Covid-19 et solidarité : ErgoSanté et l'Atelier Tuffery fabriquent des masques

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L'entreprise gardoise ErgoSanté profite de l'arrêt de ses chaînes de production pour fabriquer des masques de protection en tissu.
L'entreprise gardoise ErgoSanté profite de l'arrêt de ses chaînes de production pour fabriquer des masques de protection en tissu. (Crédits : ErgoSanté)
Leurs activités respectives pâtissent du contexte sanitaire actuel. Qu’à cela ne tienne : ErgoSanté (matériel ergonomique pour le bien-être au travail) et l’Atelier Tuffery (fabrique de jeans) viennent de passer en mode Covid-19 et affectent leurs équipes disponibles à la production de masques de protection en tissu. A elles deux, elles en produisent 500 à 700 par jour, qu'elles distribuent gratuitement.

ErgoSanté est une entreprise spécialisée dans la conception et production de matériel ergonomique pour le bien-être au travail afin de maintenir dans l'emploi et de prévenir les TMS, pour des personnes valides et non valides en entreprise, pour le milieu tertiaire et industriel.

Depuis son site à Anduze (30), elle produit notamment des sièges et des exosquelettes pour répondre à la problématique de pénibilité. Et à ce titre, elle dispose « de kilomètres de tissus », lance Samuel Corgne, le fondateur et dirigeant d'ErgoSanté.

Dans l'impossibilité de livrer ses clients, l'usine a été contrainte de mettre la plupart de ses 80 salariés au chômage technique. Mais le dirigeant ne se résout pas à ne rien faire.

« Je suis halluciné par la demande en masques, s'inquiète-t-il. On a des demandes de partout : des cabinets médicaux de la région, des pompiers, des maisons de retraite, des hôpitaux de la région, et cette nuit, j'ai été contacté par le ministère de la Santé pour avoir des informations sur ce qu'on fait. »

« Prendre notre part dans l'effort de solidarité »

Ce qu'il fait ? Des masques en tissu. Avec huit de ses salariés, parmi ceux qui n'ont pas d'enfants à garder, il a affecté les chaînes de production à la production de masques de protection en tissu.

« On s'est révolté dans l'entreprise car ici, on a tout ce qu'il faut pour faire des masques, souligne-t-il. On travaille pour faire de la prévention toute l'année. Aujourd'hui, c'est une autre forme de prévention que l'on fait... Au moins, on se rend utile ! C'est une goutte d'eau dans l'océan. Mais la raison sociale de mon entreprise, c'est Le Colibri : on veut juste prendre notre part dans l'effort de solidarité. »

Huit personnes travaillent donc désormais à l'atelier pour faire tourner les machines, et des couturières chez elles pour celles qui ont des machines à coudre.

Samuel Corgne annonce une production de 400 à 500 masques par jour « et on se motive pour augmenter les cadences ».

« Les masques que nous fabriquons sont équivalents à des masques chirurgicaux anti-postillons. Ils ne protègent pas autant que les masques FFP2, mais c'est toujours mieux que rien ! »

Fabriquer des canules pour respirateurs en 3D ?

Pour l'heure, pas de problème de stock de tissus. Et parce que le fil pourrait venir à manquer, le dirigeant est déjà parti en quête d'en récupérer partout où il le pourra.

Quant à la distribution des masques produits, Samuel Corgne reconnaît que c'est compliqué. Mais la règle, c'est de les donner, et non de les vendre. Et de les acheminer à leurs frais.

« On les donne d'abord aux salariés et à leur famille, ainsi qu'à nos clients et aux prescripteurs. Mais il faut prioriser les soignants. Par exemple, l'hôpital de Carcassonne nous a contacté via notre agence locale car ils ont besoin de 600 masques... On envoie 50 masques par 50. On essaie de voir si la Poste peut les acheminer, sinon on a recours aux messageries type DHL. Pour l'instant, tous ces envois se font à nos fraisComme nous avons 12 agences sur toute la France, nous envisageons d'acheminer les masques par nos propres moyens jusque dans ces agences, à partir desquelles s'organisera ensuite la distribution au plus proche. »

Poussant la solidarité un cran plus loin, Samuel Corgne réfléchit déjà à répondre à un autre besoin : celui en canules utilisés par les respirateurs artificiels, en pénurie en Italie.

« Dans notre usine, nous avons 30 machines à impression 3D, qui permettraient d'en fabriquer rapidement, explique-t-il. Mes gars y réfléchissent et de mon côté, je me renseigne auprès du ministère pour voir s'il y a vraiment un besoin. Si oui, on attaquera ! On a la matière première nécessaire, on a probablement de quoi en imprimer jusqu'à la fin de la crise. »

Des masques en jean lozériens

« Le lien social et la solidarité sont les deux piliers qui nous permettront de sortir grandi de ce contexte si particulier. »

C'est par ce tweet que Julien Tuffery, arrière-petit-fils de Célestin Tuffery, le fondateur de l'Atelier Tuffery à Florac (48), explique sa toute récente démarche : fabriquer des masques de protection en tissus au sein de son entreprise.

