Dans le Gard rhodanien, réouverture d’une ligne ferroviaire fermée aux voyageurs depuis 50 ans

C’est la première réouverture de ligne ferroviaire en France depuis 2016. Fermée aux voyageurs (au profit du seul fret) depuis 50 ans, la Région Occitanie rouvre la ligne SNCF de la rive droite du Rhône, entre le Gard rhodanien et le Vaucluse. Elle relie Pont-Saint-Esprit, Avignon et Nîmes. 200 000 voyageurs par an sont attendus. Une grande fête populaire était organisée le 28 août pour inaugurer la réhabilitation de cette ligne.
Cécile Chaigneau
Le 29 août, les circulations de voyageurs reprennent sur la ligne SNCF de la rive droite du Rhône, reliant Pont-Saint-Esprit, Avignon et Nîmes, avec une desserte à Bagnols-sur-Cèze.
Le 29 août, les circulations de voyageurs reprennent sur la ligne SNCF de la rive droite du Rhône, reliant Pont-Saint-Esprit, Avignon et Nîmes, avec une desserte à Bagnols-sur-Cèze. (Crédits : Région Occitanie)

A l'heure de la transition climatique et du pouvoir d'achat en berne, la Région Occitanie, dont la présidente Carole Delga (PS) est fortement engagée dans une politique ferroviaire volontariste, vient de rouvrir la ligne de la rive droite du Rhône reliant Nîmes à Pont-Saint-Esprit. Fermée depuis 1973 aux voyageurs, elle ne transportait plus que du fret. A compter du 29 août, les circulations de voyageurs reprennent entre Pont-Saint-Esprit, Avignon et Nîmes, avec une desserte à Bagnols-sur-Cèze. Financeur de cette réhabilitation ferroviaire (hors travaux de sécurisation passages à niveau, financés par SNCF Réseau), la Région Occitanie organisait une grande fête populaire le dimanche 28 août pour inaugurer la ligne.

Une ambition régionale

 « En Occitanie, nous croyons au train, clame Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie. Le train comme outil d'aménagement
des territoires, comme levier d'attractivité et de vitalité, et bien sûr comme
chaînon essentiel aux mobilités du quotidien à l'heure où la crise climatique
impose plus que jamais une remise en question de nos modes de déplacement. C'est aussi ce qui guide notre politique tarifaire : entre Avignon et Pont-Saint-Esprit, l'aller-retour quotidien reviendra à 2 € aux abonnés annuels. (...) Cette première réouverture de ligne en Occitanie doit conforter notre ambition régionale pour le développement du ferroviaire. Bientôt, d'autres suivront, comme la ligne Montréjeau-Luchon en Comminges, qui verra circuler les premiers trains à hydrogène de France, ou encore la ligne Alès-Bessèges dans les Cévennes. »

Jean-Pierre Farandou, P-dg de la SNCF, souligne de son côté que « la réouverture de la rive droite du Rhône aux circulations voyageurs marque une avancée majeure en faveur de la mobilité du quotidien, dont le ferroviaire doit être la colonne vertébrale. Il s'agit-là du résultat d'un travail collectif mené sous l'impulsion du Conseil Régional Occitanie, en lien avec les collectivités territoriales concernées. Je tiens à saluer l'engagement des équipes de SNCF Réseau pour avoir su réaliser les études et travaux nécessaires, de SNCF Gares et Connexions pour avoir su mener un ambitieux programme de réhabilitation des gares de la ligne, ainsi que de celles de SNCF voyageurs qui se prépare à réaliser la nouvelle offre de transport liO Train desservant le Gard Rhodanien. Nous vivons cette réouverture comme le parfait symbole d'une coopération réussie entre les entités SNCF et la Région Occitanie ».

Désenclaver le 2e bassin industriel régional

Avec le développement de l'usage de la voiture particulière et de la ligne ferroviaire Lyon-Marseille empruntant la rive gauche du Rhône, la décision avait été prise en 1973 de réserver cet itinéraire au fret.

« Actuellement, entre 45 et 55 trains de fret circulent chaque jour et il y a une capacité à faire plus encore », précise Jean-Luc Gibelin, le vice-président de la Région Occitanie, en charge des transports.

