Plan de soutien à l’agriculture : « Le gouvernement a pris la mesure du désarroi colossal des viticulteurs » (Miren de Lorgeril)

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Miren de Lorgeril, présidente du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL).
Miren de Lorgeril, présidente du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL). (Crédits : DR)
ENTRETIEN - Miren de Lorgeril, présidente du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL) accueille avec satisfaction le soutien à l’agriculture annoncé le 17 avril par Jean Castex, mais reste vigilante sur le détail des mesures qui seront mises en place, pour que les promesses soient bien tenues.

LA TRIBUNE - Jean Castex a annoncé le 17 avril un plan de soutien d'un milliard d'euros pour aider les agriculteurs sinistrés par le gel. Cette annonce vous rassure-t-elle ?

MIREN DE LORGERIL, présidente du CIVL - L'annonce de ce plan de soutien est la preuve que le gouvernement a bien pris conscience de l'ampleur des dégâts de ce gel sur nos productions agricoles et du désarroi colossal qu'il a engendré chez les agriculteurs sinistrés. En Languedoc, c'est un gel sans précédent dans notre vignoble. Même les secteurs habituellement protégés ont été impactés. Cet événement climatique particulièrement brutal fragilise notre filière, qui se trouve déjà dans un contexte économique difficile marqué par la crise sanitaire, la fermeture du secteur de la restauration, la suppression de tous les salons, la taxe Trump sur nos exportations aux USA.... Comme l'État est massivement intervenu pour soutenir les entreprises à l'arrêt dans la crise du Covid, nous avons besoin de la solidarité nationale pour passer ce cap difficile. Qui plus est, les installations en viticulture sont déjà peu nombreuses. S'il n'y a pas de soutien le jour où on traverse une crise pareille, nous aurons une déperdition massive d'engagement dans notre filière. Alors, oui, nous sommes satisfaits de ce soutien mais nous restons vigilants sur le détail des mesures qui seront mises en place et leur application afin que les promesses soient bien tenues. Et si l'enveloppe peut paraître colossale, il faut rappeler que la filière viticole a perdu 2 milliards d'euros avec ce gel. Le milliard d'euros accordé pour toute l'agriculture française ne couvrira pas toutes nos pertes.

Craignez-vous une flambée des cours dans les prochains mois ?

C'est justement un écueil qu'il faut à tout prix éviter. Une hausse brutale des cours serait catastrophique car elle conduirait inévitablement à une perte de parts de marché, qui sont toujours extrêmement difficiles à regagner. C'est la raison pour laquelle, il faut des compensations pour les producteurs, pour leur assurer un complément de revenu qu'ils ne doivent pas attendre de la hausse des prix.

Les pertes de parts de marché ne sont-elles pas inéluctables du fait de la baisse attendue du volume de la récolte 2021 ?

Pour nos AOC, nous avons environ 14 mois de stock. On devrait pouvoir passer le cap sans trop de dégâts. Ce stock, qui s'est alourdi du fait de la crise sanitaire, nous inquiétait en début de campagne. Il va aujourd'hui nous rendre service. Ces réserves sont essentiellement constituées de vins rouges. Pour les blancs et rosés, la récolte 2020 devrait permettre de couvrir les besoins jusqu'à la prochaine récolte. Et il est probable que pour les vendanges 2021, les volumes en rosés progressent au détriment des rouges, pour alimenter ce marché en forte croissance. Notre vignoble, essentiellement planté en rouge, nous offre cette élasticité entre rouge et rosé. C'est une chance.

Restez-vous optimiste après tous ces coups durs ?

Avant ce gel, nous avions de bonnes raisons d'être optimistes. Nous sentons un frémissement sur le marché chinois. Les vins australiens y sont désormais fortement taxés, ce qui redonnent de la compétitivité aux vins français. La suspension de la taxe Trump est également une bonne nouvelle pour nos exportations aux États-Unis. Et l'annonce d'une possible prochaine réouverture des bars et restaurants est également de bon augure. Qui plus est, grâce au plan de relance accordée par la Région Occitanie suite à la crise sanitaire, les entreprises sont aidées dans leurs investissements promotionnels et commerciaux, nous bénéficions donc d'une bonne dynamique commerciale pour relancer tous ces marchés. Si les aides promises par l'État sont bien au-rendez-vous, nous avons bon espoir de nous relever de ce gel.

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