Défaillances d’entreprises : le plus grand nombre dans l’Hérault, la plus forte baisse en Ariège

Avec 2.221 défaillances d’entreprises en 2021, l’Occitanie affiche un niveau de défaillances qualifié d’« étonnement bas », en chute de 16,2%. C’est ce que révèle l’étude réalisée chaque année par le cabinet Altarès. Tous les départements de la région et la plupart des secteurs sont concernés par cette baisse des défaillances. Les entreprises plus fragilisées sont les PME de 10 à 49 salariés, notamment dans la construction. Décryptage.
Cécile Chaigneau

6 mn

Avec 2.221 défaillances d’entreprises, le niveau chute de 16,2% en 2021 en Occitanie.
Avec 2.221 défaillances d’entreprises, le niveau chute de 16,2% en 2021 en Occitanie. (Crédits : Altarès)

Sans surprise et comme au niveau national, le nombre de défaillance d'entreprises en région Occitanie est en baisse significative en 2021 : 2.221 entreprises ont été placées en redressement ou en liquidation judiciaire, soit une diminution de 16,2% par rapport à 2020 (2.650), après une baisse de 40% observée en 2020 par rapport à 2019 (4.415). La région semble même avoir mieux résisté que l'ensemble des régions en France puisque la baisse du nombre de défaillance est de - 11,8% au niveau national.

Cette tendance favorable, révélée par l'étude annuelle du cabinet Altarès, témoigne de l'efficacité des aides de l'État tout au long de cette année 2021, elle-même marquée par une reprise économique soutenue. Altarès fait état de « défaillances à leur niveau le plus bas niveau depuis trente ans ».

La région a également enregistré 53 procédures de sauvegarde en 2021, soit une baisse de 43,8% par rapport à 2020 (54, contre 96 en 2019). Au niveau national, la baisse est de 12,5% seulement.

Moins de baisse des défaillances dans le Lot

Les 13 départements de l'Occitanie sont dans le vert, enregistrant pour la plupart une très nette baisse des niveaux de défaillances.

C'est en Lozère que le nombre des défaillances d'entreprises est le plus bas, avec moins de 20 procédures ouvertes, en recul de plus de 29% par rapport à 2020. Et c'est dans l'Ariège que la baisse est la plus marquée avec 46 procédures ouvertes, soit - 31,3%. A l'autre bout du palmarès régional, le Lot où le nombre de défaillances ne diminue que de 2,2% (44 procédures contre 45 en 2020).

C'est l'Hérault qui comptabilise le plus grand nombre de défaillances d'entreprises (578), en recul de 9,8% par rapport à 2020 (641). Il faut toutefois noter qu'on en comptabilisait 1.469 en 2012, niveau le plus haut de la décennie. Quant à la Haute-Garonne, bien loin de ses 1.293 défaillances comptabilisées en 2014 (niveau le plus élevé de la décennie), elle tombe sous le seuil des 500 procédures avec 465 en 2021, soit une baisse de 15,8%.

Les défaillances sont en recul de 15% dans le département des Pyrénées-Orientales : 232 procédures ouvertes alors qu'elles étaient montées à 687 en 2013. Quant au Gard, qui comptait plus de 800 défaillances en 2014, il en enregistre 285 en 2021 (- 23%). Le nombre de procédures diminue de 10,3% Tarn-et-Garonne (104, jusqu'à 299 en 2014), et de 18,1% dans le Tarn (113, jusqu'à 360 en 2013), et de 20,4% dans l'Aude (113, jusqu'à 418 en 2012).

L'Aveyron enregistre moins de 60 défauts, en recul de 21,6 %, le Gers 71 défaillances, en recul de 10,1%, et les Hautes-Pyrénées 73 défaillances, en recul de 27,7%.

Même si les TPE occitanes enregistrent une baisse de 17% du nombre de défaillances en 2021, l'étude d'Altarès indique que ce sont elle qui, en Occitanie, font l'essentiel des défaillances (94%).