La ligne de 82 km desservira un bassin de vie ponctué de pôles urbains majeurs : Nîmes, Avignon, Bagnols-sur-Cèze. Cet axe ferroviaire avait été qualifié comme une priorité collective lors des Etats généraux du rail et de l'intermodalité 
organisés par la Région Occitanie en 2016. Une concertation réglementaire avait été menée fin 2019 par SNCF Réseau, sous l'égide de la Région.

« Il était important de désenclaver ce territoire de la vallée du Rhône et du Gard rhodanien où se trouve un pôle industriel et économique très important qui est le 2e bassin industriel d'Occitanie (avec des entreprises comme Sanofi à Aramon, ou le centre de recherche de Marcoule à Bagnols-sur-Cèze, NDLR), ajoute Jean-Luc Gibelin. Il était aussi très important d'être concret sur la transition écologique. Cette ligne dessert un bassin de vie de près de 450.000 personnes sur des trajets domicile-travail ou des déplacements touristiques ou de loisir, notamment pour aller au Festival Avignon. Enfin, il y a la question de l'attractivité du territoire, avec de l'enseignement supérieur à Avignon et Bagnols et donc de jeunes étudiants qui font les trajets. »

Selon les prévisions, la réouverture de la ligne devrait embarquer quelque 200.000 voyageurs par an...

100 millions d'euros

La première étape de la réouverture a mobilisé 12,8 millions d'euros de financement par la Région Occitanie. A ce stade, dix trains circuleront chaque jour (4 aller-retour Pont-Saint-Esprit - Avignon, 1 aller-retour Pont-Saint-Esprit - Nîmes ). Mais le coût total de la réouverture de la ligne coûtera est estimé à 100 millions d'euros pour l'ensemble des aménagements à réaliser dans la perspective de la réouverture complète en 2026. Cinq autres points d'arrêt seront ainsi réaménagés : Laudun-l'Ardoise, Roquemaure-Tavel, Villeneuve-lès-Avignon, Aramon et Marguerittes. 
Le projet de prévoit également sur la réalisation de pôles d'échange multimodaux (PEM), à Pont-Saint-Esprit et à Bagnols-sur-Cèze dans un premier temps, puis à Laudun-l'Ardoise, Roquemaure, Villeneuve-lès-Avignon, Aramon, Remoulins et Marguerittes.

Au-delà du gain de temps (le trajet permet de relier Avignon et Pont-Saint-Esprit en 30 minutes au lieu de 50 en voiture, et de 40 minutes supplémentaires jusqu'à Nîmes-centre), la liaison ferroviaire est aussi présentée comme un avantage en termes de coût. La Région y poursuit en effet une politique tarifaire incitative en appliquant sa tarification des trains régionaux liO (TER) : gratuité à l'usage pour les 18-26 ans (50% sur les 10 premiers voyages, gratuit à partir du 11e, plus de 40.000 inscrits à ce jour), abonnement annuel plafonné à 90 euros par mois pour les trajets domicile-travail,(soit 45 euros après déduction de la prise en charge employeur), tarifs dégressifs pour les plus de 60 ans  lancé le 1er juillet.

Une stratégie qui semble payante puisque « sur le début de l'année 2022, nous avons enregistré une augmentation de +17% d'usagers par rapport à 2019 », indique Jean-Luc Gibelin.

Vers une connexion avec la région AURA


  • Le retour d'un intérêt pour les trains du quotidien a fait émerger plusieurs projets sur la rive droite du Rhône. La Région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) et SNCF Réseau ont lancé des études sur la réouverture aux voyageurs de la ligne entre le Teil (Ardèche) et Romans-sur-Isère (Drôme) via Valence TGV et Valence-Ville. Soit, à horizon 2028, 7 aller-retour quotidiens avec la desserte des gares de Romans, Valence TGV, Valence Ville, Livron, Le Pouzin, Cruas et le Teil.

  • La Région Occitanie et la Région AURA ont convenu de travailler conjointement pour, à terme, faciliter la connexion des territoires et les déplacements des habitants au quotidien.

Cécile Chaigneau

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