Fruits et légumes : la plate-forme Saint-Charles International s’adapte à la crise du Covid-19

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La plate-forme Saint-Charles International, à Perpignan, est l'un des principaux maillons de la chaîne d'import-export de fruits et légumes en Europe.
La plate-forme Saint-Charles International, à Perpignan, est l'un des principaux maillons de la chaîne d'import-export de fruits et légumes en Europe. (Crédits : Perpignan Méditerranée)
Principal maillon de la chaîne d'import et d'export de fruits et légumes entre le sud et le nord de l'Europe, la plate-forme Saint-Charles International, à Perpignan, s’organise pour assurer, malgré les conditions dégradées, le transit de produits de première nécessité durant la crise du Covid-19. Entretien avec Cyril Gornes, le directeur général des services de la plate-forme.

Quels sont les volumes de fruits et légumes qui transitent habituellement par la plate-forme Saint-Charles International ? Combien d'entreprises et de salariés travaillent sur le site ?

« La plate-forme voit transiter 1,768 million de tonnes de fruits et légumes par an, dont 1,15 million de tonnes en provenance d'Espagne et 450 000 tonnes du Maroc, mais aussi de tout le Maghreb, de l'Afrique du sud, d'Italie, et de la France dont les Pyrénées-Orientales. Cette marchandise part ensuite approvisionner pour 60 % le marché national français et pour 40 % les marchés européens dont l'Allemagne, la Suisse ou l'Italie. Sur le site, 150 entreprises de commerce, transport et logistique sont installées, soit 2 200 personnes qui y travaillent. Nous sommes le premier maillon de la chaîne, les produits étant ensuite achetés par des grossistes, qui revendront à la grande distribution, à de petits détaillants, à la restauration collective ou aux hôtels-restaurants. »

Comment la crise du Covid-19 affecte-t-elle la plate-forme ?

« La crise a d'abord touché l'Italie. Comme c'est un marché export sur lequel on travaille beaucoup, on reçoit des chauffeurs italiens. Ça a donc été les premiers impacts. Du coup, nous avons mis en place des protocoles sur la plate-forme dès février, et organisé une task-force avec la Direccte ou l'Agence régionale de santé, avec des mesures de sécurité pour l'accueil des chauffeurs et pour le chargement et le déchargement des marchandises. Nous avions des stocks de masques et de solution hydroalcoolique. Par ailleurs, il faut préciser que les entreprises de l'agroalimentaires sont habituées à respecter des normes.... Aujourd'hui, nous sommes touchés par deux choses : des problèmes pour assurer les récoltes et des difficultés logistiques en Espagne, certains chauffeurs refusant de traverser l'Espagne. Autre difficulté majeure : la difficulté pour les transporteurs du retour à vide de leurs camions. Sur les flux Sud-Nord, les camions sont pleins de fruits et légumes, et jusqu'alors, les flux Nord-Sud se faisaient avec des matériaux de l'industrie ou du commerce. Mais aujourd'hui, avec les mesures de confinement et l'arrêt des activités non essentielles, plus rien ne transite. Résultat : le coût de transport à la montée est plus important car le transporteur tient compte du retour à vide. Ça représente 20 à 50 % d'augmentation, et tôt ou tard ça se retrouvera sur le prix des fruits et légumes chez le consommateur. »

Depuis le 25 mars, les marchés alimentaires de plein vent sont interdits, sauf dérogation. Cela a-t-il un impact pour la plate-forme ?

« C'est une partie de notre clientèle donc nous sommes impactés. Saint-Charles est une plate-forme de régulation des flux, donc s'il y a moins de demande car pas de débouchés, on fait rentrer moins de marchandises. Ensuite se posera la question des stocks périssables et comment les valoriser... La Banque alimentaire et les associations ne prennent plus de marchandises car elles sont saturées. »

Le chiffre d'affaires de la plate-forme va se trouver affecté par la crise actuelle. Comment gérez-vous ce problème ?

« Le souci, c'est de contenir les charges d'exploitation à la bonne limite. Comme il n'y a plus de marchés en face, cela justifie une activité partielle, l'organisation de rotation d'équipes qui ne se croisent pas par sécurité, et moins de monde dans les bureaux. Les dispositifs du gouvernement ont été activés et aujourd'hui, seule la moitié des effectifs travaillent dans les entreprises de la plate-forme. »

Y-a-t-il des inquiétudes à avoir sur les approvisionnements ?

« Non, pour le moment, ça fonctionne mais nous avons alerté l'État sur le fret retour manquant, et nous leur avons demandé de le prendre à sa charge. Nous n'avons pas encore eu de réponse. »

Les entreprises de la plate-forme sont-elles inquiètes ?

« On se sent le devoir de continuer dans nos missions pour approvisionner les magasins. Les entreprises assurent le plan de continuité de l'activité, nous travaillons 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Nous délivrons un message rassurant mais il y a ce point de vigilance sur ce déséquilibre des flux nord-sud. »

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