif SunAgri, conduit avec l'INRA, l'IRSTEA, mais aussi le Cirad et quelques autres entreprises privées, expérimente depuis 2009 la combinaison de cultures agricoles et de panneaux photovoltaïques en étage supérieur, un concept baptisé « agrivoltaïsme ».

« On s'est aperçu que les plantes pouvaient augmenter leur efficience si on les couvre un peu, décrypte Antoine Nogier. Nous avons installé plusieurs dispositifs expérimentaux à Montpellier, sur toutes sortes de cultures à cycle rapide. Nous cherchons comment améliorer les productions en quantité et en qualité, ce qui permet aussi de réduire la consommation d'eau et de protéger les plantes des aléas climatiques comme de fortes pluies, de la grêle ou un vent chaud. Depuis 2013, nous testons à Montpellier les dispositifs expérimentaux avec des panneaux mobiles, pourvus d'un pilotage intelligent auto-alimenté en électricité par les panneaux photovoltaïques. Fin 2016, nous aurons des protocoles achevés sur certaines cultures... L'agrivoltaïsme peut être un outil puissant d'amélioration et d'adaptation de l'agriculture aux changements climatiques. Notre dispositif produisant de l'électricité, c'est aussi une réponse à la résolution du conflit d'usage des sols entre agriculture et solaire. »

Avenir prometteur

Il y a dix-mois, le projet SunAgri, également labellisé par les pôles Terralia, Tenerrdis et Capénergie, était lauréat du 18e appel à projets du Fonds Unique Interministériel (FUI). Réservé au projet de recherche, il n'apporte aucun financement au démonstrateur qui sera installé dans les Pyrénées-Orientales, pour lequel Antoine Nogier dit qu'il « va rechercher d'autres sources de financement ».

L'appel d'offres de la CRE3 permet au démonstrateur d'obtenir un tarif de rachat et de se connecter au réseau électrique afin d'écouler sa production d'électricité (2,12 MW de puissance).

« C'est important car cela légitime notre projet et prouve que le concept d'agrivoltaïsme a de l'avenir », se réjouit Antoine Nogier.

Le démonstrateur sera installé dans des vignes nouvelles, plantées légèrement différemment pour permettre le passage des engins malgré les installations d'ombrières.

« La construction démarrera fin 2016, la plantation des vignes se fera au printemps 2017, et dès que la vigne produira des fruits, nous ferons de la micro-vinification. »

Le projet est accompagné par la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales, « un partenaire de premier plan », assure Antoine Nogier.

Le groupe SunR, créé en 2007, compte à ce jour 25 personnes, et réalise un chiffre d'affaires de 10 M€.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2016 à 0:33 :
Je suis a votre disposition pour en parlé de vive voix.

Cordialement l'équipe ESE
a écrit le 07/01/2016 à 22:24 :
Excellente initiative. Dans le département 34, chef d'entreprise j'ai réalisé un équipement photovoltaique dans le cadre d'un transfert d'entreprise. Les constats s'imposent: le photovoltaique est une source économique incontestable pour notre region et doit se généraliser pour prévenir les besoins de nos futures generations. Cette expérience dans le secteur viticol est de manière certaine un avenir combinant un double résultat positif: une amélioration qualitative des productions viticoles et une source d'énergie naturelle compensant les déficits inéluctables et croissants des énergies fossiles. Soyez persévérants et imperméable à toute suspicion de tout détracteur. Vous êtes sur un très bon chemin. Félicitations.
a écrit le 18/12/2015 à 19:27 :
Intelligent et prometteur, tout comme les centrales solaires flottantes que j'ai vues à la télé et très prisées des Japonais. La société et la technologie sont françaises (pas super compliqué mais il suffisait d'y penser), mais pas d'installation en France encore

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