Plan de relance et transition énergétique, un vrai volontarisme vert ?

Le plan de relance de 100 Mds €, présenté par le gouvernement pour relancer l’économie française, est-il à la hauteur des ambitions et obligations de la France en matière de la transition écologique ? En Occitanie, région très porteuse en énergies renouvelables et engagée politiquement (la Région se veut région à énergie positive à l’horizon 2050), y voit-on un véritable volontarisme vert ? Énergies renouvelables, rénovation thermique du bâtiment, véhicules électriques, industrie décarbonée, nucléaire… Réactions.
Cécile Chaigneau
Le plan de relance de 100 Mds € consacre une enveloppe de 30 Mds € à la transition écologique, dont 7 Mds € au bâtiment et à la rénovation énergétique.
Le plan de relance de 100 Mds € consacre une enveloppe de 30 Mds € à la transition écologique, dont 7 Mds € au bâtiment et à la rénovation énergétique. (Crédits : Fotolia)

« France Relance est d'abord un plan destiné à servir le climat et la biodiversité. Il consacre 30 milliards à cette transition, ce qui revient à plus que doubler, dans les deux prochaines années, les investissements que l'État consacre habituellement à l'environnement alors même qu'ils étaient déjà en forte progression », a vanté le Premier ministre Jean Castex le 3 septembre dernier, lors de la présentation du Plan de relance de 100 Mds € mis en œuvre par le gouvernement français en réponse à la crise générée par la pandémie mondiale du Covid-19.

Ainsi, la transition écologique est-elle l'un des trois axes de ce plan, avec la transformation de l'industrie et la cohésion sociale et territoriale. Sur l'enveloppe dédiée de 30 Mds €, France Relance consacrera ainsi 11 Mds € aux transports, dont la moitié au ferroviaire, aux transports en commun, au vélo et aux bornes de recharge, et 7 Mds € au bâtiment et à la rénovation énergétique, dont 4 Mds € financeront la rénovation des bâtiments publics (État, collectivités) et 2 Mds € celle des logements.

Pour les logements, l'aide sera concentrée sur le dispositif MyPrimeRénov', accessible dès le 1er janvier 2021 et désormais destiné aux particuliers sans conditions de ressources. 500 M€ iront aux réhabilitations lourdes du parc social, et 200 M€ aux TPE-PME pour la rénovation de leurs locaux.

« Je regrette que ce plan n'aille pas plus loin »

Cette jauge est-elle « un pas de géant » vers la transformation verte du pays, comme l'a assuré la ministre de la Transition écologique et solidaire Barbara Pompili ? Le gouvernement signe-t-il là un véritable volontarisme vert ?

« Le plan de relance détaillé par le gouvernement arrive tardivement : il aurait dû être présenté avant l'été car les entreprises, salariés, demandeurs d'emplois ou jeunes, ont vécu dans l'incertitude et la peur du lendemain, a réagi la présidente (PS) de la Région Occitanie, Carole Delga. Surtout, ce plan doit aujourd'hui se transformer en actes le plus rapidement possible. Pour moi, il n'y a qu'un seul cap à suivre : préserver l'emploi, soutenir le pouvoir d'achat des familles tout en accélérant la transition écologique. »

Si elle dit voir d'un bon œil « la volonté affichée par le gouvernement de s'engager dans le développement du fret ferroviaire », l'élue regrette qu'en matière de transition énergétique, « ce plan n'aille pas plus loin ».

« On évite de saupoudrage »

« Tout est encore en pointillé, car le texte doit passer devant la commission européenne, souligne quant à lui André Joffre, président du pôle de compétitivité Derbi, qui réunit, en région Occitanie, les acteurs économiques et de la recherche impliqués dans le développement de la filière des énergies renouvelables. On peut toujours faire plus, mais 30 Mds €, c'est ce qui était attendu pour financer la loi sur la croissance verte qu'avait fait voter Ségolène Royal en 2015, mais qui n'était pas financée... »

Jacques Percebois, professeur émérite à l'Université de Montpellier (CREDEN), co-responsable du pôle Transitions énergétiques à la Chaire Économie du Climat (Paris-Dauphine), observe que « c'est un plan assez ambitieux. L'avantage, c'est qu'on évite le saupoudrage. Mais pour que ça marche, il ne faut pas d'obstacle à sa mise en œuvre. Et il faudra ensuite qu'au-delà de deux ans, l'effort continue, que le relais soit pris ».

« Depuis les années 1980, on n'a pas vu de plan aussi important sur la rénovation énergétique, et la bonne nouvelle, ce sont les mesures pour les bâtiments publics qui avaient été laissés pour compte pendant longtemps, ajoute André Joffre. Dans le secteur du logement privé, ce sera compliqué... Les services de l'État vont devoir tenir les objectifs. Est-ce que le volume est suffisant ? On pourrait certainement faire plus, mais c'est quand même beaucoup. »

Hydrogène : « C'est bien mais peu par rapport à l'Allemagne »

Dans cette enveloppe de 30 Mds, 9 Mds € bénéficieront à la décarbonation de l'industrie. Ainsi, 2 Mds € serviront, dans les deux ans, au « décollage » de la filière de l'hydrogène vert (dont l'électricité est d'origine renouvelable). Le programme des investissements d'avenir (PIA) ajoutera 5 Mds € sur la décennie, soit un total de 7 Mds.

