Sécurité alimentaire : « Les autocontrôles des industriels sont-ils suffisants ? »

INTERVIEW - Après un lancement en 2020, le groupe Phytocontrol, acteur de référence dans le domaine de la sécurité sanitaire des aliments et de l’environnement, et l’Université de Nîmes tiennent les 8 et 9 juin prochain à Nîmes, la deuxième édition de leur colloque international sur la sécurité alimentaire : le Food Risk 2022. Dans un contexte de multiplication des alertes de sécurité alimentaire, plus de 200 participants et intervenants internationaux son annoncés. Entretien avec Eric Capodanno, directeur scientifique de Phytocontrol.

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Eric Capodanno, directeur scientifique de Phytocontrol.
Eric Capodanno, directeur scientifique de Phytocontrol. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Quels sont les enjeux principaux de ce colloque Food Risk, organisé par Phytocontrol à Nîmes, les 8 et 9 juin 2022 ?

Eric CAPODANNO, directeur scientifique de Phytocontrol - En ouverture de la conférence, nous reviendrons sur la crise de l'oxyde d'éthylène, qui a commencé en septembre 2020. L'idée est aussi d'avoir des retours d'expériences sur la gestion de crise alimentaire avec des industriels qui viendront nous en parler, comme l'ancien P-dg de Picard Surgelés, Philippe Pauze. Nous évoquerons aussi les techniques analytiques pour prévenir et contenir ces crises. Enfin, le colloque entend aborder les enjeux d'avenir de la filière, notamment la digitalisation des process pour améliorer la fiabilité et la traçabilité des produits. Nous pourrons faire le lien avec la problématique de l'authenticité de la provenance des produits.

Aujourd'hui les alertes sanitaires sur les produits de grande consommation semblent se multiplier. Est ce une réalité ?

Oui, les médias ont récemment relaté plusieurs affaires de contamination alimentaire microbiologique. C'est un des aspects de nos métiers, et le premier volet de contrôle pour les aliments car les contaminations microbiologiques présentent des risques de toxicité aiguë et à court terme. Les crises de ces derniers mois ont été plus médiatisées car il y a eu des décès liés à la consommation des aliments, mais nous relevons des alertes de contamination microbiologique tous les ans sur le réseau d'alerte européen. Il s'agit souvent d'un problème issu de la chaîne de fabrication ou de conservation.

Le colloque peut-il proposer des règles concrètes pour mieux prévenir ces crises ?

Nous parlerons des différents contrôles et des techniques analytiques. Une des problématiques actuelles est la pratique de l'autocontrôle. Sont-ils suffisants de la part des industriels ?  Au vu des événements récents, on peut se poser la question... Nous devons encore renforcer notre travail avec les industriels. En tant que laboratoire, nos méthodes sont accréditées et conformes aux normes européennes. Nous pouvons aider les équipes internes des industriels à définir leurs propres méthodes et besoins.

Quelle est cette crise de crise de l'exyde d'éthylène, que vous abordez en ouverture du colloque ?

Depuis septembre 2020, nous avons constaté que beaucoup de graines de sésames importées d'Inde contenaient des résidus des molécules d'un gaz appelé oxyde d'éthylène. Il est utilisé pour améliorer la conservation du produit et réduire le risque de salmonelle. Mais en Europe, cette molécule est interdite car elle est considérée comme un contaminant chronique.

Un autre sujet important du colloque sera les méthodes permettant de garantir l'origine géographique des aliments grâce aux analyses...

Nous sommes au tout début de cette nouvelle discipline ! Chez Phytocontrol, nous avons déjà une personne qui travaille dessus à temps plein. Il faut définir les biomarqueurs des produits, en fonction de leur origine géographique, mais aussi celle des produits contrefaits. On travaille notamment sur trois produits, victimes d'énormément de fraudes : le miel, l'huile d'olive et le vin. C'est un nouveau champ d'intervention, car si nous avons déjà des outils sur la traçabilité, il s'agit ici d'appliquer des techniques d'analyse ADN ou chimique, et de créer des bases de données. Des innovations d'autant plus cruciales que le changement climatique vient aggraver les problèmes de la sécurité alimentaire en entraînant des modifications des pratiques culturales dans les régions.

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