Ateliers Jean Nouvel, cinéma, éco-hôtels : les actualités de François Fontès

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François Fontès, architecte montpelliérain.
François Fontès, architecte montpelliérain. (Crédits : Sophie Belloni Vitou)
François Fontès est sur tous les fronts. L’architecte montpelliérain, qui a souhaité depuis plusieurs années étendre son champ d'action au-delà de son univers de prédilection, pour investir dans la librairie (Sauramps), les hôtels ou encore le cinéma, donne de la voix. Tour d’horizon de l’actualité d’un business man multicasquettes.

« On observe un élan qui fait qu'on quitte les métropoles, c'est le signe d'un refus de la ville sur un modèle de pensée rationaliste à l'anglo-saxonne, qui ne permet pas de vivre ensemble. Le développement durable, c'est retrouver des rapports harmoniques avec notre environnement, car comme le dit Rudy Ricciotti, "la beauté s'est exilée de nos villes"... »

Interrogé sur son approche de la fabrique de la ville, lors du passage du French PropTech Tour à Montpellier le 29 octobre dernier, l'architecte montpelliérain François Fontès martèle sa vision urbanistique, son indignation et ses propositions pour « réparer la ville ».

« Les villes n'ont pas vocation à devenir obèses, scande-t-il, agacé. Paris, on la quitte car l'immobilier est devenu très cher ! Le mal français, c'est le mal de la spéculation, la gentrification qui exclut... A Montpellier, malgré les efforts de la SERM, 1 000 à 1 500 €/m2 de surface de plancher, c'est scandaleux ! Le législateur pourrait décider des prix plafonds, mais c'est difficile car le droit de l'urbanisme français est lié au droit de la propriété privée... Les conséquences, c'est un F3 à 58 m2 au lieu de 78 m2 il y a 30 ans ! Aujourd'hui, la doxa urbanistique, c'est construire plus haut avec des pièces plus petites. Je suis contre, car le véritable luxe, c'est l'espace ! L'élu local est soumis à des règles de droit "indémerdables" ! Avec la multiplication des normes ou des procédures urbaines, on a tout complexifié, et on arrive à l'aberration suivante : on ne peut plus habiter avec le plaisir d'habiter ! Le balcon sert de débarras, on n'a pas d'endroit pour faire sécher son linge... Si on veut réparer la ville, il faut trouver une nouvelle formule. D'où mon idée de bâtir des villes nouvelles sur des fonciers qui ne coûtent rien, ce qui permettrait de soulager la pression sur la ville... Le changement climatique induit un changement de climat sociétal. C'est un enjeu qui se jouera entre autres avec tous les acteurs de l'acte de bâtir, à condition qu'on ne cède pas aux tentations du consumérisme à l'extrême. »

Guérilla Philharmonie de Paris VS Jean Nouvel

Dans l'actualité de l'architecte montpelliérain figurent plusieurs dossiers. Depuis quelques jours, les colonnes des médias sont pleines des nouveaux démêlés entre la salle de concert la Philharmonie de Paris et les Ateliers Jean Nouvel (AJN) dont François Fontès est le président, son groupe Hugar détenant 50 % des parts depuis 2014.

Car entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, rien ne va plus. Alors que les deux s'affrontent devant la justice depuis quelques années, un nouvel épisode est venu relancer le conflit : l'architecte Jean Nouvel attaque aujourd'hui la Philharmonie de Paris sur le front pénal pour délits de concussion, de favoritisme, de faux et usage de faux, de recel de détournement de fonds publics. Une contre-attaque à l'émission par la Philharmonie d'un titre exécutoire réclamant aux AJN la somme de 170 M€, dont 110 de pénalités pour retard de visas. Évidemment, les interprétations juridiques divergent...

Si cette somme devait être recouvrée, les AJN seraient-ils mis en péril ?

« Je ne suis pas inquiet, répond François Fontès depuis Montpellier. Il n'y a jamais eu d'accord formellement établi sur la méthode de comptabilisation des retards et l'expertise que nous avons commanditée évoque un préjudice de 1,7 M€ imputable directement aux AJN... La Philharmonie s'est constituée en association pour éviter la loi MOP alors qu'elle utilise l'argent public ! Par ailleurs, ils ont pris eux-mêmes des décisions se substituant à l'architecte, engendrant des modifications du projet, augmentant les coûts et occasionnant des retards. Et pourquoi ne pas se retourner contre l'entreprise Bouygues (selon les AJN, sélectionnée sans mise en concurrence effective et sans l'accord de l'architecte, NDLR) ?... Nous avons déposé une plainte au pénal et nous irons jusqu'au bout. Mais je ne désespère pas que l'on parvienne à une médiation... S'ils sont prêts à se mettre autour de la table, nous irons. D'autant que nous leur réclamons plus de 100 M€ d'honoraires complémentaires ! Ce que nous voulons, c'est faire éclater la vérité et que le bâtiment soit terminé dans de bonnes conditions. »

Et l'architecte montpelliérain assure que « les AJN sont en plein essor, avec de gros projets, notamment en Arabie Saoudite ».

Une tour, un hôtel, une librairie

A Montpellier, ses autres projets suivent leur cours. Concernant la tour d'habitation emblématique (17 étages et 28 mètres de haut) qu'il dessine avec Jean Nouvel pour le promoteur immobilier Roxim et qui sera située à proximité de l'Hôtel de Ville de Montpellier, sur les bords du Lez, « le permis de construire sera déposé au 1e trimestre 2020 et le programme lancé au 4e trimestre 2020 ».

Il y a trois semaines, l'architecte dit avoir obtenu le permis de construire pour son projet de rénovation de l'immeuble Le Capoulié, rue Maguelone à Montpellier. François Fontès et son associé Bertrand Barascud avaient racheté le bâtiment à la Ville pour y installer un nouvel espace Sauramps, librairie rachetée à la barre du tribunal par sa filiale Ametis (logements sociaux) en juillet 2017. Le projet : un « Sauramps du futur » dédié aux BD, aux mangas, à la high tech, à la réalité virtuelle.

« Une fois que le permis aura été purgé, il faudra compter un an de travaux », annonce François Fontès.

Quant à son projet un peu fou de construire des éco-hôtels haut-de-gamme (Hôtel H) combinant écotourisme et tourisme scientifique (proposant notamment les ressources d'un centre scientifique autour d'une problématique propre au pays), François Fontès annonce être « en fin de négociation en Islande » et « bien avancer » sur les autres projets (Sultanat d'Oman et Amazonie).

La belle époque dans les salles

Enfin, ce mercredi 6 novembre, sort le deuxième film co-produit par sa filière Hugar Prod qu'il a créée en 2017 pour coproduire I feel good, le film de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Jean Dujardin et Yolande Moreau, sorti le 26 septembre 2018. Cette deuxième incursion en terres cinématographiques s'est concrétisée sur le soutien du film La belle époque, une comédie signée du réalisateur Nicolas Bedos, avec Daniel Auteuil et Guillaume Canet, et qui avait reçu un bel accueil lors de sa présentation hors compétition à Cannes en mai dernier.

D'autres projets dans les cartons ?

« Je regarde, je lis des scénarios, répond François Fontès, énigmatique. Peut-être le prochain OSS 117 (avec Jean Dujardin, NDLR), peut-être un film sur la vie de Gustave Eiffel... »

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