Petits commerces à Montpellier : « Le garrot n'est pas un remède, il peut faire perdre un membre »

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A Montpellier, le maire Michaël Delafosse a cosigné un courrier avec une cinquantaine d'autres maires de France Urbaine en soutien aux commerces de proximité.
A Montpellier, le maire Michaël Delafosse a cosigné un courrier avec une cinquantaine d'autres maires de France Urbaine en soutien aux commerces de proximité. (Crédits : Montpellier Tourisme - DR)
Le week-end aura été chargé en réactions diverses et la pression monte. Les maires, parmi lesquels celui de Montpellier, Michaël Delafosse, sont montés au créneau pour soutenir les commerces de proximité et demander au gouvernement de réexaminer sa position concernant leur fermeture. Alain Simon, le président de la Fédération des associations de commerçants, d’usagers et de consommateurs du grand Montpellier, est inquiet mais espère encore qu’un revirement soit possible.

Depuis l'annonce d'un reconfinement et de la fermeture des commerces dits non-essentiels, c'est le feu partout, dans les grandes villes comme dans les petites. Les commerçants expriment leur colère face à ce qu'ils considèrent comme une inégalité de traitement entre petits commerces de proximité, obligés de fermer boutique, et grandes surfaces.

Depuis vendredi, la polémique a enflé et la pression monte partout. Certains maires ont dégainé l'outil de l'arrêté municipal pour autoriser l'ouverture dans leur centre-ville des commerces non-alimentaires. Ce fut le cas, en Occitanie, à Perpignan ou Béziers, mais aussi à Montauban (82) ou encore dans des villages des Pyrénées-Orientales comme Pia et Claira.

Au niveau national, dès vendredi également, l'association des maires de France (AMF) a demandé le réexamen de la notion de commerces de première nécessité. Et l'Association des Petites Villes de France (APVF) a, de son côté, adressé un courrier au Premier ministre pour lui demander « qu'une règle simple et juste soit appliquée, comme celle qui vient d'être prise pour les livres (interdiction aux grandes surfaces de vendre des livres à compter du 3 novembre, NDLR) et qui préserve les principes d'une concurrence équitable entre les grandes surfaces et les commerces de proximité ».

L'APVF se dit « favorable à ce que les préfets - qui sont les plus aptes à apprécier l'évolution de la situation sanitaire dans leur département - puissent avoir la possibilité, si la situation le permet, de rouvrir les commerces dits "non essentiels" dans leur département ».

« Avant d'entrer en bataille avec le gouvernement »

A Montpellier, le maire Michaël Delafosse a réagi lui aussi en soutien des petits commerces. Dans un courrier cosigné avec une cinquantaine d'autres maires de France Urbaine (dont Anne Hidalgo à Paris, Johanna Rolland à Nantes, Christian Estrosi à Nice, Bruno Bernard à Lyon ou Pierre Hurmic à Bordeaux), les élus, s'assurant « pleinement mobilisés pour la mise en œuvre des mesures » de reconfinement, demandent toutefois au gouvernement de « travailler rapidement à une solution permettant de prendre en considération cette demande légitime d'équité de traitement ».

Le gouvernement a pourtant tranché sans revenir sur les mesures décrétées, le Premier ministre annonçant dimanche soir qu'à partir du mardi 3 novembre, les rayons « non essentiels » des grandes surfaces devront fermer, déclenchant au passage le courroux du secteur de la grande distribution...

Alain Simon, le président de la Fédération des associations de commerçants, d'usagers et de consommateurs du grand Montpellier (FADUC), est le patron de l'emblématique boutique de jouets Pomme de Reinette, située en plein cœur de l'Écusson à Montpellier. Il se dit satisfait de la réaction du maire Michaël Delafosse, estimant, par comparaison avec les maires qui ont signé un arrêté municipal pour l'ouverture des commerces, « qu'il y a une chronologie à respecter avant de rentrer en bataille avec le gouvernement. Il y a des façons de faire plus souples, comme celle que Michaël Delafosse a utilisée, pour refléter notre problème et faire comprendre qu'il existe peut-être une autre stratégie ».

« Un sacrifice inutile »

« Nous avons appris brutalement une décision qui met en péril nos entreprises comme jamais auparavant, regrette-t-il au lendemain de ce week-end chargé en réactions. Ce choc qui oblige nos entreprises à fermer me semble un sacrifice inutile : soit nous pouvons rouvrir en décembre avec une affluence démultipliée - déjà extrême à cette période habituellement - et cela est contraire à la politique de distanciation qui prétexte notre fermeture de novembre, soit nous fermons aussi en décembre et l'asphyxie économique fait disparaître la plupart d'entre nous. Le garrot n'est pas un remède, il peut faire perdre un membre. »

Le commerçant l'assure, une autre voie est possible : « Les petits commerces ont démontré leur responsabilité et les précautions d'usage qu'ils peuvent mettre en œuvre, il faut leur faire confiance. Noël est une date précise et précieuse, c'est une fête pacifique. L'intelligence consisterait à expliquer aux gens qu'il faut étaler ses achats sur les deux mois qui restent avant Noël, au lieu de compresser ce temps quelques jours avant les fêtes, ou de risquer de supprimer carrément ce temps d'achat, tout ça au profit d'Amazon, ce qui créé une concurrence absurde et dangereuse pour la société. Nous pouvons recevoir les clients par deux ou trois, selon l'espace disponible, et les clients peuvent comprendre qu'il faille attendre pour entrer. A condition de s'y mettre maintenant ! ».

Le click & collect peut-il être une alternative en attendant des temps meilleurs ? Le commerçant assure qu'il s'agit là d'une « solution bâtarde, même d'un point de vue sanitaire » pour des indépendants. La plupart n'ont pas de site internet, et à quelques semaines de Noël, cela représente un travail de préparation colossal pour mettre ses produits en ligne. Là encore, il craint que le choix du clic ne se porte plus naturellement vers Amazon, « surtout si c'est la course au moins cher qui prévaut ». Lui qui réfute l'idée d'une « relation commerciale par écrans interposés » le martèle : « Le plus simple est de faire confiance aux commerçants ».

« Je crois en l'intelligence humaine »

Pour l'heure, sa préoccupation de commerçant, ce sont les dizaines de colis de fournisseurs qui arrivent chaque jour, en livraison des commandes passées.

« Le gouvernement nous met devant le fait accompli, mais qu'est-ce qu'on fait avec tout ça ? On doit payer nos fournisseurs, sinon derrière, c'est encore une réaction en chaîne qui produira une explosion économique et sociale... »

Le commerçant assure que les aides supplémentaires qui seront déployées, si elles sont appréciables, ne seront pas suffisantes. Mais il ne perd pas espoir que la situation évolue favorablement.

« On n'est pas là que pour hurler à l'assassinat, on réfléchit pour prémunir notre avenir, conclut Alain Simon. La FADUC se met en ordre de bataille mais pour l'instant, on est en réflexion, on reste calme. Le discours des maires est bien tombé, la balle est dans le camp du gouvernement... Je crois en l'intelligence humaine et je crois que ceux qui ont fait des choix maladroits pourront changer d'avis et nuancer leurs décisions. »

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