"Macron ne doit pas tergiverser", selon les entrepreneurs régionaux

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(Crédits : POOL New)
Après l'élection d'Emmanuel Macron comme Président de la République, les entrepreneurs interrogés par Objectif expriment globalement leur satisfaction de voir émerger un nouveau profil d'élu. Mais ils préviennent : l'état des entreprises commande d'agir, selon eux, rapidement et massivement.

Alors qu'Emmanuel Macron, nouveau Président de la République, a confirmé sa projet de réformer le Code du travail dès cet été, par ordonnances (ou pas), Objectif Languedoc-Roussillon donne la parole aux entrepreneurs, chefs de filières et autres décideurs pour les sonder sur les priorités économiques à fixer au regard de la situation dans les régions.

Pierre Deniset, président de FrenchSouth.digital : « Quand d'autres se sont contentés d'exploiter le numérique dans le cadre de leur campagne électorale, Emmanuel Macron est un des acteurs politiques qui a démontré la meilleure connaissance de ce secteur comme levier de croissance. Plusieurs priorités ont déjà été définies en Occitanie : les énergies renouvelables, qu'il faut mettre en lien avec le numérique en nous appuyant sur les acteurs phare du territoire ; le tourisme, qui doit mieux utiliser le digital pour optimiser son business et son marketing longue distance, etc. Et l'État doit maintenant jouer le rôle de facilitateur dans les régions. L'Occitanie est créée, la capitale est positionnée : toute cette page est déjà tournée. Il faut désormais mieux coordonner les acteurs et construire les nouveaux outils adaptés à ces priorités ».

André Joffre, président du pôle de compétitivité DERBI (énergies renouvelables) : « Emmanuel Macron s'est clairement expliqué sur l'énergie, lors de son interview sur Médiapart (le 5 mai 2017, NDLR)... Concernant le programme nucléaire, il souhaite appliquer la loi Transition énergétique, c'est à dire une baisse de 50 % de la part du nucléaire à horizon 2025. Ce qui est positif pour nous, c'est qu'il annonce qu'il lancera, dès le début du quinquennat, tous les appels d'offres en énergies renouvelables pour les cinq ans à venir. Ce qui donne de la visibilité et permettra aux industriels de se positionner. Et il veut continuer la R&D sur éolien off-shore. Ce que propose Emmanuel Macron est assez mesuré et c'est mieux comme ça. Aujourd'hui, les évolutions technologiques sont telles qu'on ne peut pas tirer de plan sur la comète à trop long terme, cela n'aurait pas de sens. Nous souhaitons que les choses n'aillent pas trop vite ».

Boris Calmette, président de Coop de France Languedoc-Roussillon : « Nous sommes très satisfaits du résultat du second tour. J'ai déjà rencontré Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'Économie. C'est quelqu'un de brillant qui connaît les dossiers des entreprises, notamment coopératives. Nous connaissons également très bien sa conseillère sur les questions agricoles, Audrey Bourolleau, la déléguée générale de Vin&Société. L'une des mesures phares que nous attendons à présent est la réforme du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), un dispositif dont nous sommes exclus à l'heure actuelle du fait de notre statut coopératif. »

Jacques Gravegeal, président de l'IGP Pays d'Oc: « Après une campagne interminable, la démocratie s'est exprimée. Mais la période a encore son lot d'incertitudes, à savoir : qui sera le Premier ministre et de quels moyens va disposer le nouveau Président de la République après les législatives ? Nous attendons beaucoup de cette élection sur le sujet européen.  Nous sommes pro-européens et en faveur d'une Europe pour tous. Aujourd'hui, nous avons une monnaie unique mais des coûts de production très différents, des acquis sociaux disparates et des réglementations environnementale hétérogènes. Nous espérons que les changements occasionnés par cette élection conduisent à remodeler l'Europe, à la rendre plus fraternelle et à créer un cadre afin que nous puissions aborder l'économie à armes égales. »

Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants du Languedoc-Roussillon: « Nous sommes contents de voir arriver quelqu'un de relativement ouvert sur les questions européennes. Nous souhaitons qu'ainsi la France retrouve une voix prépondérante et prioritaire en matière viticole à cette échelle. C'est aussi un président qui a une réelle oreille « viticole » puisque sa conseillère sur ces dossiers est Audray Bourolleau, la déléguée générale de Vin&Société. Néanmoins, c'est après les législatives que nous saurons quel sera le champ d'action du nouveau Président. Nous sommes particulièrement dans l'attente de mesures sur les dispositifs de performances vis-à-vis des aléas climatiques et économiques. Emmanuel Macron s'est notamment engagé sur des dispositifs d'aménagements fiscaux, de réserve en nature et financière, afin que nos entreprises puissent rester compétitives malgré ces aléas. »

