« Nos écosystèmes hydrogène doivent voler vite de leurs propres ailes, sinon ce sera une filière mort-née »

En 2019, la Région Occitanie votait un Plan Hydrogène Vert doté de 150 millions d’euros sur dix ans. Deux ans après, la collectivité annonce déjà 93 millions d’euros investis dans ce cadre. Comment l’Occitanie entend-t-elle prendre sa place sur ce segment de l'hydrogène vert et quels sont les enjeux que la filière devra adresser pour assurer sa réussite ? Le salon Energaïa, à Montpellier les 8 et 9 décembre, a posé la question et fait le point sur l’avancée des projets.

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Le site industriel de Genvia, à Béziers, est l'un des épicentres de la stratégie hydrogène en Occitanie et l'un des sites majeurs en France.
Le site industriel de Genvia, à Béziers, est l'un des épicentres de la stratégie hydrogène en Occitanie et l'un des sites majeurs en France. (Crédits : Ardito)

Le potentiel de l'hydrogène vert pour décarboner nos économies est plébiscité, et la dernière visite (le 17 novembre dernier), du président Emmanuel Macron sur le site de l'usine Genvia à Béziers (34), illustre cet engouement des acteurs, en Occitanie, pour cette technologie et ses différentes applications dans l'industrie ou encore le transport.

La Région Occitanie a clairement annoncé ses ambitions pour la filière, en votant un Plan régional doté de 150 millions d'euros en 2019. Deux ans plus tard, elle indique avoir déjà engagé 93 millions d'euros de cette enveloppe.

Parmi les projets phares, celui de "Corridor H2", qui verra la mise en place de deux lieux de production d'hydrogène vert : Corryd'Occ à Port-La-Nouvelle (11), en association avec Qair et l'AREC (Agence Régionale Énergie Climat) Occitanie, et Val d'Hygo (porté par l'entreprise Lhyfe) à Bessières (31).

« Pas sans les Régions »

« Le projet doit se déployer à l'horizon fin 2023, et comprend ces deux usines, représentant six tonnes par jour de production cumulée, mais aussi sept stations de distribution d'hydrogène, 40 camions à propulsion hydrogène, 62 remorques frigorifiques et 15 autocars interurbains régionaux, rappelle Raphaëlle Vienot, directrice adjointe à la transition énergétique et à l'économie circulaire de la Région Occitanie. L'objectif est de basculer en hydrogène renouvelable le transport de marchandises sur l'axe nord/sud du réseau transeuropéen, reliant la mer du Nord à la Méditerranée. »

« L'Occitanie veut devenir un leader sur l'hydrogène vert, et cela nécessite des investissements massifs et conséquents, ajoute Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie. La réussite de la stratégie nationale en la matière ne se fera pas sans les Régions, qui ont les compétences économiques, de recherche et développement ou encore en aménagement du territoire. Dans cette optique, nous avons initié cette stratégie d'innovation, avec Corryd'Occ, mais aussi en anticipant les besoins de formation liés à cette nouvelle filière. Nous lancerons aussi le laboratoire Techno-campus dédié aux technologies de l'hydrogène à Francazal (Haute-Garonne, ndlr) en 2024. Un autre aspect de notre travail est de prendre des participations dans des projets pour faire un effet de levier, comme nous avons pu le faire avec Genvia (la Région est actionnaire à hauteur de 6,5%, ndrl). »

Massifier les usages sur des bassins industriels

Au niveau national, le développement d'une filière hydrogène est bien un enjeu industriel important.

Pour Aurélie Picart, déléguée générale du Comité stratégique des filières nouveaux systèmes énergétiques, la réussite de la stratégie française réside dans un modèle de co-construction élargie, entre les acteurs industriels et leurs clients finaux : « La transition énergétique est une opportunité pour réindustrialiser la France. C'est une filière marquée par les économies d'échelle, il faut une offre dynamique pour être compétitif. Nous arrivons à la conclusion qu'il faut opérer une massification des usages avec la mise en place de clusters sur des bassins industriels. Les infrastructures adjacentes, souvent initiées par les collectivités, auront aussi un rôle dans cette compétitivité. »

« Le projet Corryd'Occ peut devenir un de ces indispensables clusters, poursuit Stéphane Arnoux, délégué Occitanie de France Hydrogène. Mais nos écosystèmes doivent voler très vite de leurs propres ailes sans subventions, sinon ce sera une filière mort-née. Les cinq prochaines années seront décisives pour structurer ce véritable changement de paradigme sociétal que représente le développement de l'hydrogène vert, car l'ambition est que la France devienne un producteur leader en Europe. »

Mais Aurélie Picart prévient : « Il faut jouer collectif car les enjeux sont importants et la partie n'est pas facile ».

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Commentaire 1
à écrit le 06/01/2022 à 22:22
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en réalité, la transition énergétique est décidée bureaucratiquement dans des cénacles mondialistes (le fait que ce soit partiellement par des bureaucraties du secteur dit privé, n'y change rien). Sur le papier c'est génial, mais sur le terrain c'est...

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