Reconfinement : "La résilience des entreprises est mise à rude épreuve" (réactions en Occitanie)

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Bien qu’attendue, la claque est violente. L’annonce du reconfinement pour un mois minimum, faite par le Président de la République le 28 octobre, plombe le monde économique, même si le cadre a été assoupli. Réactions en région Occitanie.

Michaël Delafosse, maire de Montpellier, président de Montpellier Méditerranée Métropole, mercredi soir 28 octobre : « La protection de la population doit être notre priorité absolue. [...] Cette deuxième vague s'apparente à une lame de fond. Elle s'annonce, pour notre département, d'ores et déjà plus mortelle que la première. La responsabilité doit individuellement et collectivement l'emporter. [...] Demain matin, à la première heure, se tiendra une cellule de crise en mairie pour coordonner les dispositifs de protection des personnes âgées, isolés, en grande fragilité [...]. Dès que nous aurons connaissance du nouveau protocole sanitaire, nous allons tout faire pour assurer dans les meilleures conditions la prise en charge des enfants dans les écoles. [...] Un point sera fait dans la journée avec les autres maires de la Métropole, ainsi qu'avec l'ensemble des acteurs économiques en particulier les commerçants qui doivent impérativement être accompagnés au regard des nouvelles restrictions. J'assure également de ma mobilisation pleine et entière le monde culturel, sportif et associatif [...] Je sais pouvoir compter sur tous les agents publics, sur les bénévoles des associations de solidarité, pour surmonter ces semaines et leur conséquences extrêmement difficiles [...]. En cet instant grave, je veux au nom de tous les Montpelliérains témoigner de mon soutien à l'ensemble des personnels soignants [...]. Nous traversons des temps d'épreuves, aussi inédits que difficiles. Ils nous imposent solidarité, responsabilité et courage. »

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie : « Je tiens tout d'abord à saluer le personnel soignant pour son engagement et l'encourager pour les semaines difficiles auxquelles il va faire face. Comme au printemps, nous étudions des mesures pour soulager nos soignants et l'ensemble de la communauté médicale. Cette nouvelle phase de confinement, lourde de conséquences pour les Français, appelle à un engagement fort de la part des collectivités. La Région Occitanie est d'ores et déjà mobilisée, avec ses agents, pour y prendre tout sa part. Je le redis : nous devons tous être extrêmement vigilants pour endiguer la propagation de l'épidémie. Il en va de la protection de la santé de chacun, de notre personnel soignant et de notre économie. Plus le confinement sera limité dans le temps, mieux nous arriverons à nous en relever socialement et économiquement. Cela doit être notre seule priorité aujourd'hui. »

Samuel Hervé, président du Medef Hérault Montpellier : « Nous ressentons un peu de dépit. Nous avons fait du lobbying auprès du gouvernement pour un confinement moins fort mais nous n'avons pas été très entendus. L'arbitrage est clairement en faveur du sanitaire. L'un des enjeux selon moi, c'est de maintenir les travailleurs de 1e ligne mais aussi de 2e ligne, dans la restauration collective, la maintenance, la livraison, la logistique, le nettoyage. C'est normal qu'ils ne soient pas considérés au même niveau que les soignants, mais quand ils sont cas contacts, ces salariés sont arrêtés pendant une semaine ou 10 jours, et les entreprises ne peuvent plus travailler ! Cela pose un problème de continuité de service. Compte tenu du nombre exponentiel de cas contacts à venir, il va falloir en avoir une gestion fine si on veut que les services essentiels tournent... Pour les restaurants et les commerçants, c'est le coup de grâce. Il y a des murs de trésorerie qui vont tomber, mais demain, il n'y a plus de chiffre d'affaires et il reste pourtant des charges fixes ! Il faut trouver des solutions sur les loyers, notamment avec un dispositif de crédit d'impôt pour les bailleurs, dont on attend la validation. Pourquoi pas un PGE sur les SCI, qui ont des prêts et donc des remboursements auprès des banques ? Par ailleurs, je m'interroge sur la fermeture des commerces dits non essentiels. Lors du premier confinement, on a mesuré à quel point toute l'économie est interconnectée. Par exemple, si on veut que le BTP continue de travailler, on a besoin des hôtels, les artisans ont besoin de matériaux, comment vont-ils s'approvisionner ?... Alors oui, les écoles restent ouvertes mais j'attends de voir. Est-ce que garder les lycées ouverts est pertinent ? J'espère que tout le monde prendra la mesure de l'effort demandé à chacun : si les parents ne viennent plus travailler, l'économie s'arrête... Ce qui est compliqué, c'est de devoir reconfiner en 24 heures. Les restaurateurs avaient fait leurs stocks, et tous ne vont pas pouvoir se mettre à la livraison de repas demain soir ! Ce qui est dommage, c'est qu'on pénalise le monde économique, qui est plutôt vertueux sur le plan sanitaire, et que les clusters ont plutôt été identifiés dans les sphères privées... Je crains que la deuxième vague soit plus meurtrière que la première pour l'économie. Les PME sont plutôt résilientes et ne licencient pas car elles savent que garder de bonnes équipes est important mais elles vont être rattrapées par les comptes, tout simplement. Les entreprises qui subissent la fermeture administrative - restaurants et commerces - et qui ne sont pas suffisamment structurées, vont avoir du mal à se relever. Au niveau national, ce sont 330 000 entreprises qui vont fermer demain, et entre 20 000 et 25 000 dans l'Hérault. On va faire le jeu d'Amazon. La CCI travaille sur une plateforme logistique pour les commerçants mais ça va être difficile de continuer. On essayait de construire l'avenir, les gens s'accrochaient... Mais maintenant, j'ai peur d'un afflux au tribunal de commerce. »

Grégory Blanvillain, président de la CPME Hérault : « On ne remet pas en cause la décision du Président de la République si on n'a pas le choix sanitairement parlant. Il faut que tout le monde joue le jeu... Mais il faut absolument des vraies aides pour soutenir les petites entreprises, sans critères de maximum de chiffre d'affaires ou de nombre de salariés, notamment sur les loyers. Il faut étudier le fonds de solidarité à la mesure de chaque activité et adapter le montant de l'aide à la perte réelle subie. Certains ne vont pas s'en relever. Dans mon secteur, celui de l'événementiel, ça n'a quasiment jamais repris et les entreprises seront touchées sur le long terme. Certains traiteurs perdent 50 000 à 100 000 € par mois... Et il n'y aura pas de perspectives avant un an. Pour les salles de sport, qui occupent des superficies importantes, pour les restaurants ou les bars, il y aura de la casse si on ne propose pas de solution sur les loyers. Il faut aller plus loin dans les aides secteurs par secteur, dans le détail et de manière adaptée. Concernant le télétravail, les entreprises sont techniquement à peu près prêtes, même s'il faudra voir ce que ça pose comme problème en termes de sécurité, car souvent c'est un peu bricolé, et qu'il faudra en mesurer les effets psychologiques sur coordination des équipes et la motivation des salariés dans le temps... C'est plutôt sur l'organisation du travail que les petites entreprises ne sont pas encore prêtes, notamment parce qu'elles ont été mises devant le fait accompli en 24 heures. Les restaurateurs ou les traiteurs ont les frigos pleins. Ce manque d'anticipation est compliqué à mettre en place et crée beaucoup de tension. »

Jalil Benabdillah, président de Leader Occitanie : « C'est un moment difficile et je suis effondré d'apprendre ce qui vient de se passer à Nice (trois personnes ont perdu la vie et plusieurs autres ont été blessées lors d'une attaque au couteau perpétrée au cœur de la basilique Notre-Dame de l'Assomption, le parquet national antiterroriste s'est saisi des faits, NDLR)... Pour ce qui est du reconfinement, on ne peut pas dire qu'on soit surpris, on était préparés. Oui c'est difficile pour le monde économique, la résilience des entreprises est mise à rude épreuve. On garde l'espoir qu'on en sorte dans un mois. Si c'est le cas, on pourra repartir et reconstruire. Si ça devait durer plus longtemps, alors la deuxième vague fera plus de dégâts que la première. L'activité des entreprises est en recul, on connaît des retards de livraison, des ruptures de stocks, la sous-traitance est débordée ou n'a pas le personnel suffisant pour travailler. Tout ça crée une importante désorganisation dans le monde économique. Il y a ceux pour qui c'est une aubaine - dans le numérique, l'informatique, l'agroalimentaire - et c'est tant mieux. Il y a ceux qui souffrent beaucoup et c'est vers eux qu'il faut se tourner. Et il y a les autres qui essaient de passer entre les gouttes et espèrent se relever si la situation ne dure pas trop longtemps. Mon message, c'est "serrons les dents, soyons solidaires, montrons ce qu'on a dans les tripes, on est face à une guerre sanitaire, pas une guerre militaire avec des bombes qui nous tombent sur la tête. Si on est intelligent ensemble, on s'en sortira. »

