« C’est sûr qu’on aura de nouvelles pandémies humaines dues à un virus influenza dans le futur » (Julien Cappelle, Cirad)

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Julien Cappelle, écologue au Cirad à Montpellier, rappelle que l'augmentation de la densité humaine et du nombre d'animaux domestiques et la déforestation vont créer plus d'interactions entre animaux sauvages et humains, et donc renforcer les probabilités de transmission d'un pathogène.
Julien Cappelle, écologue au Cirad à Montpellier, rappelle que l'augmentation de la densité humaine et du nombre d'animaux domestiques et la déforestation vont créer plus d'interactions entre animaux sauvages et humains, et donc renforcer les probabilités de transmission d'un pathogène. (Crédits : CIRAD)
SERIE. Épisode 2/3 - Quels sont les liens entre dégradation de l’environnement et émergences de maladies infectieuses animales et humaines ? Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, Julien Cappelle, écologue au Cirad à Montpellier, explique en quoi l’activité humaine et la perte locale de biodiversité jouent un rôle dans l’augmentation des épidémies.

LA TRIBUNE - La majorité des maladies infectieuses humaines nouvelles provient des animaux, et des animaux sauvages en particulier. Est-ce une réalité dont le plus grand nombre a connaissance ou conscience ? Comment installer durablement cette prise de conscience du risque ?

JULIEN CAPPELLE, écologue de la santé au Cirad, UMR Astre - En général, on ne se pose pas la question. Si on se réfère à ce qui s'est passé lors des épidémies précédentes, la crise sanitaire a un impact mais avec une durée limitée dans le temps. Par exemple, après le premier SARS en Chine en 2003, on a observé une baisse de consommation de viande d'animaux sauvages. Mais dix-sept ans plus tard, ce niveau est remonté. On a tendance à oublier. Mais le Covid va marquer les esprits pendant longtemps. Souvent ce sont les crises qui font avancer les prises de conscience. Pour ce qui est de la prise en compte, cela relève aussi des prises de décisions politiques. Le risque est effectivement qu'on reprenne une vie normale. C'est vraiment un problème de sociologie et de sciences politiques. C'est pour ça que dans les approches intégrées de la santé, les sciences humaines et sociales sont fondamentales car il faut savoir comment on va prendre des décisions collectives pour prendre en compte ces risques.

A-t-on quantifié le nombre de maladies infectieuses d'origine animale qui ont touché les humains et peut-on en citer les plus connues, autres que le Covid ?

Cela représente environ 70 à 75% des maladies. Les plus connues sont le Sida, qui vient d'un virus de singe à l'origine, le virus Ébola, ou les virus de grippe, dont les principaux réservoirs sont les oiseaux comme le H5N1. Celui sur lequel on a beaucoup travaillé au Cirad est un virus de chauve-souris en Asie du Sud, le Nipah, qui se transmet à l'homme mais peu d'humain à humain, ce qui fait qu'il reste circonscrit. Mais on le surveille... Il faut se rappeler que c'est avec nos animaux domestiques qu'on partage le plus de pathogènes.

Comment fonctionnent les dynamiques de transmission de l'animal à l'homme ?

Ça dépend des hôtes et des pathogènes. Ça peut être de façon directe ou indirecte. Les modes de transmission qui reviennent le plus sont la chasse et la consommation d'animaux sauvages. Et l'un des points clés est la préparation de la viande. On pense que c'est comme ça que le virus du Sida est passé chez l'homme.

Quelle est la corrélation entre l'augmentation du nombre d'épidémies répertoriées chez les humains et la perte locale de biodiversité ? En quoi l'activité humaine a-t-elle un rôle dans cette augmentation des maladies infectieuses d'origine animale aujourd'hui ?

Depuis les années 1950-1960, on voit augmenter les épidémies. Avec l'augmentation de la connectivité entre les pays, elles ont tendance à se propager et à se transformer en pandémie. L'une des explications, c'est qu'il y a eu une forte de croissance d'activité dans des zones riches en pathogènes. Là où on trouve le plus de mammifères et d'oiseaux, c'est là qu'il y a aussi le plus de pathogènes en capacité de contaminer les humains, notamment dans les zones tropicales. L'augmentation de la densité humaine et du nombre d'animaux domestiques et la déforestation vont créer plus d'interactions entre animaux sauvages et humains, et donc renforcer les probabilités de transmission d'un pathogène. Et en détruisant la biodiversité et perturbant les contacts, on perturbe les équilibres, certaines espèces disparaissent et les plus résilientes sont plus abondantes, et leurs pathogènes aussi. Parmi elles, on trouve les rongeurs et les chauve-souris, qui par exemple mangeaient des fruits de la forêt et aujourd'hui vont manger des fruits plantés par les humains.

Le Cirad pointe aussi une problématique montante : la mise en élevage des animaux sauvages. Pourquoi ?

C'est un phénomène important en Asie du sud-est, notamment en Chine. La viande d'animaux sauvage est très prisée, il y a donc des élevages qui se développent. Ça favorise le contact entre animaux domestiques et animaux sauvages, créant une interface entre les deux puis avec les humains.

