Vigne de Cocagne sort sa première cuvée solidaire et coopérative

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Vigne de Cocagne est le 1er vignoble d'insertion de France
Vigne de Cocagne est le 1er vignoble d'insertion de France (Crédits : Vigne de Cocagne)
Premier vignoble d’insertion en France, la SCIC Vigne de Cocagne contribue à faire du Domaine de Mirabeau, à Fabrègues (34), une vitrine de l’agroécologie et de la polyculture. L’exploitation lance, mercredi 20 février, ses trois premières cuvées bio, en rouge et rosé.

Longtemps abandonné, le domaine de Mirabeau, situé au pied du massif de la Gardiole, retrouve aujourd'hui un nouveau souffle. Menacé par un projet d'enfouissement et de traitement des déchets, le domaine, situé sur un site à la biodiversité exceptionnelle, a été racheté en 2014 par la commune de Fabrègues dans le but de créer un pôle Agro-écopole.

Primé en 2017 au titre de site pilote pour la reconquête de la biodiversité, le pôle - qui bénéficie de financements de la ville, de la Métropole de Montpellier, du Département de l'Hérault et de la Région Occitanie -  accueille en location (bail de neuf ans) depuis 14 mois Vigne de Cocagne, première exploitation viticole d'insertion sociale et professionnelle en France.

« Vigne de Cocagne s'inscrit pleinement dans ce projet qui consiste à créer un pôle facilitateur de la transition agroécologique », confie Pauline Chatin, gérante de la Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) Vigne de Cocagne.

Une exploitation-école

S'appuyant sur le réseau Cocagne, pionnier depuis 25 ans du maraichage biologique  d'insertion, Vigne de Cocagne est née sous l'impulsion de cette jeune diplômée d'une école de commerce et d'un BTS en viticulture œnologie.

« Partant du constat que le secteur viticole est en recherche constante de personnel qualifié et que le taux de chômage dans l'Hérault frisait les 15 % en 2016, j'ai souhaité créer un pont entre les deux. Je me suis alors tournée vers le Réseau Cocagne pour transposer leur approche à la viticulture », résume Pauline Chatin.

Cette dernière a peaufiné quelques mois son projet de vigne d'insertion afin de pouvoir proposer à des personnes éloignées de l'emploi un apprentissage du métier d'ouvrier viti-vinicole polyvalent et un accompagnement socio-professionnel personnalisé et adapté à leurs projets professionnels.

« Du cep à la bouteille, la viticulture permet de travailler toutes les étapes de production. C'est un métier très adapté à l'insertion, qui s'apprend facilement sur le terrain. De plus, le lien avec la terre est très mobilisant. On a ainsi toutes les caractéristiques pour remobiliser les personnes en perte de sens. Nous avons déjà accompagné quatre salariés en insertion. L'objectif est de former ces personnes pendant deux ans pour que leur expérience soit un tremplin vers une entreprise classique », assure la jeune entrepreneure, associée à un vigneron formateur.

26 000 bouteilles

Entouré de garrigue et de bois, le vignoble de 7 ha concédé à la société est composé de cinsault et merlot, vieux d'une quarantaine d'années. Après 14 mois d'activité, Vigne de Cocagne vient de produire ses trois premières cuvées : Rosé de Cocagne, Rouge de Cocagne (tous deux en Cinsault, PV 8€) et La Gardiole (assemblage Cinsault Merlot PV 12€). En bio, naturellement.

« Le bio est la philosophie même du Réseau Cocagne. Limiter les intrants est une évidence, aussi bien pour la protection de la biodiversité que pour le respect des personnes avec lesquelles on travaille. Malgré une année difficile car très humide, les vendanges ont été magnifiques, à maturité », se réjouit la jeune vigneronne.

Pour produire ses 200 hectolitres de vin, Vigne de Cocagne a dû cette année vinifier dans des cuves prêtées par un voisin, le temps que sa cave soit rénovée (financement de la commune). De son côté, la société envisage d'investir 230 000 € dans un outil de production adapté (cuves en inox, matériel...).

Côté distribution, les 26 000 bouteilles vont être commercialisées en circuit court pour le grand public, à travers le réseau Cocagne et auprès des professionnels traiteurs d'insertion.

Dès le mois de mars, 5 ha supplémentaires seront replantés en cépages blancs (vermentino, grenache, picpoul, terret, bourboulenc), parfaitement adaptés au réchauffement climatique, et en rouge dès 2020 (mourvèdre, syrah, grenache et cinsault).

Résolument porteuse de valeurs de gestion démocratique et de non lucrativité, Vigne de Cocagne espère trouver son équilibre économique tout en assurant un accompagnement social et professionnel de qualité.

« Nous mobilisons une communauté de viticulteurs, de chercheurs et d'acteurs locaux pour cultiver la solidarité, l'échange et le partage. Cette exploitation-école est une expérimentation. À moyen terme, notre objectif est d'essaimer la Vigne de Cocagne dans d'autres régions viticoles », conclut Pauline Chatin.

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