Crise et entreprises : dans l’Hérault, une task-force anti-détresse pour les dirigeants

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Par temps de crise, les acteurs économiques s'inquiètent de la santé des chefs d'entreprises et les incitent à solliciter les dispositifs d'accompagnement qui pourraient les aider à traverser une mauvaise passe.
Par temps de crise, les acteurs économiques s'inquiètent de la santé des chefs d'entreprises et les incitent à solliciter les dispositifs d'accompagnement qui pourraient les aider à traverser une mauvaise passe. (Crédits : DR)
Alors que la crise sanitaire bat son plein, la crise économique n’a pas montré son plein visage puisque les entreprises sont encore sous perfusion de diverses aides. Dans l’Hérault, on prépare déjà la phase d’après, celle des difficultés qui pourraient survenir, pour anticiper le rebond. En question notamment, la détresse des chefs d’entreprises qu’il faut prendre en charge si on veut préserver le tissu économique et l’emploi.

Le président de la CCI Hérault, André Deljarry, le dit et le répète : les chefs d'entreprises trouveront auprès de la chambre consulaire toutes les informations sur les dispositifs d'accompagnement et d'aides auxquels ils peuvent recourir. Ça, c'est pour le fonctionnement de l'entreprise, notamment pour sécuriser sa trésorerie le temps de traverser la crise Covid.

Et pour le moment, globalement, ça tient. Les entreprises ont sollicité les prêts garantis par l'État et profité des reports d'échéances financières en tous genres (fiscales, sociales, bailleurs, etc.). Mais quid de demain quand il va falloir faire face aux remboursements et redémarrer ou accélérer une activité sur des marchés qui auront évolué ?

« Beaucoup d'entreprises ont évité la faillite grâce aux aides de l'Etat, de la Région, de la Métropole et autres collectivités, mais il faut rester vigilants, scande André Deljarry le 9 février. Attention, les problèmes vont arriver. Il faut préparer la suite. La trésorerie des entreprises est éphémère. Or chaque fois que l'on fait de la préparation, on gagne. »

La préparation, ce sont les différents dispositifs de soutien psychologique et d'accompagnement pour les chefs d'entreprises mis en place par la CCI (une cellule d'écoute), le tribunal de commerce de Montpellier, l'APESA (association Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë) récemment créée à Montpellier, et l'observatoire montpelliérain Amarok, dédié à la santé des travailleurs non-salariés.

« Quand on casse la machine »

Objectif commun : prévenir les difficultés en leur offrant les meilleures solutions d'écoute et d'accompagnements dans l'objectif de favoriser leur rebond.

« Nous avons décidé de renforcer nos liens pour accentuer l'accompagnement des entreprises et favoriser leur rebond, assure André Deljarry. Nous essaierons de ne laisser aucun chef d'entreprise sur le bord de la route. Car derrière un dirigeant d'entreprise, il y a des salariés et quand on casse la machine, ce sont des emplois qui sont détruits ! »

C'est donc bien pour anticiper les difficultés à venir que ces opérateurs veulent être prêts à agir.

Pour ça, l'APESA, officiellement créée en octobre dernier à Montpellier, vient de former 35 « sentinelles ».

« Ces sentinelles, ce sont des juges de la prévention, impliqués dans les procédures collectives ou les procédures contentieux, les acteurs qui rencontrent les entrepreneurs comme les administrateurs mandataires judiciaires, les huissiers d'audience ou le greffe du tribunal de commerce, explique Gabriel Culot, juge au tribunal de commerce et président de l'APESA Montpellier. Notre objectif, c'est d'avoir un réseau de capteurs d'informations, d'alerter et d'agir rapidement. Il existe bien un n° Vert mais il n'est pas naturel pour un chef d'entreprise d'aller voir un psy quand il a un problème, donc ça ne suffit pas. Une sentinelle qui a accès à émet une fiche alerte - confidentiellement - sur l'extranet APESA et, avec accord de l'entrepreneur, ce dernier est rappelé dans les 45 minutes par un psychologue du réseau RMA (Ressources Mutuelles Assistance, NDLR). Une vingtaine de psychologues peuvent intervenir localement. »

Gabriel Culot, président de l'APESA Montpellier

Gabriel Culot, président de l'APESA Montpellier.

35 déclenchements d'alerte

A l'observatoire Amarok, le professeur Olivier Torrès scrute depuis longtemps la santé des dirigeants d'entreprises. Avec la crise, son sujet de prédilection trouve un terrain d'observation où les enjeux sont encore plus forts que d'ordinaire...

« On parle de souffrance, de santé, de crise, voire même de suicide, mais le plus important, c'est le rebond, déclare-t-il. Or le combat de demain, ce sera la relance et donc avoir encore la niaque entrepreneuriale. Or quand un chef d'entreprise est en souffrance, il y a un risque de dépôt de bilan. Dans les grands groupes, ça continue de tourner, mais dans les PME, la santé du dirigeant est le premier capital de l'entreprise. Avec le Covid, pour la 1e fois, les chefs d'entreprises sont face à de l'impuissance et coincés. A ce jour, nous avons enregistré 35 déclenchements d'alerte par la cellule d'écoute mise en place par la CCI Hérault, dont huit ont été traités par la psychologue d'Amarok. Et lors de notre première enquête nationale en avril dernier, le taux d'épuisement des chefs d'entreprises est passé de 17,5% à 35%... Pourtant, l'enjeu, c'est bien de préserver le tissu entrepreneurial pour permettre le rebond demain. »

« La réussite d'un rebond passera par un esprit apaisé »

Le Centre d'information sur la prévention des difficultés des entreprises (CIP) de Montpellier existe depuis 2012 dans le département de l'Hérault. Il s'appuie sur un réseau constitué d'experts-comptables, d'avocats et d'anciens juges de commerce mais aussi de commissaires aux comptes et d'huissiers.

Thierry Ducros, el président du CIP, s'inquiète lui aussi d'un manque d'anticipation chez les dirigeants : « Depuis sa création, la plateforme d'accueil a accompagné 400 chefs d'entreprises de l'Hérault, la plupart de petites entreprises puisqu'on est sur une moyenne de 3,6 salariés. En général, nous comptabilisons une cinquantaine de rendez-vous annuels. Or en 2020, nous avons observé une chute vertigineuse des entretiens, avec seulement 16 dirigeants reçus... Aujourd'hui, les entreprises sont sous perfusion mais les dirigeants ne prennent pas assez de recul sur la véritable position économique de leur entreprise. Ils doivent anticiper les difficultés. La réussite d'un rebond ne passera que par un état d'esprit apaisé du dirigeant ».

« Attention, on n'est pas en recherche de dossiers, notre objectif, c'est bien de faire de l'accompagnement humain, de rompre l'isolement », précise André Deljarry.

La présidente du tribunal de commerce de Montpellier, Nadine Baptiste, se veut optimiste : « Nous avons enregistré une baisse de 37% des redressements judiciaires et des liquidations judiciaires en 2020. Mais l'économie est sous perfusion. Il y aura de la casse dans certains secteurs, notamment les plus touchés, mais il y a une réelle capacité de rebond chez les chefs d'entreprises ».

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