Prix du carburant : la FRTP s'attaque elle aussi à la hausse des taxes

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(Crédits : FRTP)
Lors de ses 2es Assises, organisées le 13 novembre à La Grande Motte (34) en présence du philosophe Raphaël Enthoven, la FRTP Occitanie a vivement critiqué la hausse du prix du gasoil non routier qui sera appliquée au secteur des travaux publics dans le budget 2019. C’est l’un des seuls voyants au rouge alors que l’activité, fragile depuis près de deux ans, redémarre.

Deux ans après sa création officielle, en 2016, la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) Occitanie a fait de ses Assises annuelles, le 13 novembre à La Grande Motte (34), une nouvelle estrade contre la hausse du prix du carburant, dans un contexte national tendu par la perspective du blocage routier promis par le mouvement des « gilets jaunes » le 17 novembre. Le syndicat professionnel est vent debout, en effet, contre la hausse de 50 centimes du prix du gasoil non routier (GNR) qui lui sera appliquée au 1er janvier prochain, selon le projet de budget 2019.

« Les gilets jaunes protestent contre une hausse de 5 centimes, alors que de notre côté, ce sont 50 centimes d'un coup, sans concertation, que nous devrons payer en plus ! C'est dramatique. Si on prend l'exemple d'une TPE de terrassement, qui utiliserait 200 litres de GNR par an, c'est un coût de plus de 100 000 € qu'elle devra absorber, soit plus que son résultat annuel », tempête Olivier Giorgiucci, président de la FRTP Occitanie.

La Fédération nationale des travaux publics (FNTP), qui porte ce message face au gouvernement depuis plusieurs mois, réclame le retrait du projet de loi instaurant ces hausses. Son président Bruno Cavagné, présent sur ces Assises, indique que le syndicat professionnel considère déjà d'autres options.

« Le retrait du texte s'annonce compliqué étant donné que le gouvernement a déjà inscrit ce milliard d'euros de hausse au projet de budget, constate-t-il. Mais il faut savoir que pour un milliard de plus pesant sur l'économie nationale, le seul secteur des TP sera impacté à hauteur de 500 M€, soit 300 M€ en direct, et 200 M€ indirectement. Il est hors de question que nos entreprises se voient imposer une telle hausse du GNR. Nous demandons que, sur les chantiers privés et publics, nous puissions la répercuter sous forme de coefficient en pied de facture. »

Le « courage de l'innovation »

Cette polémique est l'une des rares investies par la FRTP Occitanie au coeur d'une période plutôt dynamique. Après un an et demi de baisse (soit de 25 à 30 % de perte de chiffre d'affaires), l'activité est repartie à la hausse (3 %) en 2017 : le CA cumulé de la filière en région s'établit désormais à 3,5 Mds €.

« La prochaine loi d'orientation des mobilités devrait générer un effort important d'investissement sur les années à venir. De même, nous croyons aux perspectives ouvertes par les deux futures LGV Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, même si les chantiers ne commenceront pas de sitôt. Toutefois, si la dynamique est bonne dans les deux métropoles et sur le littoral, une fracture se creuse entre les zones urbaines et les zones rurales, où nous demandons aux collectivités territoriales de ne pas réduire leur volume d'investissements », analyse Olivier Giorgiucci.

Sur une table-ronde consacrée à l'innovation et réunissant des représentants de la FNTP, de la Fédération nationale des entreprises de détection des réseaux enterrés (FNEDRE) et des entreprises Wirtgen et Brunet TP, Fabienne Mimault, chef de projet au sein de la PME héraultaise Buesa, a passé en revue plusieurs technologies innovantes utilisées par la profession, dont le guidage d'engins par GPS ou par stations robotisées : « Les conducteurs d'engin peuvent réaliser les travaux de terrassement sans intervention topographique ; cela permet aussi de gagner en précision dans les ouvrages réalisés ».

Grand témoin de ces Assises, le philosophe Raphaël Enthoven a néanmoins invité l'assistance à s'interroger sur l'innovation, « une notion dont personne ne doute ». L'exigence perpétuelle d'innovation révélerait, selon lui, une peur de l'avenir.

« En latin, inventer signifie trouver ce que l'on a déjà. Pour produire de la nouveauté, il faut considérer ce que l'on a déjà sous la main. Seule la connaissance du passé nous permet d'avancer. On loue une invention comme Skype, mais Marcel Proust en avait déjà imaginé le principe dans l'un de ses textes. On loue Uber et le phénomène de l'ubérisation, qui enjambent les intermédiaires, mais c'est déjà ce que Machiavel conseillait au souverain. Ne cédons pas à l'idolâtrie de l'avenir : l'innovation  est une pensée qui s'inscrit dans le passé. D'où l'importance de l'éducation : le sentiment de l'avenir est lié à la connaissance du passé. Cela concerne aussi le secteur des travaux publics, qui a une problématique de recrutement et d'attractivité des jeunes. Il ne doit pas négliger l'apprentissage de la littérature et de la philosophie dans les cursus qui mènent à ces métiers. Cela rend compétent, inventif. »

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