Taxe US : nouveau coup de massue pour les vins d'Occitanie

 |  | 784 mots
Lecture 4 min.
Les vins régionaux sont menacés par un alourdissement de la taxe US sur les vins français depuis le 12 janvier 2021.
Les vins régionaux sont menacés par un alourdissement de la taxe US sur les vins français depuis le 12 janvier 2021. (Crédits : CIVL)
ENQUÊTE (1/2) - Déjà fragilisées par la crise sanitaire et la taxe sur les vins français en place depuis octobre 2019, les exportations de vins d’Occitanie vers les États-Unis sont encore plus menacées cette année avec l’alourdissement de cette taxe qui a été étendue, en janvier 2021, aux vins de plus de 14% d’alcool par volume et aux vins en vrac.

Les nuages s'accumulent pour les exportateurs de vins régionaux... Alors que la crise sanitaire a déjà bien plombé les ventes à l'export, l'annonce en tout début d'année du renforcement de la taxe sur les vins français vendus aux États-Unis est un nouveau coup dur pour la filière viticole régionale.

« C'est une catastrophe, déplore Miren de Lorgeril, la présidente du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL). Depuis octobre 2019, les vins français de moins de 14% vol. (d'alcool par volume, NDLR) sont taxés de 25% à leur entrée sur le territoire américain. Cette sanction conjuguée à la crise sanitaire marque un coup d'arrêt à la dynamique de nos exportations outre-Atlantique, qui étaient en progression constante sur les quatre dernières années. L'extension de cette taxe aux vins de plus de 14%, qui représentent une bonne partie des volumes que nous expédions là-bas, est un nouveau coup de massue pour la filière. Le marché américain est un marché très coûteux mais générateur de marges. Nous y avions beaucoup investi ces dernières années. Tous ces efforts sont anéantis par ces sanctions injustes. Une fois encore, le vin français est pris pour cible dans un conflit auquel il est totalement étranger. »

« Les obstacles s'accumulent »

Au syndicat des Côtes de Gascogne, le directeur Alain Desprat est tout autant inquiet : « Nos vins sont légers en alcool (11,5% vol., ndlr) et sont donc taxés depuis l'instauration de cette taxe. Mais certaines entreprises passaient entre les mailles du filet en expédiant des vins en vrac, qui n'étaient pas taxés. Depuis le 12 janvier, ce n'est plus le cas. Qui plus est, nous avons beaucoup de nos adhérents qui sont producteurs d'Armagnac, un produit également sous le coup de cette sanction depuis le 12 janvier. Les obstacles s'accumulent à l'entrée du marché américain ».

Aux Domaines Paul Mas, Jean-Claude Mas, qui expédie essentiellement des vins à plus de 14% vol., a pour le moment réussi à défendre son chiffre d'affaires aux États-Unis, mais il s'inquiète de la stigmatisation des vins français.

« Les importateurs ne veulent pas s'embêter : s'il devient trop compliqué et moins rentable de travailler avec la France, ils s'approvisionneront au Chili en Italie ou ailleurs, craint-il. On risque de prendre cher. »

« Que l'Europe nous restitue les taxes sur les produits américains »

Pour le vigneron audois Gérard Bertrand, qui avec 7 millions de cols vendus sur le marché américain, est la première marque de vins français aux États-Unis, l'impact sera colossal.

« La taxe mise en place en octobre ne s'appliquait que sur 30% de nos vins, et son extension aux vins de plus de 14% vol. change la donne puisque ce sont 95% de nos volumes qui sont désormais concernés, plaide-t-il. La viticulture française est prise en otage, au sein d'une guerre commerciale qui ne la concerne pas. C'est d'autant plus inadmissible que nos voisins espagnols et italiens ne sont pas soumis à cette mesure et profitent de cette concurrence intra-communautaire. »

Le viticulteur pointe des mesures d'accompagnement insuffisantes et suggère quelques pistes qui pourraient compenser les pertes subies : « Les aides que nous propose le gouvernement, qui sont celles instaurées dans le cadre de la crise sanitaire, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Nous avons besoin d'un fonds de compensation pour que nous puissions continuer à investir et défendre nos positions sur ce marché stratégique. Et c'est maintenant que nous en avons besoin. Depuis novembre, l'Union européenne taxe certains produits en provenance des USA comme l'aéronautique - +15 % - et certains biens agricoles comme les eaux-de-vie de vin, vermouths, vodkas, rhums... Le produit de ces taxes doit revenir à la filière viticole française ».

Fort repli des exportations régionales aux USA en 2020

La taxe dans première mouture, conjuguée à la crise sanitaire, a déjà fortement dégradé les performances des vins régionaux sur le marché américain. Sur les onze premiers mois de 2020, les expéditions d'AOC du Languedoc vers les États-Unis ont plongé de 22% en volume et de 32% en valeur.

L'IGP Oc souffre, elle aussi, avec un recul de 14,6% en volume et de 20% en valeur, tout comme les vins du Sud-Ouest (- 13% en volume, - 20% en valeur).

Le durcissement des sanctions depuis le 12 janvier ne peut qu'aggraver cette tendance baissière. A moins qu'une solution soit trouvée dans le bras de fer commercial qui oppose de longue date l'Europe et les États-Unis sur l'aéronautique.

Le 17 janvier, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a suggéré un moratoire sur cette question. Une lueur d'espoir pour les viticulteurs ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/02/2021 à 13:44 :
C'est vrai qu'à prix égal en boutique les vins d'occitanie face aux vins californiens ne tiennent pas la marée.
Dans les pays de la Loire, ils sont d'abord moins chers de base et différents, pas d'équivalence, après c'est le consommateur qui choisit, quand on aime//////
On pourrait s'adapter aux pays de l'est, mais il aiment les vins rouges doux ou demi-secs, alors qu'en France on n'a jamais su faire que des rouges secs n'ayant pas converti la gente féminine, le gros rouge est un vin de mecs!
On ne voit plus de rouges à 10/11° c'est un signe, 13/14 c'est le bout de la fermentation.
a écrit le 03/02/2021 à 8:51 :
Et le sauveur du monde qu'est Biden n'a pas mit un terme à cette politique protectioniste donc ? Etrange hein...

Ensuite franchement ce ne sont pas les vins de plus de 14° les plus interessant gustativement hein, d'ailleurs c'est à 15° me semble t'il qu'on les qualifie de vins cuits, entre ses taux d'alcool toujours proches de 15° et ses produits chimiques industriels le côté du rhône par exemple est devenu tout simplement imbuvable.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :