Ce que les acteurs économiques héraultais avaient à dire au ministre Dussopt (et inversement)

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Le ministre Olivier Dussopt a rencontré les acteurs économiques de l'Hérault en préfecture à Montpellier, le 15 janvier 2021.
Le ministre Olivier Dussopt a rencontré les acteurs économiques de l'Hérault en préfecture à Montpellier, le 15 janvier 2021. (Crédits : Cécile Chaigneau)
Le 15 janvier, Olivier Dussopt, le ministre délégué chargé des Comptes publics était en déplacement dans l’Hérault pour inaugurer le service de gestion comptable du centre des finances publiques de Clermont-l’Hérault. L’occasion aussi de rencontrer les acteurs économiques du département pour échanger sur le plan de relance. Revue de détail d’un dialogue traduisant surtout les inquiétudes immédiates des entrepreneurs, davantage préoccupés du plan de soutien que du plan de relance…

Le ministre délégué chargé des Comptes publics était en déplacement dans l'Hérault le 15 janvier pour inaugurer le service de gestion comptable du centre des finances publiques de Clermont-l'Hérault, intervenant dans le cadre de la réorganisation des services des finances publiques dans les territoires.

Olivier Dussopt s'est vu signifier, par l'intersyndicale CGT-Solidaires Finances publiques-FO une dégradation des conditions de travail et une dégradation du service public, les agents dénonçant notamment une perte de 20% des effectifs depuis 2009 à la Direction Départementale des Finances Publiques de l'Hérault et 49 emplois qui sont supprimés en 2021...

L'occasion pour le ministre de rappeler les récents engagements du gouvernement au travers du programme global de rénovation énergétique des bâtiments de l'État, soit la mobilisation de 2,7 milliards d'euros d'investissement financés par le plan de relance, « dont 60 millions d'euros pour 80 projets dans l'Hérault, comme l'immeuble Montmorency ou l'école nationale supérieure d'architecture de Montpellier ». Un dispositif qui donnera du travail aux entreprises locales, et qui sera suivi d'un programme similaire à hauteur d'un milliard d'euros pour les bâtiments des collectivités locales, dont la liste devrait être communiquée dans les prochains jours.

« Besoin d'aller vite »

Le ministre avait aussi rendez-vous avec les acteurs économiques du territoire. Des « têtes de réseaux économiques » qui étaient rassemblés en préfecture pour dérouler leurs inquiétudes, voire leurs doléances, et exposer leurs attentes.

Il a au préalable rappelé les mesures et financements déployés par l'État depuis mars dernier, soit « 86 milliards d'euros engagés par l'État en 2020 pour répondre à l'urgence économique et sociale, alors que dans le même temps, il perdait 100 milliards d'euros de recettes ». Le ministre ajoute que « chaque jour dans le département de l'Hérault, l'État engage 4,5 millions d'euros d'aides aux entreprises, des aides directes ou de trésorerie ».

« Nous avons besoin d'aller vite et l'objectif, c'est que sur les 100 milliards d'euros du plan de relance sur deux ans, 60 milliards soient engagés fin 2021, promet-il. Nous mettons la priorité sur les questions écologiques, sur les besoins en compétitivité, sur l'industrie du futur et sur la cohésion sociale et territoriales. »

Restauration : « Nous craignons de nous retrouver sans personnel »

« Notre département et notre région vivent du tourisme, qui permet à des jeunes d'accéder à des emplois. Certains se dirigent vers d'autres métiers, ce qui inquiète les professionnels car comme nous n'avons pas de visibilité, nous craignons de nous retrouver sans personnel quand on pourra rouvrir », attaque Jacques Mestre, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) de l'Hérault, ajoutant que le couvre-feu à 18 heures limite l'activité de vente à emporter.

« La meilleure façon de limiter les risques de transmission du virus, c'est de limiter les interactions, répète le ministre. Dans les départs subissant un couvre-feu à 18h depuis quinze jours, nous avons observé que la circulation du virus est moins importante qu'ailleurs... Nous avons acté que pour la perte d'activité de décembre et janvier, tout le chiffre d'affaires réalisé en click & collect ou en vente à emporter ne sera pas comptabilisé pour le calcul de l'aide via le fonds de solidarité, afin d'encourager un maintien de l'activité minimale. »

Les difficultés des petites entreprises juste créées

A la tête de la CCI de l'Hérault, André Deljarry évoque notamment les difficultés des entreprises juste créées en 2020 (34% dans le commerce, 50% dans les services) et qui ne sont pas éligibles aux aides de l'État.

