Travaux publics : la FRTP Occitanie presse les collectivités d’agir en concertation

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La 2e table-ronde du colloque FRTP Occitanie, organisé le 2 juillet, réunissant les grands élus de l'Hérault
La 2e table-ronde du colloque FRTP Occitanie, organisé le 2 juillet, réunissant les grands élus de l'Hérault (Crédits : Anthony REY)
Lors d’un colloque organisé le 2 juillet, à La Grande Motte (34), sur le thème des infrastructures et des réseaux, la FRTP Occitanie a réuni les grands opérateurs et les collectivités territoriales de l’Hérault pour un passage en revue de leurs projets et de leurs ambitions. Si les programmes en cours sont nombreux, leur bonne exécution est gênée par des freins également analysés lors des échanges.

En ouverture des débats, Olivier Giorgiucci, président de la FRTP Occitanie, a indiqué que l'année 2019 devrait s'avérer aussi bonne que 2018, conclue par une hausse d'activité de 5 % après une baisse mesurée à 20 % environ sur les quatre années précédentes. Il regrette néanmoins que le calendrier électoral, à l'approche des municipales 2020, amène certains élus à décaler des chantiers d'infrastructures, ou bien pousse ces mêmes élus à se diviser sur des projets co-financés, retardant leur bonne exécution.

« Mais le principal frein au chiffre d'affaires est aujourd'hui le recrutement, car nous ne trouvons pas le personnel nécessaire pour réaliser les travaux en commande. Nous testons plusieurs solutions, telles que l'intégration de travailleurs réfugiés : nous venons d'en accueillir une quinzaine dans notre centre de formation », indique Olivier Giorgiucci.

Car les besoins sont là, comme l'a montré Emmanuelle Sourisseau, chargée de mission CERC, dans un état des lieux chiffré réalisé dans l'Hérault. Le réseau routier départemental compte notamment 2 270 km de linéaire, dont 51 % nécessitent des travaux d'entretien. Le réseau ferroviaire, qui s'affiche à 222 km de lignes, accuse un taux de dysfonctionnement de 26 % lié à des motifs de maintenance. De même, le réseau d'eau, long de 9 000 km, bénéficie actuellement d'un taux de renouvellement très faible (0, 64 %).

Anticiper les nouveaux usages

Lors d'une première table-ronde sur les défis auxquels font face les grands opérateurs, plusieurs d'entre eux ont insisté sur la priorité donnée à l'entretien du patrimoine dont ils ont la charge. Edouard Parant (SNCF Réseau) a souligné la nécessité de sécuriser le réseau ferroviaire pour les clients, employés et prestataires de la SNCF, en engageant une enveloppe moyenne de 1,2 M€ par kilomètre, ou en apportant jusqu'à 4 M€ dans les tours de table qui concernent les gares nationales. Pour sa part, Jean-François Blanchet (BRL) a rappelé que le groupe nîmois gère pour 2 Mds € d'infrastructures, dont de grands équipements comme des barrages, imposant des travaux de renouvellement, pour sécuriser ces installations et assurer la continuité du service public régional de l'eau : « Nous investissons 50 M€ sur les nouvelles technologies améliorant notre capacité à consommer moins d'eau, dans le contexte de dérèglement climatique actuel », pointe-t-il.

Un deuxième aiguillon à l'activité des opérateurs est la nécessité d'innover, comme le souligne Olivier Turcan (Vinci) : le groupe gère plusieurs projets de développement durable, pour la préservation de la faune, de la flore, ou de l'eau (création de 300 « bassins d'emprisonnement ») et mène avec l'Etat un plan pour les parkings de covoiturage, avec un projet en cours dans l'ouest biterrois. De son côté, Thierry Gless (GRDF) insiste sur la nécessité de prendre en compte les nouveaux usages : le groupe soutient notamment le déploiement du BioGNV (gaz naturel) dans l'Hérault comme alternative au diesel pour les camions, avec par exemple la livraison de 33 bus au BioGNV, le 1er juillet, dans l'Agglo biterroise.

