"Ad’Occ veut déverrouiller le mille-feuille économique"

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Thomas Bascaules est le directeur de l’agence régionale de développement économique
Thomas Bascaules est le directeur de l’agence régionale de développement économique (Crédits : Ad'Occ)
Directeur de l’agence régionale de développement économique, Thomas Bascaules tire, pour La Tribune, le bilan d’une première année de mise en route intense, entre rationalisation de l’offre et nouveaux réglages à trouver avec ses nombreux partenaires. Et pour cause : en 2019, Ad’Occ ambitionne de créer un réseau des développeurs économiques d’Occitanie.

Votre actualité la plus récente concerne la délégation des start-ups régionales conduite sur le CES de Las Vegas 2019. Un bon cru ?

Thomas Bascaules : En plus de prendre part à une importante présence française sur les secteurs de l'innovation et du numérique, le CES nous a permis de vérifier comment, sur le terrain, peut s'organiser l'accompagnement d'une délégation de 45 start-ups. Nous nous appuyons sur la présence d'un coach permanent à San Francisco qui a passé de dizaines d'heures avec elles pour développer les "best practices", identifier les bons rendez-vous en amont, savoir comment procéder avec les Américains, etc. Le bilan s'avère très positif, avec une moyenne de 100 à 150 rendez-vous par jour, dont 50 très qualifiés (débouchant sur un deuxième rendez-vous) avec des grands comptes comme Veolia, Engie, La Poste, Google, etc. Le CES est un rendez-vous incontournable car les CEO et les CTO des grands groupes y sont tous, mais il est difficile, pour une jeune start-up, d'exploiter ces opportunités quand on ne bénéficie pas d'un coaching.

Ce mois de janvier 2019 marque également le 1er anniversaire d'Ad'Occ. Quels enseignements tirez-vous de cette mise en route ?

T. B. : Il s'agissait d'une première année de création. Nous avons lancé Ad'Occ en partant de six ex-agences économiques (Invest Sud de France, LR SET, Madeeli, Sud de France Développement, Synersud et Transferts - NDLR), avec une importante distance kilométrique entre elles sur un territoire vaste comme la Suisse. En 2019, nous gérons 22 sites et implantations, en plus de ceux situés à Casablanca, Londres, New York et Shanghai. Notre souhait était de garder une organisation avec des directions opérationnelles, tout en restant en proximité des territoires, avec un site toujours disponible à moins de trois heures de route. De même, nous voulions aller vite tout en conservant l'historique des personnels. Nous comptons 180 collaborateurs, tous issus des six ex-agences. Il n'y a eu aucun licenciement sec, aucune mobilité forcée. Après Auch et Albi en 2018, nous allons poursuivre notre recrutement en 2019, avec des bureaux renforcés ou l'installation de développeurs dans les Maisons de la Région, à Perpignan notamment.

Combien d'actions avez-vous mené ?

T. B. : En 2017, le nombre d'entreprises accompagnées par les anciennes entités s'élevait à 3 000. En 2018, il atteint 3 500, ce qui montre que nous sommes plus que dans la continuité de service, et que la synergie recherchée a bien fonctionné. Nous avons également géré 40 projets d'implantation ou d'extension à l'étranger, 250 opérations de promotion en France ou à l'export (soit 23 pays), ou encore accompagné 500 projets d'innovation. Pour la période 2018-2020, j'ai mis en place une nouvelle feuille de route appelée "Od II C 2020", pour "Occitanie Développement Innovation International Croissance". Il n'existait pas, jusqu'ici, d'objectifs clairs à trois ans, et cette méthode nous permettra de nous projeter de façon concrète sur ces indicateurs.

Vous vous appuyez donc sur les Maisons de la Région, qui sont installées dans chaque département. Comment se passe la cohabitation avec les autres acteurs de développement économique à cet échelon, institutionnels ou consulaires, ou à l'échelon infra-départemental, comme les Agglos ?

T. B. : Avec la création d'Ad'Occ, la présidente de Région, Carole Delga, a voulu mettre en place une unicité de l'action économique, avec une visibilité claire pour les entreprises, les institutionnels et nos autres partenaires. Selon notre décompte, l'Occitanie affiche plus de mille développeurs économiques. De plus, les intercommunalités ont reçu, depuis la loi NOTRe, de nouvelles compétences en matière d'attractivité. Comment développer nos propres actions sans casser ces dynamiques locales ? Notre idée est de mettre en place un réseau labellisé des développeurs économiques d'Occitanie, que l'agence Ad'Occ fédère et anime sur la base de chartes ou de conventions signées avec chacun de ces partenaires. Nous venons d'ailleurs de démarrer la formation des développeurs partenaires, sur divers items comme l'identification des projets. Dans un second temps, nous ferons évoluer ce réseau comme un hub entreprise, une plate-forme collaborative, où chaque entité aura accès à tous les outils et ressources de ces mille développeurs, aux informations disponibles sur les entreprises régionales, etc. L'objectif est de travailler ensemble, en proposant nos ressources aux partenaires qui en ont besoin. Leurs possibilités d'action seront décuplées. Avec cette approche, notre ambition est de déverrouiller le mille-feuille du développement économique en région.

Et quel accueil recevez-vous ? Ces entités ne sont-elles pas "jalouses" de leurs propres actions et visibilité en terme économique ?

T. B. : Nous avons des discussions en cours avec les CCI et les Agglos, car il existe de nombreux sujets où nous sommes en phase. Sur l'export, nous interrogeons déjà Business France, et prochainement les responsables export des CCI de l'Hérault et de Haute-Garonne. De même, si l'innovation est un thème fort pour l'agence, la création/reprise d'entreprises l'est tout autant pour les CCI. Tout se fait sur la base du volontariat. Par exemple, nous venons de signer une convention selon laquelle Ad'Occ, Toulouse Métropole et Business France s'engagent à échanger sur tous les sujets de l'attractivité.

Vous qui venez du secteur privé (où Thomas Bascaules dirigeait la division Sud-Ouest d'Altran, leader mondial en solutions d'ingénierie et innovation, NDLR), qu'avez-vous découvert dans la sphère publique de l'accompagnement économique ?

T. B. : Je viens d'une structure de type Syntec (fédération des syndicats professionnels spécialisés dans les professions de l'ingénierie, du numérique, des études et du conseil - NDLR), et Ad'Occ reste une société de type conseil. Qu'ils soient ingénieurs en innovation, développeurs économiques ou spécialistes de l'export, les personnels, du point de vue du manager, sont les mêmes. À mes yeux, c'est toujours un métier de développeur. Comment booster la création de valeur ? Attirer les entreprises ? Il est vrai que l'écosystème est différent. Il se compose souvent d'institutions importantes avec un historique fort et leurs propres actions. Ici, la question est donc de pouvoir les fédérer. C'est un travail de diplomatie et de lobbying. Mais je le faisais aussi chez Altran, où j'avais la responsabilité d'une région.

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