La guerre aux « fake news »

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Céline Molina (Akio) et Sébastien Bernis (BSWeb)
Céline Molina (Akio) et Sébastien Bernis (BSWeb) (Crédits : Spotter/BSWeb)
Victoire surprise de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016, déclarations fracassantes de l'ex-ministre Najat Vallaud-Belkacem : le débat sur la multiplication des fausses informations fait rage. Peuvent-elles réellement influencer l’opinion ? Comment doit-on les contrer ? Réponses avec Akio et BSWeb, deux start-ups concernées par ces questions.

Céline Molina, communication manager de Akio (veille et analyse médias - Paris et Montpellier) : « Facebook, qu'on a souvent désigné comme première plate-forme de propagation de « fake news », vient de mettre en place un dispositif de signalement par ses utilisateurs d'une information qu'ils pensent être fausse, en s'alliant avec huit médias français. C'est bien la preuve d'une prise de conscience générale quand une plate-forme aussi importante décide d'agir. Pour sa part, Akio traque toute information ou source sensible qui intéresse un des nos clients directement, ou son périmètre d'action, grâce à notre plate-forme de veille et de tracking. Nous déterminons ensuite un niveau de criticité, en fonction d'une volumétrie d'infos anormale, de l'apparition de mots tendancieux, etc. Cela suppose de surveiller plusieurs centaines de milliers de documents par jour au niveau mondial. Une grosse partie de ce trafic passe désormais par les réseaux sociaux, et surtout Twitter, où ce type d'infos explose, et qui nous impose une veille quasiment à lui seul. Nos clients ne sont pas réellement visés par des « fake news », même si une société telle qu'Air France a été victime d'une erreur d'appréciation d'un voyageur, qui a twitté une photo de terminal d'embarquement en pleine polémique sur le décret anti-immigration de Donald Trump : l'impact est le même qu'un fake. D'après notre ressenti, le phénomène touche plus certains sujets tels que l'agroalimentaire ou la politique. On a vu par exemple, récemment, apparaître un compte parodique d'Emmanuel Macron, qui aurait été créé par l'équipe de campagne d'un de ses concurrents dans l'élection présidentielle. Mais cela a toujours été le cas. Par le passé, cela se faisait en catimini, par le biais d'officines adressant des courriers anonymes aux médias. Aujourd'hui, on assiste à une industrialisation. Des sociétés off-shore sont payées pour créer des « fake news » et les diffuser. »

Sébastien Bernis, CEO de BSWeb (agence de webmarketing, Clapiers) : « Les grands opérateurs ont raison de s'attaquer aux « fake news » car c'est souvent nocif pour leur business model. La crédibilité est un enjeu économique. Google donne à un utilisateur tout ce qu'il attend au mieux de ses intérêts : il n'a donc pas intérêt à nourrir ce phénomène. Mon avis est plus mitigé sur Facebook. Son business consiste précisément à faire parler de lui. On a beaucoup parlé d'un fake partagé un million de fois, selon lequel le Pape avait apporté son soutien à Donald Trump. Or, Facebook a fermé les yeux. Ils auraient pu l'identifier immédiatement car ils le peuvent. Toutefois, les « fake news » sont un faux débat. Le fond du problème est que nous vivons dans une société où, selon un sondage Ipsos, 75 % des gens se contentent de lire les titres des articles qu'ils voient défiler. Tout l'enjeu consiste à garder et nourrir son esprit critique personnel. On a les moyens pour ça. Un site tel que Hoaxbuster s'est fait connaître en associant jusqu'à 50 utilisateurs pour vérifier et dénoncer de fausses infos. Google vient de lancer un outil pour encourager l'automodération au sein de sa communauté. Avec cette nuance : une vérité communautaire n'est pas forcément une vérité réelle. Vérifiez sur Wikipédia, qui recense le mammifère marin appelé « orque » sous un nom masculin, alors que c'est un féminin... De son côté, BSWeb a créé un outil de veille pour la e-réputation : une plate-forme multicanal générant une étude de marché en temps réel pour vérifier la pertinence d'une campagne marketing avant que la société ne décide d'investir. En effet, personne ne travaillera avec vous si la majorité des internautes parlent en mal de vous. Nous pourrions tout à fait intégrer des avis Facebook, Google + ou Tripadvisor, identifier les faux, etc. Mais plutôt que de cibler la fausse news, nous détectons les tendances, les phénomènes qui prennent de l'ampleur. »

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