« 2 Mds € sur l'hydrogène, c'est bien mais c'est peu par rapport à l'Allemagne (9 Mds €, NDLR) et il faut considérer qu'on n'a peut-être pas tout l'environnement industriel nécessaire, contrairement à l'Allemagne encore, pour mettre en œuvre cette politique, pointe André Joffre, qui rappelle l'utilité des énergies renouvelables pour produire de l'hydrogène verte par électrolyse. En France, il y a des pistes industrielles pour la fabrication d'électrolyseurs et pour la restitution d'hydrogène afin d'alimenter des piles à combustible ou de faire tourner des moteurs. L'hydrogène, c'est aussi un moyen de stockage longue durée de l'électricité... La Région Occitanie, avec les grands projets d'éolien flottant en mer, est bien placée pour ce type de développements. »

A la Région Occitanie, qui s'est engagée dans une démarche de région à énergie positive à l'horizon 2050 et de Green New Deal, Carole Delga « salue l'investissement de 7 Mds € annoncé pour le développement de la filière hydrogène » et rappelle qu'« En Occitanie, nous n'avons pas manqué le rendez-vous avec l'hydrogène en étant la 1ère région française à nous doter d'une stratégie globale et d'un Plan Hydrogène vert de 150 M€ ».

Fret ferroviaire et véhicules électriques

S'il se réjouit lui aussi de l'effort en direction de l'hydrogène, Jacques Percebois note « le bon signal envoyé avec le fait qu'on n'a pas laissé le nucléaire de côté, notamment en ce qui concerne la sûreté nucléaire et les SMR (small modular reactor, petits réacteurs nucléaires, NDLR), même si on peut regretter que les montants soient modestes ».

Le plan de relance consacre en effet 470 M€ dans le nucléaire pour investir dans les compétences et la formation, soutenir les sous-traitants de la filière et préparer l'avenir en finançant la recherche pour la conception de petits réacteurs modulaires.

« Jouer sur les infrastructures est une bonne chose de jouer, notamment sur le fret ferroviaire, à condition que les comportements changent, ajoute Jacques Percebois. Il faudra probablement des incitations réglementaires comme pénaliser le trafic routier avec une taxe carbone plus élevée et des contraintes plus fortes. Mais le regret que l'on peut avoir, c'est l'imprécision sur l'effort en faveur des bornes de recharges pour véhicules électriques... Et il y a un autre domaine, sur les infrastructures, qu'il est dommage de ne pas avoir ciblé, c'est celui de l'hydraulique et du petit hydraulique. »

Puisque la relocalisation de l'industrie (notamment dans les secteurs stratégiques) est l'un des axes de France Relance, André Joffre fait le point sur l'industrialisation de panneaux solaires en France : « Il existe plusieurs projets, la plupart encore confidentiels et pas forcément matures. Mais cela dépendra aussi de la méthode de Bruxelles pour financer son plan de relance. L'idée est de mettre une taxe aux frontières de l'Europe pour pénaliser les produits importés. Mais cette disposition n'étant pas acceptée par tous les États-membres, il faut voir si elle ira jusqu'au bout. Si oui, cela pourrait encourager des investisseurs, y compris des investisseurs asiatiques, à venir fabriquer en Europe ».

Simplifier et aller vite

L'argent, même à coup de milliards, sera-t-il suffisant pour soutenir l'économie et amorcer les virages annoncés ? Si tous se félicitent des moyens engagés, ils s'accordent cependant sur une autre nécessité : la simplification administrative et l'urgence à changer les « vieux logiciels » de fonctionnement.

« Ce qu'on attend sur le marché, c'est de la simplification des procédures, confirme André Joffre. La filière attend aussi une mesure en faveur de l'augmentation du seuil de l'arrêté tarifaire. Nous avons obtenu l'accord de principe pour éviter des appels d'offres pour des projets photovoltaïques jusqu'à 500 KW, contre 100 KW actuellement. Sur l'autoconsommation, on attend un texte qui permettra de développer des projets en zones rurales dans un rayon de 20 km. Les collectivités sont très demandeuses. »

Jacques Percebois met l'accent sur une indispensable « transition institutionnelle, avec plus de flexibilité » : « Même si le système français est excellent dans la gestion des fonds publics, la France est connue pour être très technocratique. Il y a une inertie dans l'exécution, et parfois les crédits ne sont pas utilisés ! Avec ce plan de relance, si on veut être efficaces, il faut aller vite ».

Libérer du foncier et former

« Dans les énergies renouvelables, on n'a pas besoin de subventions. Ce qu'on attend, c'est tout ce qui est infrastructures de raccordement pour atteindre les objectifs fixés par la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie, NDLR). En termes de simplification, les opérateurs en énergies renouvelables ont besoin qu'on libère les contraintes sur l'accès au foncier, que ce soit des friches agricoles ou industrielles, car c'est de plus en plus difficile pour l'éolien et le solaire », déclare François Daumard, président de Valeco-EnBW à Montpellier, qui pointe la volonté du groupe de travailler sur l'éolien offshore flottant via le projet Mistral en Méditerranée.

Le dirigeant se réjouit aussi de l'accent mis, dans le plan de relance, sur la formation verte (sur les 36 Mds € alloués à la ministre du Travail Élisabeth Borne, une partie financera 200 000 places de formations supplémentaires, notamment dans la transition énergétique ou la transformation numérique) : « Nous recrutons 30 à 50 jeunes diplômés chaque année mais nous avons des difficultés car le pays manque de compétences ».

Cécile Chaigneau

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Commentaires 2
à écrit le 08/09/2020 à 8:26
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Combien consacré à la destruction des immeubles anciens, pour les reconstruire, et combien pour mettre des rustines..?

à écrit le 07/09/2020 à 17:58
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Ben c'est simple, regarder les vidéos sur youtube par exemple sur les maisons faites en "paille-terre" et autres multiples idées et astuces afin de faire des maisons véritablement écologiques. Le discours on est écolo parce que l'on met tant de m...

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