France Jamet : "En confrontant les projets, nous aurions pu gagner plus de points dans le débat"

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(Crédits : Rémi Benoit)
Malgré l’expression de quelques regrets sur le débat de l’entre-deux tours, France Jamet, représentante locale de Marine Le Pen, ne remet pas en question la qualité de la prestation télévisuelle de la candidate du FN. Pour l’élue régionale, cette campagne a le méride d’asseoir et de consolider l’électorat frontiste en vue des législatives.

Marine Le Pen n'est pas sortie gagnante du débat du 3 mai selon de nombreux observateurs et même militants frontistes. Qu'en avez-vous pensé?

Marine a été excellente sur les thématiques qui nous sont chères comme le terrorisme et la sécurité. On n'a pas entendu Emmanuel Macron sur ces thèmes. Ce qui est frustrant, c'est de ne pas avoir réussi à pousser Emmanuel Macron dans ses extrémités. Marine voulait mettre en évidence la violence de son programme. Elle voulait mettre à jour ses véritables intentions. Mais il n'a pas lâché. Nous attendions tous un petit déclic qui n'a pas eu lieu. En confrontant les projets politiques, nous aurions pu gagner davantage dans ce débat. Nous avions 18 points à récupérer et nous verrons si nous gagnons quelques points. Mais très sincèrement, je pense que ce débat ne changera pas beaucoup de chose.

Ce débat ne remet-il pas en question le choix de votre candidat à l'élection présidentielle ? Une autre personnalité ne serait-elle pas plus indiquée?

Marine est le meilleur joker que nous puissions avoir et le score qu'elle a obtenu est le meilleur que l'on puisse obtenir. Elle est ce qui peut arriver de mieux au FN pour atteindre les sommets. C'est une véritable oratrice. Elle l'a démontré le 3 mai même si ce débat n'a pas permis de mettre en exergue le programme. Si ça ne passe pas aujourd'hui, ça passera la prochaine fois. Ce n'est pas parce que ce débat n'a pas répondu à  nos attentes que ça remet en question notre programme et la stature présidentielle de Marine. Elle rassemble plusieurs sensibilités dont Florian Philippot est une facette et Marion Maréchal-Le Pen en est une autre. C'est cela qui fait notre force.

À quelques jours du scrutin final, quel regard portez-vous sur cette campagne présidentielle ?

 Ce fut une campagne délétère, une véritable cabale. Malgré ces difficultés, Marine a réalisé un très bon score au premier tour. Aujourd'hui, nous sommes à près de 40 % d'intentions de vote. Cela représente un socle solide pour les prochaines échéances, à savoir les législatives. Pour les électeurs, le plus difficile est de mettre un bulletin FN dans l'urne pour la première fois. Après, ils restent fidèles.

Justement, concernant les élections législatives, quelle est la stratégie du FN? Des alliances avec les candidats de Debout La France sont-elles d'actualité, notamment en Occitanie ?

Nous présenterons 577 candidats. Rien n'interdit aux candidats à cette élection de se désister et de laisser la place. On peut imaginer des alliances avec les candidats de Debout La France ou des reports de voix. Concernant la région Occitanie, je ne fais pas de pronostic. Tout sera déterminé par le second tour de la présidentielle. Les cartes ont tellement bougé avec ces élections qu'il est difficile de prévoir quoi que ce soit. Avec un bon résultat à cette étape, nous ferons un bon score aux législatives. Pour ceux qui ne sont pas au second tour, ça sera plus difficile, notamment pour les élus Les Républicains qui ont appelé à voter Emmanuel Macron. Dans tous les cas, c'est une bonne chose que Marine ait tendu la main à Nicolas Dupont-Aignan car il n'y a pas de grande différence entre notre programme et celui de Debout La France.

Précisément quelques mots sur le programme du FN. En matière économique, Marine Le Pen fait du protectionnisme une de ses mesures phares. Sa mesure visant à instaurer une taxe de 3 % sur les produits importés n'est pas sans risque pour les échanges commerciaux de la France. Elle pourrait notamment se traduire par une fermeture de marchés pour les produits que nous exportons comme le vin. Qu'en pensez-vous ?

Cette mesure de patriotisme économique se veut incitative. Cette taxe de 3 % va permettre de dégager une prime au pouvoir d'achat de 80 € pour ceux qui gagnent moins de 1 500 € par mois. Elle ne concernera que les produits qui concurrencent nos produits de façon déloyale, issus de pays pratiquant le dumping sociale ou le dumping environnemental. Les produits importés qui respectent nos règles commerciales ne seront pas impactés par cette taxe. Il en va de même pour les produits qui ne concurrencent pas nos produits.

Au-delà des produits, Marine Le Pen propose également de limiter le recours à la main d'œuvre étrangère. Dans des régions comme la notre où les activités maraîchères, arboricoles ou encore du BTP font appel à cette main d'œuvre, comment comptez-vous appliquer cette mesure?

Marine Le Pen interdira les travailleurs détachés pour cause de dumping social. Mais elle ne va pas interdire toutes les embauches. Elle instaurera une sur-prime sur le recrutement de main d'œuvre étrangère afin de privilégier l'embauche de français. De plus cette taxe, ne s'appliquera pas à tous les secteurs.

Les dérives racistes, homophobes ou négationnistes de certains militants du FN sont aujourd'hui condamnées par Marine Le Pen. Néanmoins, ce parti reste associé à ce type de dérive. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Il n'est pas possible de nous reprocher d'être raciste, négationniste ou homophobe. Ce n'est pas vrai. Marine Le Pen est très claire sur ce sujet. Elle n'hésite pas à exclure les militants auteurs de telles dérives. Il n'y a pas plus d'éléments perturbateurs au FN que dans les autres partis. Il suffirait d'aller y jeter un œil de plus près pour le constater. Mais une grande partie des médias affichent clairement leur volonté de nous nuire. C'est une campagne médiatique scandaleuse.

Justement, concernant les médias, le FN ne cache pas son animosité envers un certain nombre d'entre eux. Ainsi, des journalistes de Médiapart et du Quotidien n'ont pas pu suivre votre campagne faute d'accréditation. Alors que le FN dit défendre la libre expression il semble que les médias aient à remplir certains critères pour couvrir votre campagne. Quels sont ces critères ?

Le FN considère que la pluralité et la libre expression sont fondamentales. Nous ne faisons pas de mauvais procès à la presse. Mais cette campagne a été d'une rare violence et nos militants se sont sentis piétinés. Médiapart a organisé un grand débat avec les candidats sauf Marine Le Pen. Ce n'est pas une attitude respectueuse. Quand au Quotidien, j'aime bien Yann Barthès. Il a une insolence qui me fait rire et je n'ai rien contre lui.

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