Drones : le Languedoc-Roussillon à l'assaut des vignes

 |   |  808  mots
Un drone de la société Exametrics survole le vignoble bordelais
Un drone de la société Exametrics survole le vignoble bordelais (Crédits : ©DR)
Alors que les survols suspects de centrales nucléaires par des drones font l’actualité, le Languedoc-Roussillon bourdonne dans le vignoble français. Particulièrement innovante, la région a fait de ces engins télépilotés de nouveaux alliés au service de la vigne et du vin. Ils sont en vedette au salon Dionysud, du 4 au 6 novembre à Béziers.

Les images satellitaires et maintenant les drones, dernière technologie tendance pour les propriétés viticoles du Bordelais, de la Champagne et du Languedoc ? Si l'idée n'est pas neuve (elle a d'abord été appliquée à l'agriculture dans les années 90), la région garde un vol d'avance sur ces nouvelles technologies (images satellites, vues aériennes effectuées ou pas par des drones, etc.) qui, appliquées à la viticulture, donnent des indications précises sur l'état du couvert végétatif ou encore des maladies et peuvent s'avérer un outil d'aide à la décision précieux pour le vigneron.

« L'intérêt est multiple, il permet d'avoir une connaissance de son vignoble à un instant T en identifiant des zones à problèmes sur des thématiques liées au sol (stress hydrique), à l'état sanitaire de la vigne (détection des maladies de type flavescence dorée), à la conduite du vignoble (sélection parcellaire), aux besoins en fertilisation, etc., détaille Bruno Tisseyre, maître de conférence à SupAgro Montpellier.

Bien qu'il soit difficile d'analyser la rentabilité de ces technologies appliquées à la viticulture, les faits parlent d'eux-mêmes : en Australie, en Espagne, en Californie, les grands vignobles les ont massivement adoptées. « C'est le début d'une explosion qui va révéler des acteurs régionaux très actifs et innovants dans ce domaine de la viticulture de précision », assure ce spécialiste.

Des drones dans le Bordelais

Il en va ainsi de la société de drones Exametrics, basée à Rivesaltes (66). Fondée en octobre 2012, la start-up a signé en février dernier un contrat sur plusieurs années avec château Pape Clément, grand cru classé de Graves et propriété des vignobles Bernard Magrez. « L'homme aux 40 châteaux » comme on l'appelle, est le premier à avoir acquis son propre drone, « Vers l'excellence ».

« Depuis l'été, nous réalisons pour ses quatre grands crus en appellation classée Bordeaux, de l'analyse de données à partir des images collectées par le drone que nous croisons avec des données satellitaires et météo. Puis nous les restituons sous la forme d'informations précises », explique Henri Borreill, co-fondateur d'Exametrics avec Christophe Puerto.

La carte infrarouge ainsi interprétée aidera le magnat bordelais à programmer des vendanges décalées dans le temps, en fonction de la maturité des raisins des différentes parcelles, pour une optimisation accrue de la qualité de ses crus.

Oenoview®, 500 ha analysés en 8 secondes

Moins contraignants et plus précis, les drones ne supplantent pas pour autant les autres technologies. « L'intérêt du drone, c'est sa souplesse : on peut déclencher des vols quand on veut, le drone distingue les pixels entre les feuilles de vignes et l'herbe, ce que ne fait pas le satellite », fait valoir Henri Borreill. Mais le drone ne peut pas « acquérir en 8 secondes des données satellites sur un vignoble de 500 ha et les interpréter en dix jours », objecte Jacques Rousseau, responsable des services viticoles chez ICV. Basé à Lattes, l'Institut coopératif du vin associé à Infoterra (filiale d'Airbus, ex-Astrium), qui fournit ce service de cartographie très spécialisé depuis 2009, a traité sur la campagne 2014 jusqu'à 5000 ha de vignes. Baptisé Oenoview®, le système mis au point à partir de 2007 sur le site expérimental de Pech-Rouge en partenariat avec les vignerons de la cave coopérative de Mont Tauch (Fitou), permet de faire de la sélection parcellaire entre zones présentant des qualités de raisins différentes et ainsi pratiquer des vendanges sectorielles. Coût de l'opération : entre 50 et 60 € l'hectare. Les premiers clients sont dans le Bordelais, le Gers, la vallée du Rhône, le Maroc et la Tunisie.

Fruition Sciences à la conquête de la Nappa Valley

Une autre entreprise régionale vend sa technologie à l'international : Fruition Sciences créée en 2009 conjointement à Montpellier et en Californie, qui propose d'améliorer la qualité du vignoble en quantifiant le déficit hydrique de la vigne via des capteurs placés sur la souche. Ils mesurent l'état hydrique de la plante grâce au flux de sève. Ces données, transmises par liaison sans fil à un serveur, sont ensuite combinées à d'autres pour être interprétées. Et en la matière, toutes les technologies profitent à Fruition Science.

« On a décidé d'être complètement agnostique. On collecte toutes les données existantes (capteurs embarqués, drones, images satellitaires, etc.) pour concentrer notre cœur de métier sur l'analyse de données », explique Sébastien Payen, cofondateur avec Thibault Scholasch de cette entreprise qui compte déjà 80 clients en Californie et une trentaine en Languedoc-Roussillon.

La viticulture de précision au salon Dionysud : mercredi 5 novembre sur le salon Dionysud, au parc des expositions de Béziers. Atelier animé par Bruno Tisseyre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/11/2014 à 18:57 :
Dommage que ce soit DRONEWORKS béziers qui était présent sur le salon !
Ca c est de l article...lol

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :