Montpellier, porte d'entrée des coopérations avec l'Afrique : oui, mais comment ?

Depuis que le Nouveau Sommet Afrique-France est annoncé à Montpellier pour le 8 octobre, le président de la Métropole, Michaël Delafosse, ne cesse de répéter qu’il veut « faire de sa ville la porte d’entrée des coopérations avec l’Afrique ». Clare Hart, sa vice-présidente déléguée au rayonnement international et aux coopérations internationales et européennes, détaille le projet et la méthode.
Cécile Chaigneau

8 mn

Clare Hart, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, déléguée au rayonnement international et à la coopération européenne
Clare Hart, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, déléguée au rayonnement international et à la coopération européenne (Crédits : DR)

Le maire de Montpellier et président de la Métropole, Michaël Delafosse, l'a souvent clamé à l'approche du Sommet Afrique-France qui se tenait le 8 octobre dans la capitale languedocienne : il veut faire de Montpellier « la porte d'entrée des coopérations avec l'Afrique », arguant que les liens de ville sont « innombrables avec au moins 30 des 54 pays africains dans le domaine de la santé, de l'économie, littéraire, artistique, social, dans la recherche et bien entendu au niveau universitaire, avec 5.000 étudiants africains et 300 doctorants ».

Alors que Montpellier a vécu aux couleurs de l'Afrique le temps du Nouveau Sommet Afrique-France, avec quelque 3.000 participants et 800 représentants de douze pays africains à l'Arena, comment l'équipe élue en place compte-t-elle s'y prendre concrètement pour impulser, dans les différents écosystèmes de la ville, un élan à la fois durable et fructueux vers le continent africain ?

Créer un Africalink, comme à Marseille

Clare Hart, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, déléguée au rayonnement international et aux coopérations internationales et européennes, est intarissable sur le sujet : « Cette tradition de médecine, d'agroécologie, de recherche avec le CIRAD, l'INRAE, l'IRD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, Institut de recherche pour le développement, NDLR) fait que les relations entre Montpellier et le continent africain se sont renforcées depuis des décennies. Et ce n'est pas que de la solidarité ou de la coopération décentralisée mais bien un travail collaboratif, de recherche par exemple. En raison de sa position géographique et de la fertilité des initiatives, le territoire est prêt pour aller plus loin et recevoir ce nouvel élan. A nous, collectivité, de nous en saisir. Nous devons jouer rôle de fédérateur ! ».

L'élue annonce plusieurs axes de travail. A commencer par la mise en place, à Montpellier, d'un Africalink. Initiative de la CCI Marseille soutenue par la Métropole Aix-Marseille-Provence, Africalink se présente comme « un réseau d'entrepreneurs transnationaux ayant des liens avec l'Europe et/ou l'Afrique, décidés à appréhender l'entrepreneuriat sur l'axe Afrique-Europe de manière innovante ».

« Nous y travaillons avec les écosystèmes économiques, déclare Clare Hart. Une réunion aura lieu la semaine prochaine avec la Métropole Aix-Marseille - ce qui nous permet aussi de créer des liens avec ce territoire - et l'Africalink de Montpellier pourrait être créé fin 2021, début 2022. »

Créer des liens de ville à ville

Autre piste en cours : créer des liens de ville à ville, mais sans la dimension diplomatique qui relie les villes jumelées : « Nous voulons plutôt mettre en place un projet à tendance économique entre villes pour permettre aux écosystèmes de travailler ensemble et ainsi créer des opportunités pour les entreprises. Nous avons déjà des projets à Bargny au Sénégal, à Kigali au Rwanda ou au Burkina Faso. Les premiers contacts qu'on a pris sont très prometteurs. L'une des premières thématiques que nous voulons traiter, c'est le "one health" qui inclut santé, alimentation et environnement ».

Soit précisément le champ d'intervention sur lequel se positionne le projet-phare du président de la Métropole de Montpellier : la Med Vallée, pôle d'excellence en santé, alimentation et environnement. D'ailleurs, la Med Vallée est l'un des vecteurs que compte aussi utiliser la Métropole pour activer les coopérations avec l'Afrique.

« Le projet de territoire de la Med Vallée sera notre propulseur pour booster ces liens, promet Clare Hart. Et cela crée un cercle vertueux : on devient ainsi plus attractif pour d'autres territoires comme la Chine ou le Nord de l'Europe. On peut aussi aller toquer à la porte des États-Unis. Tout ça positionne le projet Med Vallée à l'international. »

Agriculteurs africains et héraultais, même combat

Sur le secteur des industries culturelles et créatives (ICC), dont Montpellier se revendique place forte, des liens sont également en cours, selon l'élue : « Le continent africain est monté en puissance sur la tech et sur les ICC, et il est aujourd'hui en pointe, que ce soit sur les jeux vidéo, l'animation, le cinéma, les écoles... Nous contactons des studios, des labs et des écoles africaines pour créer du lien avec nos propres écoles (ESMA, ArtFx, etc., ndlr) avec l'idée d'instaurer des échanges de réciprocité : envoyer des jeunes faire des stages en Afrique, ce qui n'est pas naturel aujourd'hui, et accueillir des jeunes Africains dans nos entreprises ou nos écoles ».

