« Nous croyons fermement au dépistage de masse » (Georges Ruiz, Inovie)

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Dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19, le groupe Inovie déployé 42 drives, y compris dans des zones rurales.
Dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19, le groupe Inovie déployé 42 drives, y compris dans des zones rurales. (Crédits : Labosud)
Président du Groupe Inovie, leader de la biologie médicale indépendante en France, Georges Ruiz évoque les difficultés de l’ensemble de la profession face à la pénurie de matériel dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19.

Le Groupe Inovie représente 13 % de la biologie médicale française. Il dispose de 380 sites de proximité et emploie 4 800 salariés. Chaque jour, 50 000 patients sont traités sur des sites situés en Occitanie, PACA, Auvergne, Nouvelle Aquitaine et Val de Loire. Avec ses 5 pôles (Inovie Fertilité, Imagénome, Inopath et Inovie Vet et Inovie AS), le Groupe a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 550 M€.

La Tribune : Face à la pandémie de Covid-19, les laboratoires sont en première ligne pour le dépistage. Quels sont ceux habilités à faire les tests PCR (prélèvement naso-pharyngé) ?

Georges Ruiz : « Après une première phase ou seuls les laboratoires hospitaliers avaient été habilités, le test est passé à la nomenclature : tous les laboratoires accrédités qui possèdent des thermocycleurs et des appareils de PCR peuvent donc le faire. »

Dans ce contexte d'urgence, comment votre groupe, qui compte 380 sites, s'est-il organisé ?

« Nous avons immédiatement pris conscience que la difficulté pour réaliser ses tests était à plusieurs niveaux. D'abord, ne pas contaminer notre personnel et les locaux. Pour cette raison, nous avons déployé 42 drives, y compris dans des zones rurales. Ces drives ont, certes, la particularité d'avoir un débit peu rapide mais ils permettent de gagner du temps pour organiser les prélèvements qui sont ensuite envoyés aux différents plateaux de microbiologie. »

Justement, lors de la conférence de presse du 28 mars, Olivier Veyran, ministre de la santé, a émis des réserves sur les conditions de sécurité et de qualité réalisés dans ces drives...

« Je trouve cela scandaleux ! Nos laboratoires sont accrédités sur la base de 3 phases : préanalytique (qualité du prélèvement), analytique et post analytique. Tous les prélèvements sont nasopharyngés profonds (7 à 8 cm de profondeur), réalisés par des biologistes préleveurs. Le fait que les tests soient réalisés en drive n'altèrent en rien la qualité des prélèvements. C'est comme si vous disiez que lorsque vous commandez un hamburger au drive de Mc Donald, il est moins bon ! »

Quelle est la part de drive dans ce dépistage ? Quid du taux de tests positifs ?

« Sur les 1 500 tests réalisés chaque jour, 1 000 le sont en drive. Quant à la positivité, elle varie selon les sites entre 8 à 15 %. »

Vous avez évoqué plusieurs niveaux de difficulté...

« Notre second challenge était d'obtenir des tests. Grâce à la technologie Roche (solution globale d'extraction et de lecture automatisée, NDLR) mise en place le 23 mars dernier, nous avons boosté notre capacité à 3 000 tests par jour mais nous sommes encore aujourd'hui bridés par un approvisionnement de 2 300 tests par semaine. Nous nous sommes également positionnés avec un fournisseur coréen, Seegen, et un fournisseur chinois, Sensure, qui vont permettre d'accroître notre capacité. D'ici la semaine prochaine, nous devrions être en mesure de réaliser entre 5 000 à 7000 tests par jour. »

Cette montée en puissance va-t-elle s'accompagner d'un élargissement du dépistage ?

