Investissements étrangers : "Avec du foncier et un tissu industriel fort, l’Occitanie a une carte à jouer"

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Marie-Thérèse Mercier, directrice du bureau EY Montpellier.
Marie-Thérèse Mercier, directrice du bureau EY Montpellier. (Crédits : DR)
Alors que, selon le baromètre de l’attractivité d’EY, la France est la première destination des investissements étrangers en Europe, l’Occitanie conforte sa 4ème position dans l’Hexagone. Malgré la crise du Covid-19, la région a de nombreux atouts. Entretien avec Marie-Thérèse Mercier*, associée et directrice du bureau EY Montpellier.

C'est une première historique : d'après les résultats du baromètre annuel de l'attractivité publié par EY (audit financier et de conseil), la France serait le pays européen le plus attractif en termes d'investissements étrangers ?

Marie-Thérèse Mercier : « Absolument. Avec 1 197 projets annoncés au cours de l'année 2019, la France a devancé pour la première fois ses compétiteurs historiques, le Royaume-Uni (1 109) et l'Allemagne (971). En captant 18,7 % des investissements étrangers, l'Hexagone enregistre une progression de 17 % par rapport à 2018. »

L'Occitanie, qui arrive en 4e position, derrière l'Ile-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France, fait l'une des plus belles percées avec une progression de 39 %. L'Occitanie se place ainsi devant PACA et la région Aquitaine...

« L'enjeu de l'étude EY n'est pas de faire des classements entre régions, mais bien de mesurer l'attractivité de la France en termes d'investissements étrangers, induisant bien sûr le rôle fort que jouent les Régions pour favoriser cette attractivité. Pour autant, il est important de noter que l'Occitanie, qui totalise 9 % des projets (soit 107, ndlr), est une région particulièrement attractive et dont la percée est remarquable. »

Dans quels domaines en particulier ?

« Globalement, les deux principaux domaines qui attirent les investisseurs étrangers sont la production et la R&D. En Occitanie, les investissements industriels représentent 12 % du total des investissements industriels en France, en progression de 66,7 %. Notre classement des investissements dans les sites dits manufacturiers met d'ailleurs en évidence l'intérêt porté par les investisseurs étrangers pour les bassins industriels historiques. Si la région toulousaine, berceau de l'industrie aéronautique a vu naitre des projets industriels sur des fabricants de moyens de   transport par exemple - CAF, Continental -, en Occitanie Est, les projets ont été  plus diversifiés, avec notamment le secteur de la santé, en plein boom - Zimmer Biomet à Montpellier -, du textile - Asics à Nîmes - ou du digital - Computacenter à Perpignan. »

Alors que les régions connaissaient une forte progression des investissements, quel va être l'impact de la crise actuelle sur les projets annoncés pour 2020 ?

« Aucun pays ne va échapper à un risque de ralentissement des investissements   internationaux. Mais selon notre enquête, 65 % des projets annoncés « avant Covid » devraient être maintenus, 25 % reportés ou fortement revus et 10 % seulement risqueraient d'être annulés. Les projets révisés n'atteindront peut-être pas leurs objectifs de capacité et de recrutements dès 2020 mais on est plus dans une logique de décalage de projets que d'annulations, ce qui est très encourageant pour l'économie. »

Pour autant, la filière aéronautique en difficulté est un poids lourd pour la région...

« Il est clair que la filière va être fortement impactée jusqu'en 2022-2023, d'où l'enjeu du plan d'accompagnement public qui va être mis en place. L'industrie attire les investisseurs pour la compétence des talents et le savoir-faire très spécialisé de ses salariés. Il est primordial de trouver des solutions permettant de conserver ces emplois et de sauvegarder ces compétences afin d'être prêt pour le rebond à moyen terme sur cette filière. »

La crise a également souligné la vulnérabilité industrielle de la France, trop dépendante des fournisseurs étrangers. Un mouvement de relocalisation est-il envisageable en région ?

« Compte tenu de ce qui a pu se dire sur les sujets de souveraineté, on voit bien qu'il y a une volonté de rapprocher les productions stratégiques du consommateur et de régionaliser à grande échelle, dans l'industrie notamment, tout ce qui tourne autour de la supply chain. La concurrence risque d'être féroce entre régions européennes. De grandes plates-formes vont certainement se créer en Europe ou au Maghreb de façon à rapprocher les approvisionnements des consommateurs. Dans cette idée de near-shoring, on peut imaginer que l'Occitanie a une véritable carte à jouer car elle a encore du foncier et un tissu industriel fort. Les relocalisations pourraient se faire par exemple sur le véhicule autonome, les batteries électriques, globalement sur des secteurs où l'innovation apporte de la valeur ajoutée, sur la santé, les énergies. Les difficultés d'approvisionnement de masques et de dispositifs médicaux nous ont ouvert les yeux et susciteront peut-être des velléités d'implantations ou de relocalisations de projets très divers. ll s'agit  en outre d'un véritable défi en terme d'empreinte carbone et de stratégie de sourcing. »

Quels vont être les secteurs offrant les plus belles perspectives de développement en Occitanie ?

« Le digital, la santé, la filière hydrogène notamment. Les entreprises et les pouvoirs publics mènent une politique commune de relance de ces secteurs d'activité et l'Occitanie est clairement positionnée sur les industries 4.0, la santé, l'énergie verte. Par ailleurs, il est clair que les investisseurs internationaux vont donner la priorité à des investissements répondant à de nouvelles exigences en matière environnementale et sociétale. Avec sa politique verte très ambitieuse, la région Occitanie a là encore une belle carte à jouer. »

* Egalement conseillère régionale à la Région Occitanie.

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Commentaires
a écrit le 09/06/2020 à 8:41 :
attention aux investissements étrangers prédateurs: plus d'excuses!

Nous avons des décades de malheureuses expériences.

A quand un fonds souverain pour nos activités industrielles pour toutes nos entreprises indépendantes?
Quelle est la réponse de nos centaines d'experts en économie???????

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