Fatima Bellaredj, directrice de l'URSCOP-LR : « C'était une élection pleine de surprises et un pari incroyable pour Emmanuel Macron. On est sur du renouveau, de la jeunesse... Mais cela pose me beaucoup de questions et quelques inquiétudes sur ce qui va se passer durant les prochaines semaines. J'attends vraiment de voir ce qui va se mettre en place en matière de mesures économiques, et notamment sur la volonté d'Emmanuel Macron de légiférer par ordonnances sur la loi Travail. Je suis inquiète de ce qu'elle peut produire en terme de dérégulation, de création d'emplois peu stables et donc de précarité... J'espère clairement qu'il y aura une opposition permettant de ne pas partir sur des mesures drastiques sur cette loi Travail. De la même manière, la volonté de supprimer des postes de fonctionnaires n'envoie pas de bons signaux. Certes, il faut faire des économies et je suis pour que le pays se réforme. Mais il faut faire attention. Par exemple, je suis très inquiète pour certains quartiers en grande difficulté... »

Alexis Melidonis, président de l'UPE 66 : « L'élection d'Emmanuel Macron, un président de 39 ans qui ne sort pas du sérail, marque un renouveau de la classe politique. C'est une bonne chose de voir quelqu'un de neuf arriver avec la volonté de faire éclore une génération de députés venant à 50 % du secteur socio-professionnel. Sa priorité doit être la réforme du Code du travail, afin de trouver aux PME une sortie du CDI : celles-ci recrutent, mais elles doivent pouvoir réduire la voilure quand elles manquent de visibilité. De plus, les Pyrénées-Orientales étant un territoire transfrontalier, je rappelle qu'il nous faut prendre des mesures claires sur les travailleurs détachés et l'harmonisation des législations sociales en Europe ».

Xavier Douais, président de la CPME du Gard : « Des deux candidats du 2nd tour, Emmanuel Macron est celui qui connaît le mieux et a prévu le maximum de réformes en faveur des entreprises. Les propositions qui sont annoncées dès l'été, sur la réforme du code du travail et l'allègement des charges notamment, nous semblent aller dans le bon sens. D'autres nous inquiètent un peu plus, comme la suppression du RSI. La CPME avait fait 89 propositions pour les TPE-PME, par exemple sur la flexibilité du contrat de travail. Si, ici, rien n'a encore été annoncé, le plafonnement des indemnités prudhommales, retoqué par le Conseil constitutionnel dans la loi Travail mais qu'Emmanuel Macron va reprendre, va dans le bon sens. Beaucoup de PME, qui ont pourtant de l'activité, n'embauchent pas car cette question des indemnités prudhommales constitue un risque pour elles ».

André Deljarry, président de la CCI de l'Hérault : « Emmanuel Macron a obtenu 20 millions de voix, mais face à ça, si on additionne les 17 millions d'abstentionnistes, les trois millions de votes blancs, et les dix millions de voix de Marine Le Pen, on arrive aussi à 30 millions, et on retombe sur la problématique des blocs vue au 1er tour. Il faut donc espérer qu'Emmanuel Macron, vu son profil, en travaillant hors parti et avec la société civile, puisse réformer rapidement car après cinq années perdues, on ne peut plus tergiverser plus longtemps. La priorité est l'allègement des charges pesant sur les PME, et la souplesse qu'il faut retrouver dans tout le système, notamment autour des jeunes : formation, apprentissage, stages, etc. C'est par là que la France gagnera. La jeunesse, c'est le monde de demain ».

Marc Ychou, directeur général de l'Institut du Cancer de Montpellier : « En tant qu'entité dédiée à la lutte contre le cancer, l'ICM attend du nouveau Président la mise en place d'un quatrième Plan cancer car il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine. Cela permettrait de conforter les progrès mais aussi de redonner des moyens au Sites de recherche intégrée sur le cancer (Siric) dont Montpellier fait partie et qui sont essentiels pour asseoir notre présence à l'international. Nous attendons également des évolutions sur le financement des établissements de soins avec la mise en place d'un forfait « parcours patient » en oncologie qui viendrait compléter la tarification à l'activité. Enfin, Emmanuel Macron s'est engagé à mettre l'accent sur les dispositifs de prévention et nous espérons un accroissement des financements dans ce domaine. »

Gilles Halbout, président de la Communauté d'universités et établissements (Comue) Languedoc-Roussillon : « Notre première réaction à cette élection a été un grand soulagement. C'est un Président ouvert sur l'Europe et le monde, un point confortant et dynamisant pour nous qui accueillons de nombreux étudiants étrangers. C'est également un Président qui a mis l'accent sur la logique de coordination territoriale des universités et le soutien à des grands projets fédérateurs, un positionnement en phase avec le projet de la Comue. Enfin, c'est un Président jeune qui rappelle que la recherche et l'innovation sont la clef pour l'insertion des jeunes. C'est l'un des axes prioritaires du projet de la Comue et nous attendons beaucoup du nouveau Président sur ce sujet-là. »

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