R. Delacour : "Les start-ups américaines courent le 100 m, les nôtres le 110 m haies ! "

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Rachel Delacour, désormais coprésidente de France Digitale, était l'invitée de La Tribune Women's Awards by Objectif Languedoc-Roussillon en 2016
Rachel Delacour, désormais coprésidente de France Digitale, était l'invitée de La Tribune Women's Awards by Objectif Languedoc-Roussillon en 2016 (Crédits : Éric Durand)
Rachel Delacour, vice-présidente de Zendesk for Startups (Montpellier), vient d'être nommée coprésidente de France Digitale, l'alliance des entrepreneurs et investisseurs du numérique en France, aux côtés de Jean-David Chamboredon. Dans cet entretien, elle oppose, face aux incantations autour d'hypothétiques GAFA français, un discours exigeant sur les moyens de les faire émerger.

Vous étiez déjà impliquée dans France Digitale, pourquoi aller plus loin dans votre engagement ?

Je pense fermement que la France a un leadership à jouer en Europe. Un certain nombre de start-ups tricolores sont beaucoup mieux financées et vont pouvoir revendiquer dans quelques années un leadership européen voire mondial. Le numérique impacte la société à tous les niveaux et dans tous les domaines. Nos champions nationaux ont une carte à jouer pour faire bouger les choses au niveau européen et à l'international. De par mon expérience entrepreneurial, j'ai été prise dans la réalité et j'ai fait face aux différents enjeux que France Digitale adressent, que je souhaite porter pour l'association.

Quelles sont les actions prioritaires à mettre en place ? Et pourquoi ?

Il faut d'abord permettre l'émergence de champions européens, dans un marché unique du digital fort de 500 millions de consommateurs. Les start-ups américaines s'épanouissent aujourd'hui dans un marché de 350 millions de consommateurs, pendant que les start-ups européennes bataillent au milieu de 28 législations différentes, avec 28 standards sur différentes problématiques (data, financement, télécoms). Pendant que les start-ups américaines courent le 100 m, nos start-ups européennes courent le 110 m haies ! Ensuite, il y a un décalage entre la France qui connait un taux de chômage important, et le monde des start-ups qui connait un chômage négatif et a de plus en plus de mal à recruter. On invente de nouveaux métiers, il faut donc que nous soyons capables, le plus tôt possible, d'inculquer une culture au numérique dès le plus jeune âge et d'adresser des solutions efficaces au moment où la formation professionnelle est remodelée. France Digitale a vocation à lutter contre la pénurie des métiers du Numérique. Nous nous investirons dans la réforme de la formation professionnelle et souhaitons être entendus dans le cadre de la réforme de l'assurance chômage. Il y a des milliers de chômeurs de longue durée qui pourraient bénéficier des opportunités dans les start-ups.

Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'État au Numérique, a récemment fait une tournée des écosystèmes French Tech, dont Montpellier et Toulouse, pour faire remonter des idées : qu'en pensez-vous ? L'action de France Digitale s'inscrit-elle dans cette logique de relais ?

Il est nécessaire d'être en prise avec les écosystèmes territoriaux et il faut surtout que les différents acteurs se parlent entre eux. La position de France Digitale, au carrefour des investisseurs et des entrepreneurs, nous permet d'allier nos forces pour aller au-delà des frontières nationales. L'association montre la réalité, ouvre le dialogue et créer des ponts entre chaque partie prenante.

Comment se situe France Digitale par rapport au Conseil National du Numérique ?

France Digitale est une association indépendante portée par les entrepreneurs et les investisseurs, fonctionnant différemment du CNNum qui est, lui, un organisme initié par le gouvernement.

Vous aviez interpellé des politiques lors des campagnes électorales de 2017 : qu'en est-il ressorti ? Allez-vous poursuivre cette action de lobbying ?

Nous essayons plutôt d'être force de proposition. Avec l'amendement BSPCE par exemple, on continue de porter les propositions auprès du gouvernement en fonction des calendriers des projets de loi de finances, des affaires européennes et tout cela s'est traduit par la création du Manifeste des Start-ups et ses 16 propositions. Au delà de ces travaux, nous essayons également d'avoir une visibilité sur les sujets qui vont nous impacter dans l'avenir comme la neutralité du net ou les crypto-monnaies, et ainsi développer des actions et des propositions concrètes.

Quid de votre présence à Montpellier à l'avenir si vous prenez des fonctions nationales ?

