Taxe US sur les vins : comment les producteurs d’Occitanie accusent le coup

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Joël Julien, directeur de la cave coopérative des Costières de Pomerols, dans l'Hérault.
Joël Julien, directeur de la cave coopérative des Costières de Pomerols, dans l'Hérault. (Crédits : DR)
ENQUÊTE (2/2) - Le renforcement de la taxe sur les vins français exportés aux États-Unis est un sale coup porté à la filière viticole régionale. Pour continuer à exporter sur ce marché porteur, les vignerons régionaux sont contraints de rogner sur leurs marges. Témoignages.

Les exportateurs de vins régionaux vers les États-Unis font grise mine. La crise sanitaire et l'instauration en octobre 2019 d'une taxe de 25% sur les vins français à leur entrée sur le territoire américain ont déjà plombé les ventes en 2020.

L'annonce, en toute fin 2020, de l'élargissement de cette taxe aux vins de plus de 14% vol. et aux vins en vrac, qui en étaient jusqu'ici exemptés, est un coup dur pour ceux qui espéraient passer à travers les mailles du filet.

« Les commandes arrivent au compte-goutte »

Dans l'Hérault, à la cave coopérative des Costières de Pomerols, le directeur Joël Julien avait élaboré spécialement pour le marché américain, un Picpoul titrant plus de 14% vol.

« Techniquement, ce n'est pas facile, confie-t-il. Il faut obtenir un bon équilibre alcool/acidité pour conserver notre typicité. Nous étions contents d'avoir réussi à proposer un assemblage qui a plu à notre importateur. Ces efforts auront été vains, nous n'échapperons pas à cette taxe. Nous allons certainement prendre en charge une partie de cette nouvelle fiscalité pour limiter la baisse de nos ventes. Les USA sont notre deuxième marché export derrière le Royaume-Uni. Nous y expédions l'équivalent de 700.000 bouteilles par an. »

Le domaine Lafage, dans les Pyrénées Orientales, est touché de plein fouet. Son directeur commercial Ramuntxo Andonegui explique l'impact sur son activité : « Les USA sont notre premier marché export. Nous y réalisons 25% de notre chiffre d'affaires. En deux ans, nos ventes ont reculé de 40%, chutant à 800.000 cols en 2020. Et 2021 ne s'annonce pas mieux pour le moment. Depuis le début de l'année, les commandes arrivent au compte-goutte. Suite à l'élection de Joe Biden, nos importateurs sont dans l'expectative d'une levée de cette mesure de rétorsion ».

« C'est comme si je demandais à mon voisin de payer mes impôts »

Au Château du Cèdre à Vire-sur-Lot, en AOC Cahors, le cumul de la crise sanitaire et de la taxe a eu des répercussions immédiates sur les ventes aux États-Unis.

« Nous sommes en recul de 50% sur ce marché qui, avec le Canada et le Royaume-Uni, représente plus de la moitié de nos ventes à l'export, indique Pascal Verhaeghe, propriétaire du domaine. Nous avons de gros marchés dans la restauration, nous avons donc été fortement pénalisés par le Covid. Pour limiter l'impact de la taxe sur le prix de vente consommateur, nous avons négocié avec nos importateurs et accepté de rogner nos marges. Nous n'avons pas pu échapper à cette taxe avec des vins à plus de 14% vol. car nous nous attachons justement à produire des vins équilibrés qui titrent entre 13 et 13,5% vol. Cette taxe est une grande injustice. C'est comme si je demandais à mon voisin de payer mes impôts ! »

A Fronton (31), le domaine Le Roc n'a pas été trop impacté par la première taxe car la majorité de ses vins titrent plus de 14% vol. Mais en début d'année, le domaine devait faire partir un conteneur de 12.000 cols, commandé avant que la taxe ne soit élargie aux vins de plus de 14% vol.

« Nous n'avons pas voulu renoncer à cette belle commande, témoigne Anne Ribes, aux commandes du domaine avec son cousin. Nous avons discuté avec notre importateur et chacun a fait des efforts et renoncé à une partie de ses marges. Nous espérons que ce ne sera que temporaire, car les USA sont devenus un gros marché pour nous depuis deux ans. Nous suscitons de l'intérêt avec notre Négrette, un cépage très particulier. Nos importateurs ont l'air optimistes sur le fait que cette taxe soit bientôt levée. »

L'espoir Biden

La taxe américaine sur les vins français est une mesure de représailles dans le conflit qui oppose de longue date les États-Unis et l'Union Européenne à propos d'Airbus et de Boeing. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) ayant estimé illégales les aides apportées par l'Union européenne à Airbus, les États-Unis, sous le mandat de Donald Trump, ont taxé en représailles les vins français.

Œil pour œil, dent pour dent : les aides des États-Unis à Boeing ayant elles aussi été considérées illégitimes par l'OMC, l'Union Européenne a, de son côté, instauré depuis novembre 2020 des taxes sur les exportations américaines en Europe dans l'aéronautique et certains biens d'origine agricole comme les eaux-de-vie de vin, vermouths, vodkas, rhums...

Le nouveau président des États-Unis, Joe Biden, sifflera-t-il la fin de la partie ? C'est ce qu'espère la filière viticole française, injuste otage de cette guerre commerciale.

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Commentaires
a écrit le 04/02/2021 à 3:31 :
Certains gros proprietaires en bordelais achetent des vignes en Californie. Des espaces considerables malgre les risques d'incendies recurents.
Enfin les vins de la region Herault, ca ne vole pas haut.
a écrit le 03/02/2021 à 17:41 :
Quand on comprend que Démocrates ou Républicains, c'est la même chose...

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