 « En revanche, si les employeurs d'au moins 50 salariés ont été peu nombreux à passer en jugement en 2021 - moins d'une dizaine contre près d'une vingtaine en 2020 -, ceux de 10 à 49 salariés enregistrent la sinistralité la plus marquée, pointe l'étude. 121 de ces entreprises ont fait défaut contre 106 un an plus tôt. Le tiers d'entre elles se situent dans la construction. »

Vigilance sur le bâtiment

Le secteur du bâtiment est un point de vigilance en Occitanie : « En 2020, en Occitanie, le bâtiment représentait moins d'une cessation de paiement sur cinq. Désormais, c'est près d'une sur quatre. Le secteur pèse donc sensiblement sur la tendance globale de l'économie régionale. En 2021, 514 entreprises du bâtiment ont été placées en redressement ou en liquidation judiciaire, c'est 1,8% de plus qu'en 2020. La dégradation est forte en gros œuvre dans les travaux de maçonnerie générale (+8 %). Le second œuvre reste dans le vert (-9 %) ».

De même, l'industrie manufacturière, qui avait atteint un niveau de défaillances très bas en 2020, voit leur nombre remonter rapidement en 2021 (+22 %). C'est aussi le cas dans le secteur de l'information et de la communication, avec 59 procédures (+ 9,3%).

Les ouvertures de procédures collectives dans les transports routiers de marchandises sont en hausse de 2,5%, « le fret interurbain étant un peu plus à la peine que le fret de proximité ».

Plusieurs secteurs, en revanche, résistent bien : « La restauration a subi de nombreuses contraintes de fermetures administratives mais, grâce aux aides de l'État, le secteur a bien résisté. Le nombre des défaillances recule donc encore fortement (- 40,6%), aussi bien dans la restauration traditionnelle que dans la restauration rapide. Il en va de même pour les débits de boisson (- 61,6%) ».

C'est aussi le cas du commerce de détail où le nombre de procédures de défaillances baisse de 23,7 %, en particulier dans le prêt -à-porter (- 44%). La situation reste toutefois tendue pour la vente de véhicules automobiles qui voit son niveau de défaillances stagner (109 procédures, comme en 2020, contre 223 en 2019).

Dans les services à la personne, les tendances sont bonnes pour les coiffeurs et soins de beauté (- 15,6%), et « dans les services aux entreprises (- 6,4%), la sinistralité se stabilise dans les activités de nettoyage courant des bâtiments et celles d'ingénierie ».

Enfin dans l'agriculture, les défaillances baissent de 14,6% en 2021 (88 contre 103 en 2020 et 149 en 2019).

Inquiétudes sur 2022

Même si le gouvernement a réagi rapidement pour soutenir le tissu économique pour passer le cap de la vague Omicron, les incertitudes persistent, le risque n'a pas disparu. Le débranchement progressif des aides, les difficultés d'approvisionnement en matières premières et l'envolée des prix menacent de fragiliser les trésoreries des entreprises.

« La fin de l'année 2021, marquée par l'arrivée brutale d'une nouvelle vague épidémique, a conduit à l'adoption de nouvelles restrictions en ce début d'année 2022, une situation qui ravive un fort sentiment d'incertitude chez les entrepreneurs, analyse Thierry Million, directeur des études chez Altarès. La fin du "quoi qu'il en coûte", annoncée en août 2021, pourrait être véritablement actée cette année si le contexte sanitaire le permet. En parallèle, la vigueur de l'inflation pourrait amputer sévèrement le pouvoir d'achat et peser sur la consommation des ménages. Aussi, si rien à ce stade ne permet de redouter une explosion du nombre de procédures collectives, nous devons raisonnablement envisager une remontée des défauts à partir de 2022. »

* Les statistiques Altares de défaillances d'entreprises comptabilisent l'ensemble des entités légales disposant d'un numéro SIREN (entreprises individuelles, professions libérales, sociétés, associations) ayant fait l'objet d'un jugement d'ouverture de procédure prononcé par un tribunal de commerce ou judiciaire.

Cécile Chaigneau

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