Les échanges ont aussi montré que les plans d'investissement sont lancés, et que les professionnels des TP doivent en profiter : Thierry Rodriguez (EDR Renouvelables) rappelle que le Plan solaire lancé par l'énergéticien, fin 2018, se traduira par le développement de 30 GW de solaire à horizon 2035, et l'équipement de 2 000 ha par an (centrales, toitures, ombrières), nécessitant un investissement moyen de 1 M€ par MW. « Nous avons des programmes d'investissement jusqu'en 2035, c'est donc aussi un appel et un moyen pour les entreprises des TP de venir travailler avec nous », confirme Philippe Malagola (Enedis).

Le prix de la discorde politique

Dans une deuxième table-ronde sur les ambitions des collectivités territoriales, Gilles d'Ettore (président de Hérault Méditerranée) a insisté « sur la nécessité d'innover afin de conquérir d'autres marchés et d'adresser les nouveaux besoins exprimés par cette clientèle en remodelant notre offre, comme l'incarnent les nouveaux palais des congrès et casino ». A chaque collectivité ses outils. Stéphane Rossignol (président de Pays de l'Or Agglomération) met en avant le Projet Ville-Port de la Grande Motte, qui s'inscrit dans le Plan littoral 21, « et ouvre des perspectives économiques à dix ans, en passant de 1 800 à 2 200 anneaux sur le port, ou en transférant la zone technique ». De même, Claude Allingri (vice-président de Béziers Méditerranée) s'est félicité du label Territoire d'industrie récemment décroché par l'Agglo biterroise, qui consolide le plan de 145 M€ d'investissements « pour faire revenir les entreprises sur le territoire, pour finaliser le pôle d'échange multimodal autour de la gare de Béziers, qui permettra de l'ouvrir sur son aile ouest, vers une friche industrielle utilisable à l'avenir, et pour requalifier les ports de Valras et de Sérignan, dès cet automne ».

Ce volontarisme politique, toutefois, se heurte parfois aux aléas de la vie politique ou à la complexité des procédures règlementaires, si ce n'est aux deux. Abdi El Kandoussi (délégué à la communication et à la lutte contre la fracture numérique au sein de la Métropole de Montpellier) a admis qu'un chantier de longue haleine tel que le contournement ouest de Montpellier a souffert d'un retard de 25 ans, qu'il a néanmoins été possible de rattraper en partie en travaillant sur les cofinancements : les études (25 M€) sont budgétées, tandis que la Métropole confirme qu'elle participera au chantier reliant les deux autoroutes à hauteur d'un sixième des investissements réclamés (230 M€) - en attendant que les autres partenaires fassent de même pour que le plan de financement soit bouclé. « La première pierre sera posée en fin d'année avec le chantier du carrefour de Génevaux », précise-t-il.

Pour sa part, Philippe Vidal (vice-président du Conseil départemental de l'Hérault) a rappelé que le Département intervient dans la plupart des opérations évoquées lors de cette séquence (« Nous investissons 100 M€ tous les ans au sein du pôle routes »), et porte son propre chantier phare avec la déviation est de Montpellier : si les financements sont actés (50 M€), le programme a lui aussi souffert de longs retards (le tracé n'est pas encore connu), entre discorde politique et recours administratifs. « Dans les TP, plus on attend, plus il sera difficile de boucler un chantier. Le Département a les moyens, a de bons rapports avec les collectivités, mais si on perd du temps, les financements prévus basculeront sur autre chose », prévient-il.

Représentant Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, le conseiller régional Jean-Luc Bergeon a rappelé que son action « n'a pas de couleur politique » : « La Région intervient aussi sur tous ces dossiers dans les secteurs de l'eau, de la mobilité, de la LGV, rarement comme maître d'ouvrage, mais avec la volonté de travailler sur l'équité des territoires, comme le prouve notre programme sur les pôles d'échanges multimodaux (30 projets en cours, ndlr) ». Mais Olivier Giorgiucci, concluant ce débat, a martelé son message : « Le consensus politique sur un chantier est souvent difficile à obtenir, et le recours administratifs et réglementaires compliquent encore les choses : les élus doivent être au contraire moteur pour accélérer ces dossiers ».

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