Viticulture : nouveau bilan des ravages causés par la canicule

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Dans l'Hérault, on dénombre 7 800 ha impactés de 20% à 100% à cette heure
Dans l'Hérault, on dénombre 7 800 ha impactés de 20% à 100% à cette heure (Crédits : Christine Juillet)
Les températures caniculaires du 29 juin, conjuguées à un vent brûlant venu du Sahara, ont provoqué des dégâts très impressionnants sur le vignoble gardois et héraultais. Alors qu'un nouveau bilan vient d'être établi, l’inquiétude des viticulteurs grandit face à cette succession de catastrophes climatiques.

C'est du jamais vu : des feuilles brûlées comme passées au chalumeau, des raisins carbonisés... Les températures extrêmes auxquelles ont été soumis les vignobles gardois et héraultais ont été dévastatrices pour la future récolte.

10 000 ha impactés dans l'Hérault

Dans l'Hérault, cet épisode a touché de façon très inégale l'ensemble du département. C'est sur le grand est que les températures sous abri ont atteint des records à plus de 44°C. Dans le centre, la vallée de l'Hérault et le Faugérois, le thermomètre est monté jusqu'à 42°C. À l'ouest, il s'est établi entre 34 et 42 °C.

"La cartographie des dégâts est très fortement corrélée à celle des températures. Certains facteurs comme le vent très chaud qui a soufflé au moment du pic de chaleur ou les traitements au soufre juste avant ces fortes chaleurs ont aggravé les dégâts. À l'inverse, les vignes irriguées ont semble-t-il mieux résisté", indique Jérôme Despey, président de la Chambre d'Agriculture de l'Hérault.

Le premier recensement réalisé par la chambre consulaire fait état de 7 800 ha impactés de 20% à 100% avec une projection estimée à 10 000 ha lorsque tous les sinistrés se seront fait connaître.

Un phénomène totalement inédit

Dans le Gard, c'est le sud du département, où ont été relevés les records de température à 46°C, qui est le plus touché.

"Les dégâts sont concentrés au sud d'une ligne Sommières-Avignon. Nous avons recensé environ 2500 ha impactés de 20 à 80 % essentiellement en viticulture", indique le directeur Stéphane Allard.

Il y aura un impact sur le volume de la récolte des deux départements, mais à ce jour, personne ne s'avance pour donner des chiffres tant le phénomène est inédit. Jamais de mémoire de viticulteur, on a connu de tels dégâts suite à un coup de chaud.

"L'échaudage l'été, on connaît, mais des feuilles et des raisins brûlés à cette époque et sur une telle surface, c'est totalement inédit", affirme Jérôme Despey.

Le carignan particulièrement touché

La précocité de ces chaleurs explique sans doute en partie l'intensité des dégâts. Après un printemps plutôt froid, le stade végétatif de la vigne était peu avancé, les raisins tout juste formés sont sans doute plus fragiles qu'au mois d'août quand ils approchent de la maturité.

Cet épisode caniculaire survient alors que la viticulture régionale a déjà été fragilisée par plusieurs années de petites récoltes : sécheresse en 2016, gel et sécheresse en 2017, pression inédite du mildiou en 2018. La cave des Vignerons d'Héraclès a subi coup sur coup cette année le gel puis l'échaudage. "On avait déjà perdu 20% de notre récolte suite au gel début avril. La canicule vient encore de nous raboter environ 30%", se désole le président Jean-Fred Coste.

La viticulture régionale menacée

"Il n'est plus possible de faire une récolte normale. Nos viticulteurs sont découragés et sont en train de baisser les bras", s'alarme de son côté Philippe Coste, président de la cave d'Hérépian dans l'Hérault. Au-delà des dégâts et de leurs conséquences économiques, cet épisode caniculaire, qui a frappé les esprits, pose la question de l'avenir de la viticulture dans la région.

Une inquiétude clairement exprimée par Catherine Bernard, vigneronne héraultaise, qui a rapidement fait le buzz avec son cri d'alarme, posté sur son blog.

"Ce qui s'est produit ce vendredi 29 juin dans les vignes du Midi, est un avertissement, un carton rouge. Ce n'est pas seulement les conséquences d'un phénomène caniculaire isolé doublé d'un vent brûlant, mais la résultante de trois années successives de stress hydrique causé par des chaleurs intenses et de longues périodes de sécheresse qui, année après année, ont affaibli les vignes. C'est aussi la résultante d'un demi-siècle de pratiques anagronomiques ... Ce que les vignes disent, c'est que notre civilisation elle-même est menacée".

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Commentaires
a écrit le 12/07/2019 à 7:37 :
Comme le resume très bien le titre d'un documentaire : "nos enfants nous accuseront "
Comme les viticulteurs bordelais, il va falloir changer de stratégie en associant plusieurs pratiques à savoir mettre des cépages plus résistants,pratiquer l'agroforesterie ,planter d'avantage en altitude,...
D'ailleurs il est trop tard pour être pessimiste (N.Hulot ).

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