« 7.500 créations d'entreprises en 2020 dans l'Hérault, ce qui ne signifie pas ouvertures, et c'est un point qu'il faut que l'on regarde, admet Olivier Dussopt. Pour bénéficier du fonds de solidarité, il fallait que la société ait été créée au 31 décembre 2019 et nous avons ramené cette date au 1e septembre 2020. Nous regardons si nous pouvons la rapprocher encore. »

Malgré la bonne nouvelle du report possible d'un an pour les premiers remboursements des prêts garantis par l'Etat (PGE) - mars 2022 donc - Marc Aufort, président du Medef Béziers, pointe les difficultés que rencontrent déjà les entreprises sollicitant des prêts bancaires en vue d'investissements en 2021 et qui, en raison de ratios dégradés, se voient opposer des refus. « Ce sera un frein à la relance », s'inquiète-t-il.

« Nous travaillons avec la Banque de France et les acteurs bancaires sur ce sujet, car en effet il ne faudrait pas avoir un problème de dégradation de la cotation », assure le ministre.

Événementiel : des carnets de commandes 2021 vides

« Plus de 90% des entreprises héraultaises comptent moins de dix salariés et on a du mal à voir ce qu'il y a pour les TPE dans le plan de relance, interroge quant à lui Grégory Blanvillain, président de la CPME 34. Ce qui nous semble essentiel pour elles, c'est comment les auditer pour étudier leur modèle économique et voir si elles doivent accentuer la partie digitale, se transformer, se diversifier, etc... »

Lui-même acteur de la filière événementielle et président, depuis novembre dernier, de l'association REPERE Méditerranée, il s'inquiète de la survie immédiate des entreprises du secteur : « Cette filière ne peut pas penser "plan de relance" car on s'imagine déjà qu'on ne retrouvera pas un niveau d'activité normal avant 2023 ou 2024. Les carnet de commandes de 2021 sont vides ! Avec ce que ça va induire pour les hôtels, les restaurants, les traiteurs ou les taxis... Dans ce plan de relance, il faudra un dispositif concret qui donne confiance aux organisateurs et décideurs et les incite à prendre le risque d'organiser des événements. Si rien n'est programmé en septembre 2021, ce sera trop tard ! »

Acquiescement du ministre sur l'aide aux audits pour les petites entreprises et sur ce message de confiance...

Aides spécifiques pour les viticulteurs

« L'agriculture a tenu, même s'il y a des situations difficiles, notamment chez les horticulteurs, les producteurs de volailles et bien sûr la filière viticole qui subit la fermeture des restaurants mais aussi les problèmes liés aux droits d'export imposés par les États-Unis, qui nous font perdre des parts de marchés, liste de son côté Jérôme Despey, le président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault. Il faut savoir que si c'est appliqué en 2021, c'est comme si vous rayiez l'Occitanie du paysage viticole... »

L'élu souligne que certaines mesures du plan de relance - qui consacre 1,2 milliards d'euros à l'agriculture et à l'agroalimentaire -, sont prises d'assaut, signe qu'elles sont, selon lui, « sous-calibrées ».

« En effet, il y a quelques mesures du plan de relance qui marchent très bien, répond Olivier Dussopt. Nous nous réservons le droit d'une clause de revoyure si certains crédits n'étaient pas utilisés et des engagements pris non tenus, afin de proposer des redéploiements de crédits. »

Et il rappelle que la veille, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé un renforcement du fonds de solidarité « aménagé spécifiquement pour les viticulteurs, avec un niveau de perte de chiffre d'affaires différent du reste de l'économie, et, dans le cadre du projet de loi de la sécurité sociale, un dispositif d'exonération des cotisations patronales pour les viticulteurs avec là aussi des seuils de déclenchement différents ».

Manque d'agilité dans les tribunaux de commerce

S'il salue « la trajectoire de baisse des impôts de production, qui touchera toutes les entreprises », Samuel Hervé, président du Medef Hérault Montpellier, invite néanmoins le ministre à envoyer « des signaux positifs », notamment en anticipant sur certaines lois qui amèneront de la simplification.

« La confiance est une croyance, déclare-t-il, citant l'enseignant-chercheur montpelliérain Olivier Torrès. Il y a une forme de darwinisme qui s'opère et si on n'accompagne pas les entreprises à s'adapter, elles vont mourir. Durant le premier confinement, un pragmatisme est né de la cohésion des forces économiques, des collectivités et de l'État, et il faut que cela perdure. »

Le patron des patrons héraultais s'inquiète aussi d'une faiblesse qui pourrait s'avérer préjudiciable : « Nous avons du mal à comprendre que les métiers du juridique et de la banque ne se soient pas mieux numérisés, notamment les greffes des tribunaux de commerce ! Il y a des entreprises qui sont bloquées car le greffe ne va pas au rythme de l'entreprise. Il faut de l'agilité à tous les niveaux dans tous les rouages ! ».

Quant au sénateur Jean-Pierre Grand, c'est un appel à rassurer les maires qu'il lance :

« Depuis les élections municipales et l'avancées des Verts, les maires sont paralysés sur les nouveaux plans d'investissement urbains. Le gouvernement serait bien inspiré de passer des messages positifs aux maires pour les rassurer. Il faut leur dire qu'ils ont toujours le droit de construire et que s'il y a des contentieux, ils seront traités vite ».

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