Municipales dans l’Hérault : le bâtiment et l’immobilier donnent de la voix

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Le 16 décembre, le club de réflexion ABCD reprend du service dans l'Hérault à quelques mois des élections municipales pour peser dans le débat.
Le 16 décembre, le club de réflexion ABCD reprend du service dans l'Hérault à quelques mois des élections municipales pour peser dans le débat. (Crédits : DR)
L’Académie du Bâtiment et de la Cité de Demain (ABCD), club de réflexion lancé dans l'Hérault en 2017 par six organisations professionnelles du secteur du bâtiment et de l’immobilier, reprend du service à quelques encablures des élections municipales. Objectif pour ce secteur de poids : exister dans le débat et se faire entendre des candidats.

Les acteurs du secteur de l'immobilier et du bâtiment ne seront pas de reste dans la campagne des élections municipales... Alors qu'elle a déjà démarré, le club de réflexion baptisé l'Académie du Bâtiment et de la Cité de Demain (ABCD) revient sur le devant de la scène héraultaise.

Il n'avait pourtant pas donné signe de vie depuis son lancement en mai 2017 à Montpellier. A l'époque, la démarche avait été qualifiée d'inédite par les fondateurs, les six organisations sur la chaîne de l'acte de construire : la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) Occitanie Méditerranée, la Fédération du bâtiment et des travaux publics de l'Hérault (FFB 34), le Syndicat national des aménageurs lotisseurs (SNAL-LR, devenu l'UNAM-LR), l'Association des architectes et maîtres d'ouvrage (AMO-LR), la CCI 34 et la FNAIM 34. Objectif énoncé alors : « Favoriser toute réflexion et action sur les enjeux sociétaux, économiques, financiers, sociaux, environnementaux et culturels relatifs à la cité de demain pour répondre aux défis de l'aménagement de l'arc méditerranéen ».

« Nous avons bien travaillé sur des sujets de fonds, assure aujourd'hui Patrick Ceccotti, le président de l'ABCD. Le document de synthèse que nous produisons constitue le Livre blanc de notre 2e année de réflexion. Nous avons échangé avec des élus locaux, avec l'EPF (Établissement public foncier, NDLR), avec les services préfecture sur l'habitat flottant, avec les architectes sur le bâtiment durable, avec les acteurs économiques, etc. »

Un poids économique de taille

Lors d'une conférence de presse donnée le 16 décembre, ils se passent la parole dans un exercice très orchestré, donnant à voir un secteur d'activité uni dans un intérêt partagé : peser sur le débat des municipales et s'assurer que la question de la nécessité de bâtir sera centrale et bien considérée par les candidats...

Au premier rang des enjeux que les professionnels de l'acte de construire mettent dans la balance pour expliquer leur démarche de lobbying figurent les enjeux économiques et de l'emploi du fait du poids effectif du bâtiment dans l'économie régionale.

« La filière BTP compte 70 000 établissements en Occitanie pour 97 000 salariés, et en incluant l'artisanat et les métiers connexes, la construction représente 121 000 salariés pour 15 Mds € de chiffre d'affaires, campe Thierry Ducros, président de la FFB 34 en guise de décor. L'Hérault est le 1er département d'Occitanie en nombre d'entreprises - 16 000 - et le 2nd en nombre de salariés - 30 000, ce qui en fait le 1e employeur privé du département - pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 3 Mds €. Or les dépenses BTP des collectivités s'élèvent à 700 M€ dans l'Hérault (4,7 Mds € en Occitanie, NDLR), un chiffre qui traduit bien le dynamisme de la commande privée... Je rappelle qu'un logement construit, c'est deux emplois créés ou maintenus. »

Fragilités et logements sociaux

En regard, les professionnels pointent les 12 000 nouveaux arrivants chaque année dans le seul département de l'Hérault (50 000 en Occitanie) et soulignent le second enjeu : l'enjeu social.

« L'Hérault cumule trois fragilités : le taux de pauvreté, le taux de chômage de longue durée, et le taux de bénéficiaires de minimas sociaux, énumère Dominique Guérin, président de FDI. 70 % de la population peut prétendre à l'attribution d'un logement social. Or au 1e janvier 2018, le taux d'équipement en logements HLM s'élevait à 10,3 %, loin derrière la moyenne nationale... Nous rappelons que sous une apparence solide, l'outil de production de logement pourrait vite s'enrayer si les paramètres venaient à être modifiés. »

« Il existe un lien fort entre la construction de logements sociaux et privés, ajoute Laurent Villaret, président de la FPI Occitanie Méditerranée. Plus de 50 % des logements sociaux sont réalisés par la promotion privée. Les aides de l'État sont en nette baisse. Ce désengagement implique que les prix des logements libres viennent compenser un modèle économique en perte sur le logement social. »

« Bâtir est un acte écologique »

Outre l'enjeu du pouvoir d'achat, qui justifie à lui seul, selon l'ABCD, la nécessité de produire du logement abordable dans le département, les professionnels insistent sur une thématique qui sera centrale dans la campagne des municipales : l'enjeu « planète ».

« La prise de conscience collective est forte, et notre filière y travaille depuis longtemps, déclare Laurent Villaret. Nous pouvons faire la démonstration que bâtir est un acte écologique. Par exemple, on construit ville sur la ville, on désimperméabilise des sols, on solutionne les problématiques hydrauliques avec une végétalisation en pleine terre, on replante de plus en plus, on lutte contre les îlots de chaleur en faisant des jardins verticaux, on fait des logements plus isolés qu'hier, on utilise des matériaux biosourcés... L'écologie n'est pas du marketing pour nous ! »

Interrogé sur le recalibrage à la baisse en nombre de logements mais à la hausse en végétalisation de la ZAC de la Restanque, le promoteur immobilier répond : « Ce que je constate surtout, c'est qu'elle va sortir, et dans des conditions de transition écologique que nous saluons ».

« Le plan biodiversité prévoit zéro artificialisation des sols à horizon 2030, souligne Hervé Van Twembeke, vice-président de l'AMO-LR. Or 2030, c'est demain, il faut que les élus l'intègrent ! Où mettra-t-on les gens ? C'est une réflexion importante pour l'ABCD. Nous aimerions créer un organisme paritaire que l'État écouterait. »

Front commun et main tendue

A quelques mois du scrutin qui verra peut-être certaines municipalités basculer, les acteurs de l'acte de bâtir se serrent donc les coudes et font front commun.

« Aujourd'hui, nous comptons bien porter notre parole dans les débats et nous irons rencontrer les principaux candidats des principales villes de l'Hérault », assure Patrick Ceccotti.

S'ils se défendent d'être plus inquiets d'une candidature écologiste que d'une autre - les principaux candidats affirment tous des intentions fortes en la matière - le président de l'ABCD répond toutefois « nous refusons d'être dévalorisés par des propositions écologiques sectaires. Bâtir, c'est bâtir l'avenir, tout en bâtissant autrement, humain, performant... Nous sommes ici pour une main tendue ».

« On ne veut pas prendre parti mais faire preuve d'ouverture auprès de tous les candidats, ajoute Laurent Villaret. Ce qu'on ne souhaite pas, c'est que le débat soit "faut-il arrêter de construire et planter des arbres ?". On ne veut pas une caricature de débat, les enjeux sont suffisamment forts pour que l'acte de bâtir soit au centre. »

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