Après une forte de baisse en 2020, pas de reprise de l’emploi cadre en Occitanie en 2021

Après plusieurs années dynamiques en termes d’emploi cadre, la région Occitanie est confrontée à un recul conséquent de ses recrutements de cadres (- 29% en 2020). Une contraction principalement due à la fragilisation de la prédominante filière aéronautique. Une légère baisse est encore attendue en 2021, avec 11.060 recrutements de cadres prévus.
Cécile Chaigneau

5 mn

Selon l'APEC, les prévisions de recrutements cadres en Occitanie sont en baisse de 1%, après une forte chute de 29% en 2020.
Selon l'APEC, les prévisions de recrutements cadres en Occitanie sont en baisse de 1%, après une forte chute de 29% en 2020. (Crédits : APEC)

Un an après le début de la crise sanitaire, l'APEC publie ses derniers chiffres de conjoncture, basés sur une grande enquête réalisée auprès de 8.000 entreprises entre janvier et mars 2021, dont 632 en Occitanie. Et les premiers mots de Cécile Lauze, la responsable du centre APEC de Montpellier (couvrant les cinq départements de l'ex-Languedoc-Roussillon), alors qu'elle commente ces résultats, sont que « les deux confinements de 2020 ont engendré une chute brutale des recrutements de cadres mais pas une chute vertigineuse »...

Selon l'APEC, l'Occitanie compte 277.700 cadres, dont 67% sont des hommes. Parmi eux, 57% ont entre 30 et 49 ans, 11% moins de 30 ans et 32% 50 ans et plus. La moitié d'entre eux travaille en Haute-Garonne, 43% dans une métropole. Ils sont davantage présents dans l'industrie (23 % des cadres du secteur privé, contre 18 % au global en France métropolitaine) et 53 % des cadres du secteur privé travaillent dans une grande entreprise (250 salariés et plus), contre 51 % au niveau national.

En Occitanie toutefois, la chute des recrutements de cadres en 2020 est supérieure à celle observée au niveau national (- 19%) et c'est une spécificité par rapport aux autres régions : après 15.890 recrutements enregistrés dans ces entreprises en 2019 - « une année record », selon Cécile Lauze - ce chiffre est tombé à 11.210 en 2020. Soit une diminution de 29% qui place l'Occitanie devant Normandie (- 26%) et Hauts-de-France (- 24%).

Difficile pour les jeunes diplômés

Un regard dans le rétroviseur sur l'année 2020 montre qu'en décembre 2020, le nombre d'offres publiées sur Apec.fr pour des postes cadres situés en Occitanie avait baissé de 23% par rapport à décembre 2019, mais la chute était de 38% pour les offres cadres accessibles aux jeunes diplômés dans la région.

« La situation est plus compliquée pour les jeunes diplômés, précise-t-elle. Dès printemps 2020, on a observé une forte baisse dans les offres d'emplois qui leurs étaient ouvertes. Raison pour laquelle dès été 2020, l'APEC a proposé une offre de services dédiée. »

La répartition des offres publiées sur Apec.fr en 2020 en Occitanie pointe sans surprise une concentration sur les zones d'emploi des deux métropoles, avec sans surprise 51% des opportunités à Toulouse et 22% à Montpellier, 4% à Nîmes, 3% à Perpignan et 20% sur le reste de la région.

Malgré la crise, le solde de création d'emplois cadres reste positif en 2020, avec 2.950 nouveaux postes cadres, contre 5.880 en 2019 (- 50% environ).

« On est sur une stabilisation mais la situation est inédite et reste incertaine, difficilement prévisible, souligne Cécile Lauze. Le marché ne ressemble plus à ce qu'il était avant. Nous assistons à une recrudescence d'accompagnement de projets de reconversion et de projets de création d'entreprise, ainsi qu'à une augmentation importante des demandes de conseil en évolution professionnelle pour les démissionnaires. »

Des recrutements dans les services et l'industrie d'abord

Concernant les prévisions de recrutements de cadres en 2021, Cécile Lauze souligne qu'« au niveau national, les recrutements de cadres seront en progression par rapport à 2020 mais resteront en retrait par rapport à l'avant-crise (247.000 contre 228.700 en 2020 et 281.300 en 2019, NDLR). En Occitanie, ils devraient stagner, à rebours des prévisions nationales. On est sur un plateau, avec une légère baisse de 1% des intentions de recrutements (11.060 contre 11.210 en 2020, NDLR), et c'est la seule région dans cette situation en raison de deux marqueurs : le poids dans l'économie régionale de l'aéronautique et de l'automobile et de leurs sous-traitants. Montpellier sera un peu moins marquée que Toulouse car la métropole languedocienne est plutôt concernée par les industries de la santé et pharmaceutiques et par l'informatique, des secteurs qui vont tirer leur épingle du jeu. Le poids du bassin toulousain gomme le positif à Montpellier ».

Les recrutements de cadres en 2021 pourraient néanmoins se polariser sur l'ouest de l'Occitanie, avec 7.180 recrutements prévus contre 3.880 sur l'est de la région.

« 73% des recrutements prévus seront réalisés par des PME (contre 27% par des grandes entreprises, NDLR), qui ont besoin de recruter pour relancer leur activité, soit une proportion qui correspond au tissu économique de la région, souligne Cécile Lauze. Près des trois-quarts des recrutements se feront dans les services, et18% dans l'industrie - soit un poids plus important qu'au niveau national à 13% - , 5% dans le commerce et 5% dans la construction. Mais il est difficile de comparer avec les années d'avant crise tellement les bouleversements sont importants. »

Les fonctions qui nécessiteront des recrutements de cadres en Occitanie sont d'abord l'informatique (23%), les études et la R&D (19%) et le commercial-marketing (14%), avec en bas de tableau la finance (4% contre 9% au national) ou la direction générale (3%).

Un marché bousculé

Près de la moitié des recrutements régionaux concerneraient des cadres de moins de cinq ans d'expérience, 41% de 6 à 15 ans d'expérience et 12% de plus de 15 ans d'expérience. Ce qui fait dire à Cécile Lauze que « les séniors vont avoir plus de mal à trouver des postes. C'est pourquoi l'APEC lancera à l'automne, et en octobre pour l'Occitanie, son opération "Talents séniors" pour les plus de 55 ans en recherche d'emploi depuis un certain temps et avec un projet professionnel construit. Nous leur proposerons une action de parrainage en étant en binôme avec un cadre en entreprise pendant un an pour dynamiser leur recherche d'emploi et ouvrir leur réseau professionnel. Nous souhaitions accompagner 50 binômes en Occitanie ».

« Le marché est bousculé mais les aspirations des cadres aussi donc les recruteurs devront prendre en compte certains enjeux, notamment une accélération des transitions professionnelles, la persistance des tensions dans le recrutement des exigences sur la transformation des pratiques managériales. Et l'aspiration à une meilleure qualité de vie, avec un meilleur équilibre vie professionnelle/vie personnelle, sachant que plus de 53% des cadres plébiscitent le télétravail à hauteur de deux à trois jours par semaine...

Et elle pointe une tendance de fond : « Aujourd'hui, les cadres en poste sont plus frileux sur leur mobilité que les années précédentes, ils attendent de voir venir des jours meilleurs pour mettre en marche leur projet de mobilité. De nombreuses personnes qui souhaitent venir vivre en Occitanie tout en travaillant à Paris par exemple. C'est un phénomène que nous analyserons cet automne avec une étude spécifique sur le télétravail ».

Cécile Chaigneau

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