Je passe une grande partie de mon temps à Montpellier car ma famille et mon travail sont ici. Il est important pour moi de représenter le potentiel des régions, toutefois, cela ne passe pas par le temps passé à Montpellier mais par les actions menées par l'association. Je resterai connectée aux demandes des entrepreneurs de Montpellier et d'Occitanie mais il ne faut pas oublier que la force de France Digitale est sa prise de réalité dans son ensemble et dans les autres territoires, assurée par un collectif terrain (dont des ambassadeurs), un bureau et une équipe opérationnelle, au contact permanent des entrepreneurs.

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a écrit le 20/12/2017 à 22:23 :
Toute personne regardant le profil des licornes françaises de ces dernières années devrait à priori comprendre ce qui ne tourne pas rond dans le secteur et pourquoi , on ne risque pas de créer des GAFA mais bien seulement des SSII... surtout que la plus grosse licorne française (devenue américaine) de ces dernières années n'a même été détectée par nos Business Angels français , trop technique sans doute ....
Réponse de le 27/12/2017 à 7:36 :
Oui, trop technique, ou pas introduite par les réseaux locaux...Autres raisons: la totale inculture financière des Français qui ne "comprennent" que les seuls taux du livret A et celui de leur fond en euro de leur assurance vie, sans savoir d'ailleurs ce qu'il y a dedans et sans doute heureusement. Les VP ou autres fonds ne s'empressent pas à sélectionner du compliqué, il faut que ce soit dans la tendance et bien entendu, faire bénéficier d'avantages fiscaux, ça se vend mieux ainsi, aux investisseurs finaux, ceux-là même qui ne comprennent rien à la techno et à la finance! Avec ça, on n'est pas sortis de l'auberge...et on s'étonnera que ce soient les Américains qui raflent la mise, au final...
a écrit le 20/12/2017 à 22:15 :
Les bons ingénieurs sont soit dans la Valley soit au chaud dans une grosse boite française comme moi à supporter la nullité crasse des managers du secteur tout en se consacrant à un autre projet en // ... car les salaires des startups en France ne sont pas suffisamment attrayant pour les profils séniors , ils ont oublié les stock options ...
Le nouveau modèle de startups françaises de la Valley, c'est d'ailleurs de délocaliser la R&D en région parisienne tellement les salaires en France sont attractifs ... Ils ont d'ailleurs baissé de 30% en Euro constant depuis 2000.
a écrit le 20/12/2017 à 18:51 :
C est quand meme marrant que cette dame se plaigne de ne pas trouver de profils dans le numerique alors qu il y a encore des chomeurs dans la branche. Mais c est sur, que si elle cherche des gens pret a travailler a paris 80 h/semaine, avec 5 ans d experience sur une techno qui a pas 5 ans, ayant moins de 30 ans, le tout pour moins de 2000 €/mois, elle va avoir du mal a trouver !
a écrit le 20/12/2017 à 16:55 :
"Pendant que les start-ups américaines courent le 100 m, nos start-ups européennes courent le 110 m haies ! "

Cela n'a pas l'air de la déranger !

C'est en 2009, à Montpellier, que Bime Analytics est née dans l'esprit de Rachel Delacour et Nicolas Raspal, 37 ans aujourd'hui, pour éditer une solution logicielle de business intelligence - aussi appelée informatique décisionnelle. Uni à la ville comme au tribunal de commerce, le couple a fait grandir son entreprise pendant six ans jusqu'à la céder à la société californienne Zendesk pour 45 millions de dollars
a écrit le 20/12/2017 à 13:13 :
Et si cette instance marche, qu'elle est pertinente, pourquoi s'obliger à créer le CNNum ? Pourquoi le gouvernement ne s'appuie pas sur ce dispositif plutôt ...Gain de temps, gain d'argent, gain en compétences, avant de passer au 100 m commençons par faire tomber les haies
a écrit le 20/12/2017 à 12:53 :
Bizarre, dans ma startup, on a pas de problèmes de recrutement.

Probablement que comme d’hab, cette dame espère recruter de la main d’œuvre flexible, très bien formée, diplômée et compétente, ne comptant surtout pas ses heures, pour des salaires minables.
D’où l’intérêt pour elle de s’assurer qu’il y ait également un fort taux de chômage dans nos métiers high-tech. Là, il n’y a pas de chômage négatif. C’est un mensonge. Il y a juste un peu moins de chômage qu’ailleurs (6%).

Et bien sûr, pas question de dépenser 1 centime dans la formation. Il faut que ce soit pris en charge par la collectivité. Contrairement aux bénéfices, qui eux, doivent rester au profit exclusif des premiers de cordée.
Réponse de le 20/12/2017 à 14:56 :
Je plussoie.
et ce sont paradoxalement les compétences de bases en management, organisation, .... qui font défaut à ces start-up.
Réponse de le 20/12/2017 à 15:37 :
Je partage totalement votre avis.

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