Enfin, des axes de travail autour de la filière agro-alimentaire, très développée à Montpellier, sont à poursuivre.

Le 7 octobre, en marge du Nouveau Sommet Afrique-France, Élisabeth Claverie de Saint-Martin, P-dg du CIRAD, et Philippe Mauguin, P-dg d'INRAE, ont annoncé travailler activement à l'élaboration d'un programme de recherche, formation et innovation commun avec une vingtaine d'institutions africaines de recherche agricole. Ce programme se concentrera sur les thématiques de l'agroécologie et de la préservation des ressources naturelles, de la santé, la sécurité alimentaire, du développement territorial et de l'emploi.

« Les centres de recherche montpelliérains travaillent sur l'adaptation au changement climatique, et nos vignerons sont en plein dedans, avec la même problématique qu'en Afrique, avec 5 ou 6 degrés de moins certes, mais avec les mêmes besoins, les mêmes sujets. Il y a donc matière à créer des groupes de travail, et pas seulement entre chercheurs mais aussi avec les entrepreneurs », assure Clare Hart.

Le continent de l'avenir

Mais les entreprises et les chercheurs ont-ils besoin de la collectivité pour mettre en place des initiatives, notamment quand elles sont d'ordre privé ?

« La Métropole doit être un facilitateur, le chef d'orchestre, parce que ce n'est pas toujours naturel pour un producteur de fruits, par exemple, d'aller voir de sa propre initiative ce qui se fait en Afrique. Le rôle de la Métropole, c'est de donner l'élan », répond l'élue déléguée au rayonnement international.

Pour donner cet élan, la collectivité mise sur les entreprises locales qui connaissent déjà bien le continent africain, notamment parce qu'elles y travaillent. C'est le cas de Smag (agritech), Inovie (biologie médicale), Predict Services (gestion du risque météorologique), Steam France (lutte contre les infections par la désinfection et la stérilisation des dispositifs médicaux), Biotope (ingénierie écologique) ou le fabricant de jus de baobab Matahi, « qui pourraient être moteur car elles ont déjà des réseaux en Afrique et pourraient parrainer d'autres projets ».

« Nous avons fait une petite enquête et demandé aux entreprises du territoire quelles zones les intéressaient, et elles répondent majoritairement l'Europe d'abord puis l'Afrique, ajoute Clare Hart, enthousiaste. Les entrepreneurs ont compris que l'Afrique, c'est le continent de l'avenir. C'est là-dessus que la collectivité doit être facilitateur. »

Selon l'élue, la future agence de développement économique pourrait être à la manœuvre de ces initiatives diverses. Mais elle évoque également l'existence d'une « international task force entre l'écosystème économique, les universités et la recherche pour commencer à faire remonter les besoins » : « Et beaucoup sont orientés sur l'Afrique... Le rôle de task force, c'est aussi d'aller voir les réseaux et de les inciter à tourner leur regard vers l'Afrique ».

« On ira bien sûr chercher les partenaires que peuvent être Proparco (filiale de l'Agence Française de Développement, qui participe au financement et à l'accompagnement d'entreprises notamment en Afrique, NDLR) ou Business France, pour accompagner les entreprises sur ces besoins dans les 54 pays d'Afrique qui ont tous leurs spécificités. Et la Métropole a un contact privilégié avec le réseau des consulats, très orientés business. Faciliter les contacts, c'est simple pour nous et précieux pour l'entreprises. »

Un forum du logiciel libre

Enfin, Montpellier veut donner voix au chapitre aux acteurs de la diaspora africaine dans la culture ou le sport notamment. En marge du Sommet Afrique-France et du Festival Africa Montpellier, la Métropole a lancé un appel à projets. Parmi ceux retenus : la possibilité pour cinq artistes africains (peintre, cinéaste, créateur de mode,...) de venir en résidence à Montpellier, ou encore la création du Forum Afrique-France du logiciel libre, avec douze pays du continent africain.

« Ils ont débattu pendant trois jours sur ce bien commun qu'est le logiciel libre la semaine dernière et l'objectif est de créer un réseau durable sur ce sujet entre Montpellier et l'Afrique, précise Clare Hart. Avec cet appel à projet, on voulait éviter le one-shot du Sommet qui se tient pendant une journée et s'arrête et ensuite, il ne se passe plus rien ! »

Cécile Chaigneau

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