L'Atelier Tuffery se lance dans la fabrication de masques Covid-19

L'Atelier Tuffery est la plus ancienne manufacture de jeans de France (125 ans d'existence). Le jeune dirigeant vient de mettre en place une petite unité rapide de fabrication de masques en jean et tissu de fond de poches, à hauteur de 200 à 300 par jours. Quatre personnes y travaillent.

« La situation est anxiogène et on cherche de la solidarité bienveillante, déclare Julien Tuffery. On veut se rendre utile. Lundi matin, l'équipe se montrait très engagée et volontaire pour poursuivre la production habituelle, mais on a réfléchi comment contribuer à ce qui se passe aujourd'hui. Et nous avons émis l'idée de faire des masques, d'autant que le ministère cherche des solutions pour des protections simples. Nos masques sont en tissu, mais c'est largement mieux que rien ! »

Selon Julien Tuffery, les demandes affluent de toute la France. Et il doit prioriser la distribution : « Nous procédons selon le bon sens collectif : d'abord les soignants et ceux qui travaillent au contact de personnes, les établissements paramédicaux ».

« Comme on ne fait pas d'expédition, on approvisionne le bassin de vie locale. Mais on donne les masques, on ne les vend pas. Ce n'est en aucun cas un business d'opportunisme ! »

Là aussi, pas de problème de stock de tissu. L'Atelier Tuffery a recommandé du biais servant à faire les liens du masque, histoire d'assurer jusqu'au bout de la crise.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2020 à 19:00 :
j

ous ce mail de grandrieu lozere par la télé j'ai vu que vous fabriquiez des masques
en tissu c'est super sympa de votre part .je voudrai savoir si vous pouviez m'en envoyer
10 ou12 j'ai père qui est agé de 92 ans et il me reste que lui de ma famille, ma mère est décédée il ya 18 ans et mon seul frère que j'avais est décédé a son tour il y a 7 ans tous les deux de mort subite .mon mari a de gros problème de santé opération d'un rein, opération du coeur et diabète et moi c'est pareil le coeur et j'attend une opération d'un gegenou qui est en aggravation . ce serai trés gentil de votre part si vous pouviez m' en envoyer je vous donne mon adresse mme chantal laroche -4-lotissement les sapins 48600grandrieu
a écrit le 19/03/2020 à 14:47 :
Bravo pour cette initiative.
Il y a 14 jours, je suis revenu d'Asie (Thailande, Cambodge, Vietnam) où j'ai passé plus de 2 mois. Là-bas, la plupart des personnes portent des masques, pas forcément des FFP2 mais beaucoup en tissu.
Je me suis interrogé pourquoi la Thaïlande n'avait eu qu'un seul mort lié au COVID-19 alors que leur population est similaire à la nôtre (69 millions d'habitants). Il me semble que cela est lié à 2 facteurs : d'une part, il n'y a pas de poignées de main mais un bonjour thaïlandais (petite révérence avec les mains jointes), d'autre part le port de masques qui évite aux porteurs, qu'ils soient malades ou sains, de contaminer les autres. Avec 2 ou 3 masques par individu, le coût au niveau national est facilement chiffrable et sans commune mesure avec le coût que va coûter la pandémie actuelle.
En France, si, pendant une épidémie, on appliquait les mêmes principes (port de masque pour tous et bonjour thaïlandais) , il y aurait, me semble-t-il, éradication de l'épidémie en 30 jours. Cela pourrait être valable pour la grippe, les gastroentérites...
Bien sûr cela obligerait à un changement culturel mais est-ce vraiment impossible ? Le port de la ceinture en voiture, les horaires d'été et d'hiver montrent que tout est possible si l'enjeu en vaut la peine. Au vu de la mortalité actuelle, je n'ai pas d'hésitation.
a écrit le 18/03/2020 à 9:57 :
Ces deux entreprises méritent d'être félicitées. Elles montrent que l'esprit de solidarité nationale est bien présent dans notre pays en dépit de la présence toxique des menteurs, tricheurs et manipulateurs formés à l'Ena qui dirigent notre pays. Finalement c'est au coeur de notre Province (Florac, Anduze) que la générosité se manifeste. Il suffit de parcourir les "vidéos" optimistes et chaleureuses publiées par Nelly Savajol, agent immobilier à Florac (sur le site Linkedin).Vous comprendrez pourquoi je suis un supporter fervent de La Tribune (Jean Claude Gallo et ses collaborateurs). C'est un des rares médias qui nous parle de la "vraie France". Celle qui travaille avec humilité, courage et assiduité. C'est cette France que j'aime avec beaucoup d'autres.
a écrit le 17/03/2020 à 18:50 :
Bravo à eux et il y aurait tellement d'idées en économie circulaire qui est une économie 100% vertueuse mais bon, les propriétaires du monde eux ne le sont pas vertueux, c'est une certitude.

Merci pour cet article.
Réponse de le 20/03/2020 à 14:39 :
Bravo les gars !!!

Il ne suffit pas d'être qu'instruit. Il faut être aussi intelligent et réactif devant les besoins urgents.

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