Philippe Dessertine : "La 4e révolution industrielle remet les territoires au centre du jeu"

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L'économiste Philippe Dessertine, et Philippe Lamouroux, président de l'Ordre des experts-comptables
L'économiste Philippe Dessertine, et Philippe Lamouroux, président de l'Ordre des experts-comptables (Crédits : OEC)
L'Ordre des experts-comptables a organisé sa 8e soirée Ecozoom, le 26 mars à Montpellier, et dévoilé la dernière version de son baromètre mesurant l'activité des TPE-PME régionales en 2018. Invité d'honneur, l'économiste Philippe Dessertine a retracé les grands mouvements actuels de l'économie mondiale, et leur impact à l'échelle territoriale.

Pour sa 8e édition, la soirée Ecozoom organisée par l'Ordre des experts-comptables région Montpellier, le 26 mars au Domaine Verchant, a permis de livrer une nouvelle étude de l'activité des TPE-PME, réalisée en exploitant Statexpert, l'outil statistique développée par la profession sur la plan national. Cette base de données, construite avec trois millions de déclarations TVA et 1,2 million de liasses fiscales télé-déclarées, est "une base de données privée sur les entreprises unique en France", souligne le président Philippe Lamouroux.

"C'est dans l'ADN de l'Ordre d'accompagner les entreprises, affirme-t-il. Il y a devant nous un champ d'investigation grand ouvert, avec la nouvelle loi sur l'épargne salariale notamment. Néanmoins nous vivons un moment charnière car les pouvoirs publics exercent une pression sur nous pour nous faire évoluer en "commissaires à la fiscalité".

Une croissance au ralenti

Réalisée avec les données disponibles au 4e trimestre 2018, la nouvelle version du baromètre montre que l'activité des entreprises de Montpellier et sa région était en hausse d'environ 1 % sur l'année écoulée, un peu en-deçà de la moyenne régionale (0,9 % contre 1,7 % sur le dernier trimestre). "Ce sont les entreprises de 250 000 à 500 000 € de chiffre d'affaires qui souffrent le plus, avec une baisse de 1,1 % sur le dernier trimestre, tandis que les entreprises à plus d'un million d'euros, en progression de 1,8 %, tirent la croissance régionale. Or ce sont les TPE qui sont surreprésentées ici", commente Philippe Barré, du cabinet parisien Pluriel.

Lues par secteurs d'activité, les progressions les plus notables sont mesurées dans l'industrie manufacturière (2,6 %), l'agriculture (1,3 %), le commerce (1,1 %), tandis que l'hébergement (- 1 %) et la construction (- 2,3 %) sont plus en difficulté. Sur le front de l'investissement, les volumes sont systématiquement en baisse par rapport aux moyennes nationale et régionale depuis le 2e trimestre 2017, hormis un léger rebond technique au 2e trimestre 2018.

"L'avenir, ce sont les territoires"

Invité vedette de la soirée, l'économiste Philippe Dessertine a observé que l'Occitanie est en phase avec les grands mouvements actuels de l'économie mondiale.

"La situation a un caractère historique car nous arrivons à la fin d'un haut de cycle : la croissance a tendance à ralentir au niveau mondial, mais nous ne sommes pas en récession. Elle est moins forte en 2018 qu'en 2017, en 2019 qu'en 2018, comme en Occitanie. Cela s'explique par l'absence de réserves de croissance mondiale. Il n'y a plus de réserves de main d'oeuvre. Les entreprises veulent recruter, mais tant sur des profils à haute compétence, que de moyenne ou de faible compétence, elles n'y arrivent pas. Cette absence de perspectives de croissance se traduit notamment, chez les entreprises, par une baisse de l'investissement, qui se mesure ici aussi."

Comment en sortir ? Philippe Dessertine insiste sur les opportunités ouvertes par la 4e révolution industrielle en cours, basée sur les progrès des algorithmes, de l'intelligence artificielle, et du Big Data. Selon l'économiste, elle pourrait remettre en selle les territoires comme ceux d'Occitanie.

"Cette révolution génère de la déconcentration. Jusqu'ici, on concentrait le maximum de population, d'entreprises, d'usines, dans des villes de plus en plus grandes. Or le digital permet de déconcentrer l'activité, à l'image d'Amazon, qui a déconcentré l'acte d'achat. Il est fou de se lancer dans un projet à 30 ans comme le Grand Paris, qui revient à recréer le Londres de 1890 ! De même, vouloir le TGV en région n'a plus d'intérêt. L'avenir, ce sont les territoires. La priorité est de supprimer toutes les zones blanches, d'avoir un bon réseau jusque dans les territoires ruraux. L'important désormais est de converser avec le monde entier, sans avoir à prendre l'avion ou la voiture. Il ne faut pas se tromper de révolution industrielle et faire les bons investissements."

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