L'Opéra orchestre de Montpellier en marche vers son redressement

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(Crédits : ©Marc Ginot)
L’Opéra orchestre national de Montpellier Occitanie a présenté, le 8 juin, la saison 2017-2018. C’était l’occasion, pour ses dirigeants, de faire le point sur la situation de cet établissement culturel, dans la tourmente d’accusations de mauvaise gestion…

« On entend et on lit des inepties, des contre-vérités, des allégations et des rumeurs ici et là, donc j'aimerais préciser certaines choses sur la situation de la maison. »

Ainsi Didier Deschamps, président de l'Opéra orchestre national de Montpellier Occitanie, commence-t-il la conférence de presse le 9 juin, normalement destinée à présenter la saison 2017-2018. C'est dire si la « situation de la maison », dont on a pointé une mauvaise gestion et en proie à une guerre entre collectivités territoriales, est toujours tendue...

 « Quand Valérie Chevalier (directrice générale de l'Opéra orchestre national de Montpellier, NDLR) sommes arrivés il y a trois ans, le déficit structurel était de 3 M€, correspondant à un sous-financement structurel de la maison, lance-t-il. Aujourd'hui, il est de 4,5 M€ par rapport à 2010 si les choses avaient évolué de manière normale. Cela s'explique par l'indexation des subventions qui a été stoppée net. Cette non-revalorisation des subventions représente 1,5 M€. Par ailleurs, on nous a demandé d'absorber l'Opéra Juniors mais sans les subventions qui vont avec, et enfin, nous devons payer un loyer que nous ne payions pas avant, et ce depuis le rapport de la Chambre régionale des comptes (2014, NDLR). »

A ce jour, l'établissement culturel perçoit des subventions à hauteur de 3,2 M€ de l'Etat, 4 M€ de la Région (soit 5 M€ de moins qu'auparavant), et 13 M€ de Montpellier Méditerranée Métropole, et les dirigeants annoncent un déficit cumulé de 1,5 M€.

Plan de redressement

Un plan de redressement a été mis en place, prévoyant la 1e année une mise en activité partielle des personnels, un plan de départs volontaires portant sur 33 postes et s'étalant sur quatre ans (à parts égales de personnes administratifs, de techniciens et d'artistes), la renégociation du loyer qualifié d'« exorbitant » pour le Corum, et la nécessité d'augmenter les recettes, notamment de billetterie.

Les renégociations des accords (réduction de salaires, plan de départ, renégociation des accords) sont toujours en cours. Sur les 240 salariés de la structure, ils ne seront plus que 207 à partir de la mi-2018, quand le plan de départ arrivera à son terme.

 « Je résiste à Mme Laffargue (administratrice générale, NDLR) et elle sait me résister parfois, déclare Valérie Chevalier. Nous avançons de manière courtoise. Je n'ai pas l'intention de braquer les syndicats et ils le savent, nous ne faisons rien derrière leur dos. »

« Ce plan de redressement, nous en avons respecté scrupuleusement tous les termes dans les délais annoncés, y compris la renégociation des accords d'entreprise, assure Bernard Travier. L'objectif, c'est un budget à l'équilibre avec un budget artistique suffisant à la fin de l'exercice 2018. Nous le tenons, nous le tiendrons. »

Des conditions difficiles

« Le budget de fonctionnement, hors loyer, dépasse à peine 2 % du budget, ce qui prouve bien que le train de vie de la maison n'est pas extraordinaire ! », ajoute Didier Deschamps.

L'homme laisse volontiers percevoir son agacement quant à l'audit sur l'Opéra orchestre de Montpellier, commandité en janvier par l'Etat (la DRAC) à Bernard Coutant (ex-directeur financier de l'Opéra royal de La Monnaie à Bruxelles).

« Jamais la sincérité des comptes de la maison n'a été mise en cause, plaide-t-il. On nous a fait des propositions que je fais depuis dix ans ! On nous suggère de trouver des mécènes, nous nous y employons en ce moment... Nous avançons comme promis. Je remercie les équipes qui se bagarrent quotidiennement dans conditions parfois difficiles, ainsi que nos soutiens institutionnels, qui, faute d'augmenter les subventions, ne les diminuent pas... Toute rupture de contrat avec l'un des partenaires signifierait la mort de cette maison indispensable au rayonnement d'une ville comme Montpellier. »

Un budget artistique de 3,2 M€

Valérie Chevalier doit composer aujourd'hui avec un budget artistique de 3,2 M€, quand il était en moyenne de 5,3 M€ jusqu'en 2010.

« Un budget artistique décent serait 7 M€, admet-elle. Nous espérons atteindre les 5 M€. En attendant, si l'on voit le côté positif des choses, cela nous oblige aussi à travailler différemment et à développer des formats qu'on n'aurait pas développés si on avait été dans l'opulence... Cela permet d'aller chercher des gens ailleurs, de développer des partenariats et de soutenir la production locale. »

Pour la saison 2017-2018, la directrice générale promet des programmes pour tout le monde, des plus avertis aux amateurs en passant par les jeunes et les familles.

« La saison sera un peu plus étoffée en matière lyrique avec six opéras, de la musique de chambre, des rendez-vous baroques, une offre pour les familles, et un partenariat avec Montpellier Danse. »

Parmi les points d'orgue : les opéras Manfred (Robert Schumann), Peer Gynt (Edvad Grieg), Carmen (Bizet) du metteur en scène arménien Aik Karapetian, Nabucco (Verdi) ; en symphonique le concert Birkin-Gainsbourg, Les Quatre saisons, 14-18 Requiem ; pour les familles le cycle Chaplin, avec Les Lumières de la ville et Les Temps modernes.

« Toutes les productions d'opéra sont assorties de garderies désormais, pour les enfants du publics et salariés de la maison, annonce Valérie Chevalier. Et l'audio-description est maintenant systématique car nous avons beaucoup de visiteurs étrangers, et elle sera bilingue français et anglais pour Carmen et Nabucco. »

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