Accélération de start-ups : et si on redescendait un peu sur terre ?

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(Crédits : Sprint Montpellier)
Pour Arnaud Laurent, cofondateur de l’accélérateur Sprint Montpellier powered by Numa, l’emballement médiatique autour de l’accélération de start-ups encourage les annonces les plus tonitruantes. Quitte à oublier et à cacher, derrière le vernis de la comm rutilante, quelques prérequis économiques élémentaires.

Il faudrait être hermétique à l'actualité pour ne pas avoir entendu parler de la French Tech, des futures licornes françaises et des accélérateurs ! La France serait donc en train - « cocorico ! » - de devenir le nouvel eldorado de l'innovation planétaire. L'étendard « start-up » est porté haut et fort partout, par tous.

Alors que chacun cherche à clamer haut et fort sa légitimité plutôt que celle de son voisin, n'est-il pas un brin présomptueux pour un acteur, quel qu'il soit, de se revendiquer « accélérateur » de start-ups et de prétendre transformer un projet X en Uber, Airbnb ou BlaBlaCar en quatre mois ? Elon Musk s'apprête à envoyer les premiers hommes sur Mars... Et si, de notre coté, nous décidions de re-descendre un peu sur terre pour parler d'un métier finalement très concret ?

Quand l'accélération prédétermine les échecs et les succès

Les accélérateurs ont été créés sous l'impulsion d'entrepreneurs (à succès principalement), puis soutenus par des banques et fonds de capital-risque leur permettant de s'imposer progressivement comme un maillon-clef dans la chaîne de financement. Davantage impliqués dans les aspects business des start-ups puisque leur modèle économique s'aligne sur leur succès (via la prise d'une participation au capital des sociétés accélérées), ils ont inscrit la performance et les résultats dans leur ADN. Leur rôle est d'identifier en amont les futurs champions économiques de demain, de les structurer dans des phases de mise sur le marché, d'internationalisation ou de levée de fonds, et de rendre leur organisation compatible avec une hypercroissance durable.

A priori, les chiffres semblent pourtant sans appel. Loin des hypothétiques licornes, 90 % des start-ups françaises disparaissent rapidement avant même d'avoir pu décoller, tandis que 75 % affichent bon an mal an un résultat négatif. Les raisons pour lesquelles les start-ups ne parviennent pas à percer ou même à rencontrer leur marché sont simples : manque de moyens, inadéquation des profils au projet, manque de vision stratégique claire, absence de service commercial (or très peu de produits se vendent tous seuls !), difficultés à rester « focus », avec toutes les pertes de temps qui en découlent. Mais surtout, l'incapacité des fondateurs à lutter contre leur pire ennemi : eux-mêmes.

De l'ambition, du risque et des sacrifices

Réussir à faire mentir ces type statistiques n'est pas chose aisée, mais les résultats des accélérateurs sont probants. « Leurs start-ups over-performent : elles représentent 25 % des candidatures auprès des investisseurs de type VC pour 60 % des investissements réalisés » (chiffres publiés par Partech). L'enjeu primordial des programmes d'accélération est de réaliser en quatre mois ce que d'autres concurrents à travers le monde mettront deux ans à faire.

Notre métier est tout sauf celui de doux rêveurs. Nous devons permettre à une poignée d'entrepreneurs de prendre des risques, faire preuve d'ambition et de discipline en se concentrant quasi exclusivement, pendant quelques mois, sur leur développement commercial. Seul mot d'ordre : gagner du temps et de l'argent ! Ces deux maîtres-mots de l'équation sont les deux axes qui décident si une société va vivre ou mourir, et trop d'entrepreneurs l'oublient en chemin.

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