André Deljarry, président de la CCI Hérault : « On ne peut pas ignorer la problématique de la pandémie, il faut l'enrayer. Concernant les commerces dits non essentiels, qui ont déjà vécu pas mal d'à-coups - les gilets jaunes, les manifestations sur les retraites, le 1e confinement - je crains que ce confinement supplémentaire soit fatal. Il faut remercier l'État pour les aides mises en place, mais ce qu'on n'imagine pas, c'est le contrecoup de tout ça : un commerce, ce n'est pas on-off, il rouvre et ça remarche ! Par exemple, dans le domaine du prêt-à-porter, les commerces ne sont pas repartis comme avant car les gens se sont organisés et achètent ailleurs. D'autant que dans ces commerces non essentiels, novembre et décembre sont les deux plus gros mois de l'année. Certains commençants font 50 % de plus en novembre et 100 % en décembre... Mais attention à 2021et 2022. Oui, les commerçants ont de la trésorerie pour le moment, grâce au PGE, aux reports de charges, au chômage partiel, ce qui évite aujourd'hui trop de casse, mais après ? Ça tape très fort. Certains sont impactés depuis mars, ça fait long... On a recensé plus de 100 commerces fermés définitivement sur le centre-ville de Montpellier et certaines grandes enseignes déposent le bilan. Je crains que dans le non-alimentaire ou équipement de maison, on ne puisse pas repartir. Si le reconfinement s'arrête au 1er décembre, certains pourront s'en sortir. Mais il faut un appui très fort sur la restauration, les boîtes de nuit, les salles de sport, l'événementiel. En plus des mesures en place, il faudra un vrai plan de relance commercial ! Nous avons décidé de décaler l'opération City Foliz (opération de relance du commerce héraultais organisée par la CCI Hérault, la Région Occitanie, le Département de l'Hérault et les collectivités locales pour booster la consommation dans nos commerces de proximité, permettant de rembourser 20 % des achats effectués dans les commerces et restaurants, et qui devait avoir lieu du 4 novembre au 24 décembre, NDLR) du 4 décembre au 24 janvier. »

Frédéric Carré, président de la FFB Occitanie : « Aujourd'hui, on n'est pas dans la même situation qu'en mars car les chantiers sont ouverts. On est satisfait que le BTP soit cité par le Président de la République comme un secteur qui reste ouvert. Mais j'ai peur que tout le monde pense que ça va bien. On gagne 1 à 2 % de marge, et aujourd'hui, on travaille en mode dégradé. On avait peur de la baisse de cadence avec le protocole sanitaire mais on s'est habitués. En revanche, on est en bout de la chaîne, or il y a le risque que ça ne passe pas bien sur cette chaîne, et au final, on additionne toutes ces problématiques. Et les appels d'offres se raréfient... On va payer tous nos salariés, nos charges mais on n'arrivera pas à produire correctement. Oui, on va travailler mais on perdra de l'argent tous les jours ! Il ne faut surtout pas exclure le BTP des aides et accompagnements. Par exemple, il faut permettra aussi au secteur du bâtiment de reculer d'un an le remboursement du PGE. Les 7 Mds € du plan de relance pour le bâtiment (sur la rénovation énergétique, NDLR) vont arriver quand ? Il faut nous aider à passer le trou d'air. Nous sommes très inquiets pour 2021. »

Jacques Mestre, président de l'UMIH Hérault : « Il faut qu'on arrête de nous prendre pour des cons ! Il y en a ras le bol des Parisiens qui nous expliquent qu'on peut faire de la vente à emporter ! On ne va pas survivre avec ça... La vente à emporter, ça marche pour les grandes villes mais pas dans les villages. Notre région vit du tourisme, ça suffit ! Comment on fait pour payer les loyers ? Comment vont faire nos employés ? On est à l'agonie ! Arrêtons de parler d'aide aux restaurants, on nous donne de l'oxygène, mais c'est un crédit et il faudra le rembourser. Parlez-moi de subventions et d'exonérations ! Nous avons rendez-vous avec le préfet et les banques pour voir quelles solutions on peut trouver. On descendra dans la rue s'il le faut ! »

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