Bassin de Thau : le plus grand projet mondial d’ombrières flottantes en gestation

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Vue aérienne d'un parc à huîtres, sur le bassin de Thau
Vue aérienne d'un parc à huîtres, sur le bassin de Thau (Crédits : CRCM)
Imaginé par le comité des conchyliculteurs, le syndicat mixte du bassin de Thau et l’industriel Akuo Energy, un projet d’ombrières installées sur le parc à huîtres devrait obtenir le feu vert de l’État en février 2020. Le démonstrateur, conçu pour quelques tables au départ, pourrait déboucher sur le plus gros projet mondial du genre, étendu sur 300 ha à la surface de l’étang.

Périodiquement, le bassin de Thau est exposé comme d'autres zones conchylicoles à la malaïgue (prolifération des algues liée aux périodes caniculaires, provoquant la baisse du taux d'oxygène dans l'eau). Pour contrer ce phénomène, le Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée et le Syndicat mixte du bassin de Thau viennent de s'allier à l'industriel parisien Akuo Energy, producteur indépendant d'énergie renouvelable, pour développer l'opération baptisée "Ostréinergie".

De nombreux avantages techniques

Projet industriel à visées multiples, Ostréinergie consiste à fixer des ombrières munies de panneaux photovoltaïques sur les tables d'élevage déjà installées dans le parc à huitres de l'étang de Thau : l'ombre ainsi obtenue sera une première réponse à la malaïgue. De plus, l'énergie produite permettra d'alimenter des turbines à oxygène et donc de rehausser l'oxygénation des eaux.

D'autres externalités sont visées à travers ce projet : le système conçu par Akuo Energy permettra aussi d'exonder, c'est-à-dire de lever les huîtres pour simuler le mouvement des marées. Il sera équipé de caméras de surveillance afin de réduire le taux de vols observé dans l'étang. De même, la mise en place d'Ostréinergie devrait permettre de renouveler la majorité du parc de tables, donc certaines - les plus anciennes - sont fortement corrodées par l'eau de mer.

Les partenaires du projet ont imaginé des innovations complémentaires. Ainsi, le système pourrait intégrer des piles à combustible qui, par électrolyse de l'eau, produiraient de l'hydrogène destiné à alimenter les bateaux des producteurs. Cette option technique n'est toutefois pas encore validée.

"C'est un projet destiné à soutenir la filière conchylicole, d'abord en luttant contre la malaïgue, mais qui présente d'autres avantages. Sur le plan industriel, il permettra un suivi technologique inédit puisque c'est la première fois qu'on travaillera de cette façon en milieu salé. Sur la partie scientifique, nous impliquons aussi l'Ifremer pour savoir quel sera l'impact dans l'eau et sur la faune marine, l'étang de Thau étant un site classé Natura 2000. Enfin, sur le volet social, nous collaborons avec un artiste pour faire un travail esthétique sur les ombrières, qui ne seront pas des produits classiques, de sorte qu'elles s'intègrent dans le paysage", complète Yves Michel, vice-président de Sète Agglopôle Méditerranée et président du syndicat mixte.

Un projet d'ampleur inédite

Le développement d'Ostréinergie passera d'abord par une phase d'expérimentation, avec la mise en place d'un démonstrateur sur 10 à 20 tables d'élevage. L'autorisation d'occupation temporaire devrait être délivrée par les services de l'État en février 2020, de sorte que la phase de tests démarre à la rentrée prochaine.

Ce cycle de tests mobilisera un budget de 2 à 4 M€ selon les technologies retenues. Ostréinergie a été sélectionné par la Région Occitanie dans son programme "Littoral +" (doté de 91 M€), lui-même lauréat de l'appel à projets national "Territoires d'Innovation". À ce titre, le projet du bassin de Thau pourra bénéficier d'aides de l'État (15 M€ en investissement et 2 M€ de subventions versées au total à Littoral +), en plus de l'appui financier de la Région.

Si l'expérimentation est concluante, l'opération pourrait ensuite être déployée à grande échelle : 300 ha en surface de l'étang, ce qui en ferait selon les parties prenantes "le plus grand projet mondial d'ombrières flottantes".

Pour le partenaire industriel Akuo Energy, la production et la vente d'électricité photovoltaïque seront un moyen de financer et équilibrer un projet d'une telle envergure. Selon la surface finale couverte et le nombre de tables concernées, Ostréinergie pourrait délivrer une puissance de 100 MWc, assez pour couvrir les besoins de 175 000 personnes, soit la population du bassin de Thau.

L'investissement nécessaire au projet final, porté par Akuo Energy, pourrait être de 100 à 200 M€. Le groupe prévoit d'en financer une partie via Akuo Coop, sa plate-forme de financement participatif.

"C'est un défi technique multiple que nous devons relever. Nous devrons travailler dans un environnement salin, et réussir le raccordement électrique alors que le projet se situe en milieu marin. Une opération de ce type, installée dans une parc à huîtres, est une première, même si notre groupe développe des solutions innovantes, comme récemment pour un projet d'agrivoltaïsme dans les DOM-TOM, un projet d'agriénergie au Mali ou encore le plus gros projet de photovoltaïque flottant à ce jour, que nous venons de livrer pour la commune de Piolenc dans le Vaucluse, en présence d'Élisabeth Borne et de Brune Poirson, ministre et secrétaire d'État de la Transition écologique", fait valoir Baptiste Balique, directeur du développement d'Akuo Energy.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2019 à 17:59 :
Une malaigue n'est en aucun cas un problème de prolifération de microalgues (ces dernières produisent d'ailleurs de l'oxygène, photosynthèse oblige). Une malaigue est une baisse du taux d'oxygène due aux fortes chaleurs et au manque de vent.
a écrit le 07/12/2019 à 9:55 :
Et si on imaginait de produire en respectant la nature, et en s'appuyant sur sa propre dynamique???
a écrit le 06/12/2019 à 20:50 :
S'il vous plaît laisser la nature tranquille...Vous allez polluer la nature d'une façon incroyable. VENEZ VOIR LES ÉOLIENNES CHEZ NOUS...☻☻☻
a écrit le 06/12/2019 à 20:38 :
Le phytoplancton disparaît du bassin si on fait de l ombre je pense qu'ça va empire le phénomène.de plus sans soleil les herbiers de zoostere vont mourir.les câbles pour amener l électricité en terre vont être enterres?
a écrit le 06/12/2019 à 20:11 :
Une pierre deux coups, cela devrait être demandé au minimum pour chaque projet et imposer aux constructeurs de panneaux photovoltaïques de faire de la qualité, chaque année il faut gagner des années de vie du matériel.

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