Quelles sont les menaces sur lesquelles vous travaillez en ce moment ?

Sur le Coronavirus bien sûr, et on cherche notamment à comprendre comment les virus qu'on connait chez les chauffe-souris ont pu passer à l'homme, quelles sont les interfaces avec les humains. Nous travaillons aussi sur Ebola en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale pour mettre en place des systèmes de surveillance et de prévention. Sur Nipah au Cambodge. Et bien sûr sur l'initiative PREZODE, annoncée en janvier par le Président de la République lors du One Planet Summit, et qui vise à mettre en place au niveau international un système de détection précoce d'émergences infectieuses, de la manière la plus intégrée possible et en faisant participer les communautés locales. Et nous travaillons aussi sur le H5N8, avec le projet AI-TRACK.

Qu'est-ce que le H5N8 et qu'est-ce que le projet AI-TRACK ?

Le H5N8 est un virus de la même lignée que le H5N1, premier virus à causer une pandémie chez les oiseaux avec un risque zoonotique chez l'homme. Le H5N1 circulait facilement et s'est propagé sur de grandes distances. Il a essaimé et notamment donné le H5N8, qui circule depuis des années de l'Asie vers l'Europe en hiver. On essaie de comprendre pourquoi il y a des émergences certaines années et pas d'autres et qu'est-ce qu'on peut faire pour l'empêcher. On sait par exemple que certains facteurs climatiques favorisent la survie du virus. On demande alors aux éleveurs d'éviter tout contact entre oiseaux sauvages et oiseaux domestiques. Cette année, ça n'a pas suffi, et il y a eu émergences chez les canards domestiques, puis des transmissions liées aux contacts entre élevages... Le projet AI-TRACK, qui est piloté par l'école vétérinaire de Toulouse, s'intéresse à l'interface entre oiseaux sauvages et oiseaux domestiques sur les parcours de canards du Sud-Ouest. On veut comprendre comment anticiper cette transmission et réduire les risques. L'objectif est d'identifier les espèces d'oiseaux sauvages qui pourraient faire le lien entre canards sauvages et canards domestiques, d'identifier les espèces-relais, qui peuvent être des oiseaux mais aussi être un humain qui va chasser dans les marais et revient avec du virus sur lui dans son élevage.

Quel est votre niveau d'inquiétude sur le H5N8 ?

Dans les élevages, c'est un problème qui va probablement durer. La filière s'organise sur le long terme. Car s'il faut confiner les animaux, ça remet en cause la question des pratiques d'élevages et du bien-être animal, c'est un sujet de débat entre éleveurs. Il faut éviter les contacts, par exemple prévoir de terminer les productions avant l'arrivée des animaux sauvages à l'automne... Pour ce qui est du risque humain, pour la première fois, on entend parler d'un cas humain en Russie. On sait que ces virus peuvent être zoonotiques mais pour le moment c'est limité... Mais le problème de ces virus de l'influenza, c'est un gros brassage de la génétique. C'est sûr qu'on aura de nouvelles pandémies humaines dues à un virus influenza dans le futur comme ce fut le cas dans le passé.

Retrouvez les autres épisodes de la série :

Episode 1 : « Une volonté politique d'aller vers une approche multisectorielle dans la gestion des crises » (Th. Lefrançois, CIRAD)

Episode 3 : Épidémie, agriculture, alimentation : "L'agroécologie n'est pas un rêve inatteignable" (E. Claverie de Saint-Martin, Cirad)

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Commentaires
a écrit le 24/03/2021 à 9:03 :
Bah comme ça ils peuvent nous injecter leur produit marchand et se faire toujours plus de milliards sur notre dos. Tout va bien non ?
a écrit le 24/03/2021 à 7:44 :
Surtout si elles sont organisées par des états. Allez ... au hasard... la Chine ?
Réponse de le 24/03/2021 à 13:34 :
Les faits, rien que les faits, toujours les faits:

3 mois avant l' apparition du virus " chinois " le système interbancaire us saute ( repo le 16 septembre 2019 ).. et sera sauvé à coup de dizaines puis centaines et enfin milliers de milliards injecté... déjà çà intérroge..

Ensuite Boeing, General Motors, Ford etc.. était en faillite.. on savait que la vautre était enclenchée... et...... 8 jours ( jour pour jour ) après le 23 Janvier 2020, soit date du début du confinement à Wuhan ( à peine quelques décès ), une dizaine de représentant républicain ( sénateurs dont: Richard Burr ( président de la commission du renseignement ) et Kelly Loeffler ) venant de participer à un brief gouvernemental à la commission sénatoriale sur la santé jouent sur l' effondrement des marchés avec de l' argent emprunté.. pas des pourliches mais des millions de usd/pq... dénoncé 2 mois plus tard par toute la presse us en ces termes: Il n'y a pas de pire crime moral que de trahir son pays en temps de crise.

Les Usa savaient donc au premier jour du premier jour du problème en Chine que cela serait intergalactique... Sont fort ses ricains.. et Panoramix se fait promener..

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