Inauguration du projet HUT : quand les SHS décryptent l'habitat de demain

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Plateau modulable à la Maison des sciences de l’Homme, avec une installation prototype pour le projet HUT : le plancher est équipé de 16 capteurs par m²
Plateau modulable à la Maison des sciences de l’Homme, avec une installation prototype pour le projet HUT : le plancher est équipé de 16 capteurs par m² (Crédits : CNRS)
Le 26 juin à Montpellier était inauguré HUT, un appartement-observatoire connecté où vont vivre deux étudiants. L’ambition du projet, qui mobilise une équipe pluridisciplinaire, comportant notamment des chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) : observer les nouveaux usages dans l'habitat hyper-technologique de demain.

Une porte de placard contenant des produits ménagers dangereux qui s'ouvrirait à un adulte mais pas un enfant, détecté comme non autorisé ? Un système qui vous proposerait de fermer les fenêtres aux heures de trop grosse chaleur ? Un SMS vous alertant que vos courses viennent d'être livrées dans un casier en bas de chez vous ?

Demain, tout ça sera notre lot quotidien dans nos logements. Tous connectés et interconnectés avec nos objets. Oui mais... Toutes ces nouvelles technologies vont modifier nos comportements.

Qu'on ne s'y méprenne pas : le projet « HUman at home projecT » (HUT), inauguré le 26 juin à Montpellier, n'a pas vocation à expérimenter de nouvelles technologies dans l'habitat du futur, aussi passionnante et actuelle soit cette thématique.

Le projet HUT utilise les innovations technologiques de l'habitat pour interroger leur impact et chercher à comprendre les conditions liées au bien-être des habitants dans un logement intelligent et connecté.

Au départ, une analyse fondatrice de l'ambition affichée de HUT et formulée par Alain Foucaran, directeur de l'Institut d'électronique et des systèmes (IES) à Montpellier : « Le XXe siècle a été celui des sauts technologiques, le XXIe sera celui du saut des usages ».

12 laboratoires, 7 entreprises

HUT pose donc des questions du type « Quels sont nos rapports à l'habitat de demain, à l'intérieur comme à l'extérieur ? », « Quelles conditions de vie dans un appartement équipé de nombreux capteurs, actionneurs et système d'analyse ? », ou encore « Qu'est-ce qui est possible, souhaitable et acceptable pour contribuer au bien-être dans le logement intelligent du futur ? ».

Mobilisés autour de ces questions de l'usage, 12 laboratoires de recherche(1), 7 entreprises(2) et quelques autres partenaires institutionnels se sont constitués en consortium pour interroger ce champ autour d'un dispositif expérimental innovant et inédit.

Imaginé durant les deux années écoulées, ce dispositif consiste en un « appartement-observatoire », un véritable appartement loué dans une résidence du promoteur Nexity dans le quartier Cévennes à Montpellier, bardé d'objets connectés et de 45 capteurs en tous genres (température, humidité de l'air, pression, lumière, détecteur de son, déplacements au sol, reconnaissance faciale, etc.).

Deux étudiants, baptisés les coHUTeurs, y vivront durant une année universitaire, à compter d'octobre 2018, se prêtant à une observation fine par captation de données. Le casting du premier binôme vient de démarrer, lancé par l'université Paul Valéry, et aboutira d'ici la mi-juillet.

« C'est du rêve, mais le réveil pourrait être douloureux »

Outre l'appartement-observatoire, le projet HUT a installé sa base arrière au sein de la Maison des Sciences de l'Homme (MSH) Sud, où seront collectées et stockées les données et où seront prototypés et testés les futurs produits et objets connectés avant d'être installés dans l'appartement-observatoire.

Une localisation qui prend tout son sens quand on comprend à quel point les sciences humaines et sociales tiennent une place cruciale au cœur du projet HUT, en observation des sciences dures.

« Il est vrai que la présence d'une université des sciences humaines et sociales n'allait pas de soi mais des questions éthiques, linguistiques, sociologiques vont se poser immanquablement et il était donc naturel que des équipes de chercheurs en sciences humaines et sociales soient partie prenante de ce projet », commente Patrick Gilli, président de l'Université Paul Valéry.

« Dès le départ, le projet HUT a voulu impliquer les sciences humaines et sociales, se félicite Frédéric Rousseau, directeur de la MSH Sud. Oui, cet appartement-observatoire, c'est du rêve, mais le réveil pourrait être douloureux pour nos sociétés quand on sera bourrés d'objets connectés. Faut-il laisser faire ? Faut-il faire tout ce que la science et les technologies permettent de faire ? Est-ce souhaitable humainement et politiquement ? Qui peut penser les effets et les limites de ces objets, les cadres et les régulations qui doivent être pensés en même temps que les objets sont inventés ? C'est pourquoi les sciences humaines et sociales ont leur place dans ce projet pour penser le monde de demain ! Outre le soutien au projet, il faut absolument trouver les moyens de financer un ou deux post-doc en sciences humaines et sociales pour accompagner le projet car dans cinq ans, il sera trop tard ! »

4 M€ pour trois ans

Le budget total du projet HUT s'élève à 4 M€ (150 000 € pour équiper l'appartement), dont une grande partie pour la ressources humaines. Les financeurs sont l'Université de Montpellier, l'Université Paul Valéry Montpellier, le CNRS, Montpellier Méditerranée Métropole (à hauteur de 700 000 €) et la MHS Sud.

Le projet doit durer trois ans, et observera ainsi trois binômes de coHUTeurs.

(1) Les laboratoires : Dynamiques du Droit, Praxiling, Montpellier Recherche en Économie, Montpellier Research in Management, Epsylon, Laboratoire Innovation Formes Architectures Milieux, Institut d'Électronique et des Systèmes, EuroMov, Dynamique musculaire et métabolisme, Laboratoire de Génie informatique et d'ingénierie de production, Laboratoire d'Informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier, Espace-Dev.

(2) Les entreprises : Océasoft (capteurs connectés de surveillance de température et autres paramètres physiques), Sens Digital (solutions digitales et d'objets connectés), Weda (gestion médicale et coordination des soins,  traitement des données personnelles), Synox (internet des objets), Nexity (promoteur immobilier), EDF, Deliled (luminaires LED pilotables).

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