« N’ayez pas peur de nous ! » : ce que disent le tribunal de commerce ou la Banque de France aux startups héraultaises

La French Tech Méditerranée invite les startups héraultaises à se rapprocher des administrations publiques à même de leur apporter, sans attendre, un judicieux conseil en cas de problème financier, fiscal ou administratif. Le tribunal de commerce de Montpellier, la Banque de France de l’Hérault ou la direction départementale des finances publiques tentent de se débarrasser de leur réputation négative au profit de leur capacité d’accompagnement…
Cécile Chaigneau

5 mn

Le tribunal de commerce fait peur car il est volontiers assimilé à la faillite des entreprises, alors qu'il a également un véritable rôle sur la prévention des difficultés des entreprises.
Le tribunal de commerce fait peur car il est volontiers assimilé à la faillite des entreprises, alors qu'il a également un véritable rôle sur la prévention des difficultés des entreprises. (Crédits : DR)

Etre une startup qui démarre sa vie d'entreprise n'exclut pas de se trouver rapidement confrontée si ce n'est à des difficultés, au moins à des questions administratives, financières ou fiscales. Et puisqu'une entreprise avertie en vaut deux, pourrait dire le proverbe, la mission French Tech a développé le programme French Tech Central, qui vise à créer du lien entre les startups et les acteurs publics dans l'objectif de raccourcir les temps de prises en charge par l'administration publique sur des thématiques variées (RH, financement de l'innovation ou de la R&D, de la croissance, sécurité, propriété intellectuelle, etc.).

C'est dans le cadre de ce programme que la French Tech Méditerranée organisait une rencontre, le 18 mai, entre les startups et le tribunal de commerce, la Banque de France ou la direction générale des finances publiques (DGFIP). Car ces acteurs publics jouent aussi un rôle de prévention et d'accompagnement et pas seulement un rôle, qui leur colle plus volontiers à la peau, de répression et de curation.

Oser parler d'échec

« J'aime à rappeler cette phrase de Winston Churchill : "Le succès, c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme", souligne en préambule Thomas Fraisse, COP et cofondateur de l'entreprise Lytn, pilote du programme French Tech Central à Montpellier. L'échec fait partie de la vie de l'entreprise, et il est important de ne pas répéter des erreurs et d'anticiper au mieux les risques qui pèsent sur l'entreprise... Il faut oser parler de l'échec, changer l'image de certaines institutions et ne pas avoir peur de s'adresser à elles en cas de problème avant qu'il ne soit trop tard. »

C'est bien tout le propos de Nadine Baptiste, présidente du tribunal de commerce de Montpellier : « Le tribunal de commerce fait peur car on l'assimile uniquement à la faillite de l'entreprise ! Or les procédures de sauvegarde et les redressements judiciaires ne représentent qu'un petit pan de notre activité (800 dossiers de contentieux par an, NDLR) . Le tribunal compte 44 juges bénévoles, tous issus du monde de l'entreprise et donc à même de comprendre vos problèmes. Le tribunal a un rôle important sur la prévention des difficultés des entreprises : il existe une cellule de cinq juges qui reçoit tous les vendredis matins sur rendez-vous. Les entreprises ont peur de pousser la porte du tribunal de commerce, alors qu'on est là pour écouter. Il faut dépasser ce barrage, n'attendez pas d'être en situation de cessation de paiement... ».

Prévention, dès la naissance de l'entreprise

« Nous aussi, on fait peur aux entrepreneurs, mais nous avons pourtant également un rôle de conseil, ajoute Céline Herbepin, directrice du Pôle Contrôle-Recouvrement-Contentieux à la DDFIP de l'Hérault. Attention, dès le départ, à bien définir la forme de votre entreprise ou votre régime fiscal. Notre service d'accompagnement fiscal personnalisé des PME peut vous aider. Vous avez accès à un compte fiscal professionnel qui permet d'échanger avec nous... Et si un client ne paie pas, par exemple, il faut d'abord nous prévenir du problème et faire une demande de délais de paiement, qu'on accorde assez facilement sur des délais raisonnables, afin d'éviter de laisser la dette croître. Et c'est la même chose avec l'Urssaf. »

A la Banque de France, Pascal Tachon, directeur départemental de l'Hérault, souligne que la vénérable institution peut se prévaloir d'une expertise forte des entreprises, notamment en raison des cotations qu'elle leur appose (sur leur capacité à honorer leurs engagements financiers) : « Ça vous semble peut-être loin de vos préoccupation mais la Banque de France exerce des missions d'accompagnement des entreprises sur les risques financiers. Et la prévention des risques s'anticipe à tel point qu'elle doit prendre naissance à la création de l'entreprise. Il y a, selon moi, deux obligations pour avoir des fondations solides : avoir un business plan crédible et ne pas rester seul pour mieux identifier vos risques, vos faiblesses. Ce qui vous permettra de savoir déclencher les bons niveaux d'accompagnement au bon moment en cas de problème ».

« Le dialogue, le dialogue ! »

A quoi les startups doivent-elles veiller ?

« Les indicateurs d'alerte chez les startups sont moins l'analyse de la rentabilité que celle de la trésorerie et de la capacité de la startup à brûler du cash, répond Pascal Tachon. Dans l'attitude, ce qui compte, c'est le message que vous faites passer et la transparence : dire ce qu'on va faire et le faire, et votre analyse d'écart. Ne pas attendre d'être dans le dur pour agir ! Contactez-nous sans crainte ! Un correspondant startups de la Banque de France viendra régulièrement au BIC (Business Innovation Center, NDLR). »

Enfin, quelle relation les startups peuvent-elles entretenir avec les banques ? Boris Faitg dirige l'agence Sud Accompagnement chez Banque Populaire du Sud, une structure nouvelle dédiée à l'accompagnement des entreprises en difficulté : « Nous venons en appui des agences de réseau. S'il y a nécessité d'intervenir, nous rencontrons le dirigeant pour trouver des solutions. Nous avons la capacité à prendre des décisions rapides sur de nouveaux financements ou l'aménagement de crédit. Ce qui peut éviter d'aller au tribunal de commerce. Nous pouvons aussi accompagner l'entreprise en cas de procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire ».

« Le dialogue, le dialogue, le dialogue !, préconise-t-il en conclusion. Le banquier est souvent votre meilleur ami... »

Cécile Chaigneau

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