Géocorail déploie un procédé innovant pour recycler les déchets coquillés conchylicoles du bassin de Thau

Consolider les ouvrages maritimes et offrir des abris à la biodiversité marine tout en recyclant les déchets coquillés de la filière conchylicole locale. C’est l’ambition écologique de l’expérimentation qui démarre le 6 mai à Mèze, dans l’Hérault, porté par l’entreprise marseillaise Géocorail et le syndicat mixte du bassin de Thau.
Cécile Chaigneau

5 mn

Le procédé de Géocorail permet de former des agrégats naturels à base de déchets coquillés issus de la filière conchylicole locale autour du bassin de Thau.
Le procédé de Géocorail permet de former des agrégats naturels à base de déchets coquillés issus de la filière conchylicole locale autour du bassin de Thau. (Crédits : Géocorail)

Le Syndicat mixte du bassin de Thau et l'entreprise marseillaise Géocorail démarrent le 6 mai l'expérimentation d'une solution innovante sur un site pilote à Mèze (Hérault), à proximité de l'usine de traitement des déchets conchylicoles du port du Mourre Blanc.

Le projet consiste à mettre en œuvre l'éco-fabrication de "géocorail" suivant un procédé mis au point par la société éponyme, à partir de déchets coquillés de la filière conchylicole locale.

Spécialiste du génie côtier de l'offshore, l'entreprise Géocorail conçoit, développe et commercialise depuis 2013 des solutions originales de lutte contre l'érosion du littoral et l'affouillement des ouvrages maritimes. Le procédé utilisé à Mèze consiste à immerger des coquilles d'huîtres contenues dans des gabions pendant un an dans la lagune. Sous l'effet d'un courant électrique continu de très basse tension, « sans danger pour les humains ni pour la faune », les sels minéraux naturellement dissous dans l'eau de mer forment des composés qui agissent comme un ciment naturel, permettant la formation d'un conglomérat rocheux autour d'un grillage spécialement conçu pour recevoir les agrégats.

Économie circulaire

« Le procédé a été breveté depuis quinze ans nous le commercialisons depuis deux ou trois ans en France et à l'étranger, précise Alaric Zanibellato, responsable R&D et technique chez Géocorail et chef du projet du bassin de Thau. Nous avons eu l'idée avec le Syndicat mixte du bassin de Thau, d'allier ce procédé à la réutilisation de déchets conchylicoles : coquilles d'huîtres, broyat d'huîtres ou mélanges bruts de moules, huîtres et algues reçus par l'usine COVED (Collecte Valorisation Energie déchets, NDLR), ce qui favorise une économie circulaire. L'agrégat qui se forme grandit de cinq centimètres par an. »

Cette solution, écologique et locale, va permettre
de valoriser les quelque 8.000 tonnes de coquilles par an issues la filière conchylicole locale et traitées par l'usine de la COVED, qui jusqu'à présent peinaient à trouver une valorisation.

« Aujourd'hui, les filières de valorisation sont encore compliquées, confirme Stéphane Roumeau, directeur du Syndicat mixte du bassin de Thau. Ces déchets, ce sont notamment les huîtres moribondes avant commercialisation. Avant la création de la COVED il y a vingtaine d'années, ils étaient rejetés dans la lagune. Le produit qui en sort, inerte, a du mal à trouver sa voie de valorisation. Il y a eu une expérience sur l'alimentation animale mais le cahier des charges était trop complexe et l'idée a été abandonnée. Aujourd'hui, ce qui sort de l'usine est utilisé pour du remblais de chemin, du comblement, donc sans haute valeur ajoutée... On est sur un territoire littoral, avec beaucoup de contraintes, et l'idée, c'est d'en faire une force pour développer des solutions durables en favorisant un retour à la mer des produits qui en sont issus. Là, nous avons une problématique de déchets et une recherche de matériaux biosourcés, et ce projet de Géocorail fait le trait d'union. »

Un agrégat empathique avec son milieu

Et c'est justement ce que cet agrégat, empathique avec son milieu, va permettre. Ce biomatériau sera destiné à réparer ou à consolider des structures immergées ou semi immergées, par exemple stabiliser des berges face à la houle, construire des digues ou fabriquer des corps-morts. Ces récifs artificiels permettront également de favoriser la préservation et le développement de la biodiversité sous-marine.

« On peut donner à cet agrégat la forme qu'on veut, on peut laisser des vides pour accueillir de la faune marine, précise Stéphane Roumeau. Par exemple, nous avons une demande pour faire des faire des butées de plage avec un mur de biomatériaux qui tiendrait le sable sur la plage... A Agde, on pourra même être sur une complexification de récifs : dans les grosses canalisations en béton en place, seuls les gros poissons peuvent se cacher. Ce biomatériau apporterait une solution pour abriter la faune de petite taille. »

Chez Géocorail, Alaric Zanibellato ajoute que « le matériau formé est un substrat qui ressemble à du corail, un substrat biomimétique qui permettra d'accélérer le processus de colonisation ».

Au cours de cette phase expérimentale, Géocorail prévoit de créer 260 structures de cet éco-matériau, en valorisant
350 tonnes de coquilles.

Soutenu par la Région Occitanie

Le projet est l'un des premiers soutenus par la plateforme d'innovation territoriale du bassin de Thau, inscrite dans le projet Littoral+ porté par la Région Occitanie, ayant vocation à amplifier la collaboration au niveau local pour développer et valoriser des solutions innovantes.

Nécessitant un investissement de 300.000 euros, il sera financé à 60% dans le cadre de l'appel à projet Avenir littoral lancé en 2020 par la Région Occitanie et dont Géocorail est lauréate, et à 40% par les différents acteurs que sont Géocorail, le Syndicat mixte du bassin de Thau, la COVED et Sète Agglopôle Méditerranée.

« Cela permettra de mettre à disposition gratuitement les récifs que l'on fabriquera aux communes et de développer un potentiel marché », ajoute Alaric Zanibellato.

Cécile Chaigneau

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