"L'Europe va devenir une puissance publique de substitution"

 |   |  701  mots
(Crédits : Fondation pour l’innovation politique)
Grand témoin de l'assemblée générale de la FRTP LR, le 12 novembre à Montpellier, le politologue Dominique Reynié a analysé la cause de l’effondrement des marchés publics. Il prévient : les cycles de croissance financés par la ressource publique en France s'achèvent.

La Fédération régionale des travaux publics (700 entreprises adhérentes) a tenu son assemblée générale annuelle, le 13 novembre, dans un climat de grande morosité. Le secteur fait face à une chute des marchés publics, consécutive à la baisse des dotations versées par l'État aux collectivités territoriales. La FRTP LR annonce qu'elle pourrait perdre un quart de son activité et supprimer 3 000 emplois d'ici deux ans. "Le mécanisme de la commande publique est bloqué, déplore Olivier Giorgiucci, président de la FRTP LR. Les élus nous disent qu'entre la baisse des dotations et la réforme territoriale, la situation l'exige. Certes, il existe une limite aux déficits. Mais on assiste en réalité à un sacrifice de l'investissement, au bénéfice des budgets de fonctionnement." Grand témoin de l'évènement, Dominique Reynié, professeur des universités et directeur de la Fondation pour l'innovation politique, a développé une analyse similaire. Il répond à Objectif Languedoc-Roussillon en exclusivité.

Objectif Languedoc-Roussillon : L'impact de cette baisse des dotations est-il du même ordre que ces dernières années ? Ou bien grandit-il ?

Dominique Reynié : L'impact sur l'investissement local est très important. Tout tient à ce que, depuis des années, on observe une hausse des charges pesant sur les collectivités sans évolution comparable des dotations. Prenez le Conseil général. Si on considère le bloc formé par le RMI, le RSA et l'APA (allocation personnalisée d'autonomie, NDLR), entre ce que donne l'État et ce que paie le Département, le reste-à-payer à sa charge est passé de 25 à 48 % entre 2004 et 2014. C'est massif. La hausse des charges est liée à des décisions prises par les collectivités, dont la masse salariale continue d'augmenter, et par l'État, qui a décidé de revaloriser le salaire des agents publics territoriaux (alors qu'il ne les paie pas !) et qui a instauré la réforme scolaire (qui coûte une fortune aux élus locaux car il faut recruter). Maintenant, considérez la structure des recettes et des dépenses. D'un côté, les recettes englobent les dotations, qui baissent, et la masse fiscale, qui ne peut plus augmenter car on a déjà atteint un niveau record de prélèvements obligatoires. De l'autre côté, les dépenses recouvrent l'investissement et le fonctionnement. Pour ce dernier, c'est à dire la masse salariale, on ne peut pas agir car il s'agit d'une fonction publique statutaire. Reste l'investissement, qui est donc bien la seule variable d'ajustement.

Objectif Languedoc-Roussillon : Dans une région très dépendante des commandes publiques, telle que la nôtre, l'activité va-t-elle se bloquer totalement ?

D. R. : Les années à venir seront dures. La ressource publique, c'est fini. On ne retrouvera jamais le cycle qu'on est en train de finir péniblement. En trente ans, nous sommes passés de 0 à 100 % de taux d'endettement public. On ne pourra pas faire 200 % ! Si un secteur tel que les TP veut regagner de l'investissement chez les collectivités, il faudra que celles-ci trouvent des marges quelque part. Ce sera forcément dans leur masse salariale. Or l'État n'a jamais imaginé qu'il pourrait réduire le système statutaire de la fonction publique territoriale, qui coûte 63 Mds € par an. C'est énorme. C'est donc à l'État qu'il revient d'aider les collectivités en réformant ce système. On pourrait le laisser s'éteindre progressivement, au fil des recrutements ou des remplacements par des agents non statutaires. Cette revendication devrait être portée par les élus locaux eux-mêmes à Paris.

Objectif Languedoc-Roussillon : Quid de l'Europe ?

D. R. : J'approuve la proposition de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, de lever un grand plan de construction d'infrastructures. C'est une bonne idée car elle prévoit de poser un cadre légal pour attirer des investisseurs venus du monde entier. Ce plan prévoit de rassembler 300 Mds € de capitaux privés (mais on peut aller encore plus loin !) pour bâtir des universités, des clusters, des systèmes portuaires et aéroportuaires, etc. À vrai dire, c'est la seule solution qui s'offre à nous. L'Europe va s'imposer comme une puissance publique de substitution.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/11/2014 à 10:48 :
IL faudrait aussi se demander pourquoi des travaux financés par le public coute beaucoup plus cher que lorsque c'est une commande privée.
Réponse de le 14/11/2014 à 15:46 :
Le Stade de France en est un parfait exemple. Le pire, c'est que le promoteur s'en est vanté!
a écrit le 13/11/2014 à 23:14 :
La fonction publique française fait couler le pays. Quant aux investissements en infrastructures, c'est dérisoire. On a déjà ce qu'il faut. Le seul espoir est l'émigration vers les pays libres. Dans 20 ans la France sera complètement larguée et pauvre car personne ne va y investir si c'est pour servir un système archaïques, vorace, inefficace et injuste. Sauve qui peut !
a écrit le 13/11/2014 à 15:16 :
Encore un expert de plus pour nous dire ce qu'il faut faire. Dominique Reynie attend sans doute un poste de Bruxelles.
Réponse de le 13/11/2014 à 20:41 :
Et il veut nous faire croire que l'argent européen vient de nulle part - comme un miracle.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :