Éolien offshore : quatre Régions font pression sur le gouvernement

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Lors du FOWT 2019 à Montpellier : Maurice Wolff (vice-président de la CCI Marseille-Provence), Olivier Perot (président de France Énergie Éolienne), Renaud Muselier (président de la Région Sud-PACA), Carole Delga (présidente de la Région Occitanie), Gael Le Saout, (présidente de la commission agriculture, économie et mer, Europe de la Région Bretagne) et Patrick Baraona (directeur du Pôle Mer Méditerranée).
Lors du FOWT 2019 à Montpellier : Maurice Wolff (vice-président de la CCI Marseille-Provence), Olivier Perot (président de France Énergie Éolienne), Renaud Muselier (président de la Région Sud-PACA), Carole Delga (présidente de la Région Occitanie), Gael Le Saout, (présidente de la commission agriculture, économie et mer, Europe de la Région Bretagne) et Patrick Baraona (directeur du Pôle Mer Méditerranée). (Crédits : Cécile Chaigneau)
Lors des Rencontres Internationales de l’Éolien Offshore Flottant (FOWT), qui ont démarré le 24 avril à Montpellier, une question centrale anime les conversations : les ambitions jugées insuffisantes de la PPE. Quatre présidents de Régions font front commun pour défendre l’urgence à se donner les moyens de créer une filière française de l’éolien flottant.

La 6ème édition des Rencontres Internationales de l'Éolien Offshore Flottant (FOWT) co-organisées par le Pôle Mer Méditerranée, la Chambre de Commerce et d'Industrie Marseille Provence, et France Énergie Éolienne, se déroule du 24 au 26 avril, pour la première fois à Montpellier. Cette manifestation, qui se tient habituellement à Marseille, intervient dans une période charnière pour la filière, inquiète de l'orientation des choix stratégiques de politiques énergétiques pour la France.

En effet, en novembre dernier, lors des annonces sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), le ministre de l'Écologie François de Rugy a indiqué qu'il réduisait la voilure en matière d'éolien en mer, et que ne seraient réalisées que deux fermes commerciales d'éoliennes flottantes en mer, de 250 MW chacune, l'une dans le sud Bretagne en 2021 et l'autre en Méditerranée en 2022.

Pourtant, ce sont trois projets de fermes-pilotes d'éolien offshore qui ont été retenus, dont deux en Méditerranée : celui porté par Eolfi et CGN sur la zone de Groix en Bretagne, le consortium EolMed emmené par l'Héraultais Quadran Energies Marines au large de Gruissan (11), le projet "Les éoliennes flottantes du golfe du Lion" (EFGL) porté par ENGIE, EDP Renewables, la Caisse des Dépôts et Eiffage sur la zone de Leucate (11), et le projet Provence Grand Large porté par EDF-EN sur la zone de Faraman (13).

La pression est montée d'un cran

Ces annonces avaient déclenché l'inquiétude des acteurs industriels et des Régions concernées. Le 15 novembre, les signataires du Pacte de Narbonne, les acteurs industriels et les élus des collectivités dont les Régions Occitanie et Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur, demandaient que la PPE permette de lancer le premier appel d'offres commercial, d'une capacité minimum de 3 fois 250 MW, simultanément sur les deux façades Méditerranéenne et Atlantique.

Lors du FOWT, la pression mise par les élus sur le gouvernement français est montée d'un cran : quatre Régions - Bretagne, Occitanie, Pays de la Loire et Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur - se sont affichées ensemble pour demander collectivement un renforcement de la visibilité et de la reconnaissance de la filière française de l'éolien offshore dans la compétition internationale.

Les élus répètent en chœur un même message : « L'éolien en mer est l'un des leviers de notre futur mix énergétique. C'est aussi l'opportunité de développer une nouvelle filière industrielle et des emplois dans nos territoires ».

« Ne refaisons pas les mêmes erreurs »

« Nous sommes dans un moment crucial pour notre pays, nous avons une urgence climatique et besoin de beaucoup plus d'énergies renouvelables, s'exclame Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie. Nous avons besoin d'une masse critique, d'où notre contre-proposition de 6 GW au lieu des 4 d'ici 2024. Nous avons raté le virage du photovoltaïque en France, car nous avons attendu que le prix baisse... Ne refaisons pas les mêmes erreurs. La filière a besoin d'un coup de pouce sur le modèle économique les premières années. [...] La Région a investi 250 M€ dans une 1e phase, une 2e phase va démarrer sur Port-la-Nouvelle... Nous ne devons pas rater ce coche ! Les trains ne passent pas deux fois. Les Régions et les industriels ont pris leur part de responsabilités, dans une démarche constructive. »

De son côté, Renaud Muselier, le président de la Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur, assure que « les quatre présidents de Régions sont de sensibilités politiques différentes mais unis dans la démarche. Nous avons une vision industrielle pour nos territoires. Les Régions sont déterminées pour parler au gouvernement, aux filières, au monde, pour rappeler nos compétences... Nous attendons du gouvernement qu'ils écoutent et respectent les élus locaux qui se sont engagés sur leurs territoires ».

« Pas de concurrence entre nous »

« Il est important de faire front commun, scande Gael Le Saout, présidente de la commission agriculture, économie et mer, Europe de la Région Bretagne, qui parlait aussi au nom de la Région Pays de la Loire. Le portage politique est crucial pour réussir, il doit créer un climat de confiance. Pour le mettre en place, nous avons une feuille de route votée par la Région très précise sur ambition 2030, nous avons créé la Conférence régionale mer et littoral rassemblant les usagers de la mer et qui délimite les zones propices de manière consensuelle, nous investissons sur les infrastructures portuaires et il faut coordonner nos différents écosystèmes. Nous devons chasser en meute. Aujourd'hui, on peut dire qu'on est prêts ! Même dans un contexte de Brexit et de dépenses qu'il faut maîtriser, notre proposition est réaliste. Il n'y a pas de concurrence entre les Régions, nous voulons une filière industrielle française ! »

Une « porte ouverte » chez de Rugy

La veille, Carole Delga avait rencontré François de Rugy et les membres de son cabinet.

« Je l'ai senti ouvert à faire évoluer les volumes de la PPE, par rapport à décembre dernier, rapporte-t-elle. Il réfléchit à une nouvelle proposition pour le décret PPE qui sera proposé en novembre prochain... Le ministre m'indiqué qu'il reverrait à la hausse les objectifs de puissance annoncés initialement dans le projet de PPE, mais il faut rester mobilisés. Des discussions sont en cours sur la question du financement et de la participation de l'État. Il faut trouver de nouvelles modalités contractuelles avec les producteurs d'énergie. L'argent public doit être utilisé avec sérieux, mais quand il s'agit de créer de l'emploi et de favoriser la transition énergétique, il y a un vrai retour sur investissement ! On ne peut pas être sur un prix d'achat constant sur vingt ans, et on peut entendre qu'il y aura une baisse des aides, mais il faut donner les conditions dès le début. »

Une position validée par Olivier Perot, président de France Énergie Éolienne : « Le projet de PPE prévoit déjà une trajectoire du prix avec une notion de plafond. On peut associer des prix plafonds déclinant pour des volumes supplémentaires... Il s'agit de se doter de moyens de production d'électricité renouvelable massifs et compétitifs, venant enrichir un mixte énergétique, c'est donc un investissement utile ».

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Commentaires
a écrit le 26/04/2019 à 11:51 :
SI c'étaient des banques ça irait plus vite !

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