Le Crédit Agricole du Languedoc et la "stratégie du pontage au-dessus du confinement"

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Christian Rouchon, directeur général, et Jacques Boyer, président du Crédit Agricole du Languedoc.
Christian Rouchon, directeur général, et Jacques Boyer, président du Crédit Agricole du Languedoc. (Crédits : DR)
Christian Rouchon est le nouveau directeur général du Crédit Agricole du Languedoc. Arrivé le 1e septembre dernier, en pleine crise sanitaire et économique, il affiche néanmoins un optimisme prudent et réaffirme les ambitions de la banque en matière d’accompagnement des acteurs économiques sur le territoire. Notamment via le déploiement d’un dispositif de visibilité pour les commerces de proximité.

« Capacité à surmonter cette épreuve », « mobilisation des équipes », « engagement », « Indice de recommandation client », « caisse régionale solide », « virage de la digitalisation »... Le président du Crédit Agricole du Languedoc, Jacques Boyer, et son nouveau directeur général, Christian Rouchon, soignent leur vocabulaire et s'appliquent à utiliser une sémantique positive ce 4 novembre, alors que le second se présente officiellement (et en visio-conférence) dans ses nouvelles fonctions.

Christian Rouchon, qui se dit « très attaché aux commerces et à la proximité », a démarré sa carrière en tant qu'expert-comptable chez KPMG, avant d'intégrer le Crédit Agricole en 1988. De nature « optimiste et enthousiaste », il annonce aimer « que les choses aillent vite car le changement, c'est tout le temps, et nous devons nous adapter pour rester une banque contemporaine, de son temps ». Arrivé le 1e septembre dernier, alors que la crise sanitaire et économique bat son plein et que la résilience est devenue un maître-mot, le banquier va pouvoir mettre ce trait de caractère à l'épreuve.

Car si la banque coopérative est, selon lui, « un modèle du temps long sans pression excessive des actionnaires », elle doit néanmoins répondre à de multiples enjeux d'envergure dans un contexte très tendu.

« Les entreprises n'ont pas brûlé en cash ce qu'elles ont touché en PGE »

« Nos sociétaires - plus de 10 millions en Europe -, nos clients sur les territoires - 25 millions en France - et nos collaborateurs ne sont pas des variables d'ajustement face à l'adversité, assure-t-il en préambule. La caisse régionale du Crédit Agricole du Languedoc (Hérault, Aude, Gard, Lozère, NDLR) est une caisse très performante avec des fondamentaux extrêmement solides, et qui représente 35 % de parts de marché sur les ménages, 27 % sur les professionnels et 85 % sur l'agriculture... L'encours d'épargne global est de 30 Mds €, pour un million de clients. A fin septembre, la croissance d'épargne annuelle, sur notre caisse régionale, était plus forte de presque 8 %, et concentrée sur les dépôts à vue où elle a augmenté de près de 34 % en un an contre 3 à 4 % habituellement. Cela s'explique par les revenus des ménages qui ont été garantis et des dépenses qui ont été fortement ralenties en raison du 1e confinement. Côté entreprises, les pauses-crédits et les PGE ont amené de l'épargne de manière inhabituelle là aussi. D'ailleurs, nous avons observé que les entreprises n'ont pas brûlé en cash ce qu'elles ont touché en PGE, près de 50 % étant encore disponibles aujourd'hui sur les dépôts à vue... Cela démontre la préoccupation et la volonté de se prémunir des éventuels coups durs à venir. »

Le dirigeant annonce également une augmentation de + 10 % sur l'activité crédits. Même si ce chiffre inclut les PGE, le DG précise que « même hors PGE, la croissance est au rendez-vous », avec notamment + 7 % sur les projets habitat.