« Nous sommes jusqu'à présent restés dans une politique conforme à ce que préconise les Agence Régionale de Santé : dépister le personnel soignant symptomatique, les personnes à risques et une limite de trois patients dans les Ehpad. Notre montée en capacité va nous permettre d'étendre nos indications en testant tous les professionnels de santé le demandant, mais aussi les patients symptomatiques. Inovie ne l'a jamais caché, nous croyons fermement au dépistage de masse. Le directeur général de l'OMS a d'ailleurs appelé lui aussi à un dépistage systématique des cas suspects, en pointant le nombre de décès en Europe. »

L'intersyndicale de médecins et biologistes médicaux a réagi le 24 mars dernier face à une pénurie de réactifs et d'écouvillons nécessaires au prélèvement...

« Depuis le début de l'épidémie sur notre territoire, les laboratoires de biologie médicale se sont préparés à diagnostiquer leurs patientèles. Les automates étaient prêts mais dès le départ nous avons été retardés par la pénurie de masques, puis de réactifs PCR, et aujourd'hui d'écouvillons. La situation est devenue très critique mais les professionnels de la santé sont d'autant plus surpris que la pénurie n'existe pas en Corée du Sud, en Allemagne ou en Italie. De plus, l'administration américaine a mobilisé les moyens militaires, réquisitionnant chez notre fournisseur habituel - Copan en Italie - 2 millions d'écouvillons par semaine. Nous avons été obligés de trouver d'autres fournisseurs et nous avons eu le même problème au Pays-Bas. Au sein du groupe Inovie, nous nous interrogeons sur les moyens réellement déployés par le gouvernement afin que des patients et l'ensemble des Français puissent être pris en charge. Nous demandons une plus grande mobilisation des fournisseurs, du gouvernement et du ministère de la Santé. »

Le Premier ministre a abordé la question ce week-end : la réponse vous paraît-elle satisfaisante ?

« Gérer, c'est prévoir. On a eu un retard au démarrage en envoyant le message que la France ne ferait pas de dépistage de masse. Les fournisseurs ont donc privilégié d'autres pays comme l'Allemagne. Edouard Philippe annonce la mobilisation des entreprises, là encore je demande à voir. La transparence aurait été de reconnaître le travail réalisé par les laboratoires de proximité (les tests annoncés officiellement sont ceux réalisés en milieu hospitalier, NDLR), mais aussi le manque d'approvisionnement du matériel. »

En attendant, quelles sont les solutions alternatives mises en place par le Groupe Inovie ?

« Sensure, notre fournisseur chinois, fabrique des écouvillons plus classiques, c'est à dire de diamètres un peu plus gros (plus douloureux pour le patient, NDLR). Nous sommes en phase de tests et si les résultats sont probants, nous passerons commande en quantité. Par ailleurs, nous venons de valider l'achat de 420 000 € de réactifs, payables au comptant. La situation financière est d'autant plus délicate que les biologistes médicaux ont perdu 60 % de leur chiffre d'affaires. »

Une commande d'1 milliard de masques, 5 millions de tests rapides et un objectif de 50 000 tests par jour d'ici fin avril : les mesures annoncées samedi par Edouard Philippe vont-elles dans le bon sens ?

« Nous n'arrivons pas à avoir de renseignements quant à ce mystérieux fournisseur capable de produire aussi rapidement un test de PCR fiable, rapide. Peut-être le laboratoire américain Abbott, mais sa capacité de production ne me paraît pas suffisante. Je suis dubitatif. »

Il a également été question de futurs tests sérologiques très prometteurs...

« La PCR dépiste le virus, la sérologie les anticorps. Dès le 6 avril, nos laboratoires seront équipés de machines capables de traiter jusqu'à 4 000 prélèvements par jour, soit une moyenne de 200 tests à l'heure. Une étude virologique réalisée par les Chinois a démontré que les porteurs sains du virus pouvaient être dépistés par des tests PCR jusqu'au 6e jour, mais jusqu'au 14e jour par des tests sérologiques. Si vous couplez les deux, vous obtenez une sécurité à 98 % en ce qui concerne le diagnostic. »

Quel est votre état d'esprit à ce jour ?

« Je reste confiant dans notre capacité à nous adapter mais il faudra tirer les enseignements de cette crise, notamment ne plus être dépendant d'un seul fournisseur. »

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