« Les risques sont en baisse en valeur absolue et relative, mais on reste vigilants, ajoute Christian Rouchon. Le scenario économique en V a été confirmé, avec une reprise forte. Après le confinement, le robinet s'est rouvert très vite. »

26 000 pauses-crédits

En réponse à la crise qui frappe les entreprises, la caisse régionale dit avoir répondu à 26 000 demandes de pauses-crédits (de 3 à 6 mois). Et selon Christian Rouchon, « au moment des échéances, 97 % des entreprise ont repris normalement le remboursement des mensualités ». Concernant les PGE, près de 1 Md € a été accordé sur le périmètre régionale de la banque.

« Notre stratégie du "pontage au-dessus du confinement" pour traverser la crise a réussi, se félicite Christian Rouchon, qui évoque aujourd'hui un climat des affaires prudemment correct. Avant le 2nd confinement, on a vu beaucoup de projets immobiliers, et chez les entreprises, pas mal d'activité si on en croit les flux sur leurs comptes. Évidemment, les entreprises qui sont rentrées dans la crise avec des fondamentaux solides s'en sortent mieux, certaines font même de la croissance externe ou du renforcement de leurs fonds propres. »

Mais attention, pas d'optimisme béat. Le président Jacques Boyer insiste : « C'est tout de même assez hétérogène. Certains secteurs souffrent plus que d'autres, comme le tourisme, les cafés-restaurants ou les transports, mais la moyenne est très dynamique. Et malgré la crise sanitaire, la démographie est toujours en augmentation dans la région et c'est un potentiel considérable pour le développement économique ».

« Quoi qu'il en coûte »

Alors qu'on vient d'entrer dans le second confinement de la crise Covid, la banque veut rassurer sur son engagement dans l'accompagnement du monde économique.

« Nous serons présents sur les PGE, prorogés jusqu'au 30 juin, sur les demandes de pauses-crédits, mais aussi bientôt sur le soutien au fonds propres via les prêts participatifs, déclare Christian Rouchon, qui annonce une initiative en faveur du commerce de proximité. Nous allons contacter tous nos commerçants pour leur proposer une solution de commerce en ligne avec une task force dédiée, et un kit pour les aider dans cette démarche commerciale. Nous allons utiliser notre portefeuille clients pour promouvoir auprès d'eux les produits de notre territoire. Et nous allons mettre au service de nos commerçants notre site de banque en ligne, qui enregistre un trafic de 3 millions de contacts par mois, en faisant la promotion de tous les commerces du territoire qui nous font confiance (le commerçant sera géolocalisé et verra indiqué son nom, son activité et le lien vers son site internet, NDLR). Créer un site de commerce en ligne dans son coin peut être une impasse car on n'a pas de visibilité. Avec ce service nous voulons faire en sorte que chaque boutique soit sur une avenue ! Ça va concerner 18 000 commerçants sur les 4 départements, et aujourd'hui, 3 300 sont déjà sur ce dispositif. Cette initiative qui va reprise par l'ensemble du groupe au national. »

La banque est-elle sereinement en capacité à supporter une 3e vague ?

« En aucun cas la solvabilité de l'établissement Crédit Agricole n'est ébranlée, rassure le dirigeant de la caisse régionale. Nous avons cependant une attention particulière sur l'impact de la crise sur le compte de résultats. Nous prêtons l'argent qui est aussi celui de nos clients et notre rémunération est infime, et en contrepartie, nous risquons le capital. Mais nous avons constitué des niveaux de provisionnement et d'anticipation qui font que nous n'avons pas d'inquiétude... L'observation du 1e confinement nous dit que le retour à la normale se fait de façon rapide mais il faut préserver les outils industriels, le tissu commercial, le tissu des prestataires, etc. Nous ferons tout ce qu'on peut pour ça, et on peut dire comme le Président Macron, "quoi qu'il en coûte". »

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Commentaires
a écrit le 04/11/2020 à 19:46 :
MDR ça fait 6 ans qu'ils essaient de me voler. Une décision de justice a été rendue en ma faveur par le tribunal de Foix et je me bats depuis pour qu'ils me rendent mon argent alors ils peuvent donner des leçons...

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