Comment les industries culturelles valorisent le patrimoine

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La websérie Nemausus, lauréate de nombreux prix internationaux, fait la part belle aux Arènes de Nîmes et aux différents sites historiques de la ville.
La websérie Nemausus, lauréate de nombreux prix internationaux, fait la part belle aux Arènes de Nîmes et aux différents sites historiques de la ville. (Crédits : K-PRODZ)
Les seules photos ne suffisent plus et les acteurs de la valorisation du patrimoine ou de la promotion territoriale ont compris l’intérêt des nouvelles technologies pour exposer leurs merveilles à la terre entière en quelques clics. Les possibilités du numérique ouvrent en grand de nouvelles portes, suscitent l’envie d’aller voir « en vrai », et élargissent l’accès au plus grand nombre. Revue de terrain en Occitanie est.

L'université et le projet Mousaion

Le numérique a fait son entrée à l'université des sciences humaines de Paul-Valéry Montpellier 3, dont le Musée des moulages (antiquité classique, époque médiévale), créé en 1890, est l'un des rares subsistant au sein d'une université.

« Tout le monde est sur la numérisation des œuvres, ce qui coûte très cher, mais qu'est-ce qu'on en fait, quelle est la plus-value, interroge François Péréa, vice-président en charge de l'innovation à l'université. Il faut penser de nouvelles formes de médiations. On réinvente le musée. Le numérique n'est qu'une excuse, avec évidemment derrière un intérêt patrimonial et parfois scientifique. »

En 2017, l'université produit l'exposition « Papier, plâtre, pixel - La quête du musée virtuel », qui fait émerger le projet Mouseion : associant le Musée des Moulages et des équipes de recherche, il propose la numérisation de la collection du musée avec l'école ArtFx et l'entreprise Le Comptoir 3D.

« L'idée est de se saisir de cette opportunité de numérisation pour créer des partenariats avec d'autres musées afin de développer à terme un réseau intermuséal, d'abord local, puis méditerranéen et mondial, explique François Péréa. Ces nouveaux dispositifs numériques permettent de relier les œuvres entre elles. »

La base de données numérique sera aussi une mémoire scientifique et permettra de mettre en open access une partie des œuvres majeures de la sculpture grecque, romaine et médiévale.

« Nous réfléchissons à d'autres débouchés, ajoute l'universitaire. Ces œuvres numérisées peuvent être utilisées dans des productions comme le cinéma ou les jeux vidéo. Y mettre de vrais morceaux de musée, avec du récit et de la véracité historique, peut donner envie de venir voir les œuvres... La numérisation est commencée et j'aimerais que le projet Mousaion débute fin 2019. C'est un enjeu patrimonial, scientifique, citoyen, de connaissance de la culture. »

Le Musée Fabre et l'histoire cachée

En novembre 2018, le Musée Fabre crée un nouvel outil de médiation et de communication sous la forme d'une série graphique numérique baptisée "Fabre & The City", un projet porté par la Métropole de Montpellier dans le cadre du maillage numérique de la Cité Intelligente.

« Nous avons voulu donner une place à la culture avec la volonté de toucher des jeunes qui ne rentrent jamais au musée Fabre, explique Chantal Marion, vice-présidente de la Métropole. Nous avons décidé d'ajouter une série graphique pour valoriser également le patrimoine dans la ville. La visite guidée enrichie par l'application sera bientôt disponible. »

La série Fabre & the City invite les visiteurs dans les coulisses du musée et dans la vie intime de ses œuvres d'art.

« C'est un roman graphique de plusieurs épisodes, accessible sur internet et via une application qui s'active quand on est à proximité des points d'intérêt, donnant une présentation historique avec des images, textes ou dessins, précise Pierre Stepanoff, conservateur du patrimoine au Musée Fabre. Le numérique met en valeur l'histoire cachée. C'est une nouvelle expérience muséale. »

Mais il met en garde : « Oui à la valorisation du patrimoine par le numérique, mais ça ne doit pas être un gadget, c'est la clef pour que l'écran ne se substitue pas à l'œuvre, en particulier chez les jeunes. Notre rôle est de s'attacher d'abord à l'objet ».

Nemausus, la web-série qui propulse Nîmes sur la Toile

Un gladiateur romain projeté dans le Nîmes d'aujourd'hui ? Dix épisodes plus tard, la web-série Nemausus a gagné ses lettres de noblesse, avec une cinquantaine de prix dans le monde, dont le 1er prix au Washington DC Web & Digital Media Festival et le rang de 2e web-série mondiale à l'occasion de la "Web-series world cup 2018" à Los Angeles.

Mais surtout, elle a propulsé la notoriété de la capitale gardoise sur la Toile. Produite en 2017 par le studio nîmois K-Prodz (contenus marketing vidéo formats courts) en partenariat avec Culturespaces, le gestionnaire à Nîmes des Arènes, de la Tour Magne et de la Maison Carrée, elle a été diffusée sur YouTube.

« On voulait montrer les lieux et monuments historiques de la ville, raconte Quentin Uriel, l'un des deux cofondateurs de K-Prodz. Culturespaces nous a mis les sites à disposition (budget : 160 000 € sans les monuments, avec 200 bénévoles, NDLR) et nous avons travaillé avec des historiens. Une belle promotion pour la ville ! »

Christophe Beth, le directeur de Culturespaces Nîmes, confirme : « Les technologies nous permettent d'aller vers des expériences plus immersives et plus accessibles pour le grand public, de transmettre des savoirs et des données scientifiques, et d'élargir le spectre des publics. La web-série nous a donné de la visibilité et ça attire du monde ».

Nourrir les contenus de produits touristiques grâce aux ICC, c'est l'un des créneaux de l'Open Tourisme Lab, accélérateur nîmois spécialisé dans l'innovation touristique.

« Notre challenge : réinventer le marketing territorial des destinations à forte empreinte géographique en mettant du contenu, du storytelling pour réinventer les films de production classiques », souligne Emmanuel Bobin, son managing director. « Nous voulons faire d'autres Nemausus ailleurs, mais pas forcément des web-séries, on élargit à d'autres formats, annonce Quentin Uriel. Deux projets pour des territoires en Occitanie sortiront cet été. »

Le tournage de la saison 2 de Nemausus démarrera fin 2019 à Nîmes. Plus ambitieuse (budget multiplié par 20), elle proposera 10 épisodes de 26 minutes (et non plus 10), destinés à une chaîne TV ou une plate-forme de streaming type Netflix

Réalité virtuelle à Perpignan

Deux start-ups perpignanaises ont investi sur la réalité augmentée et visent les marchés touristiques ou culturels. Après l'incendie du 15 avril dernier, ICM-Soft a ainsi décidé de rendre hommage à Notre-Dame-de-Paris via son application mobile Realillusions qui permettait de faire apparaître une vue 3D de la cathédrale dans n'importe quel lieu.

La start-up Lenscom quant à elle, hébergée dans la pépinière d'entreprises du Pôle Action Média au Soler (66), est spécialisée dans les images 360° et les visites virtuelles. Après les visites virtuelles du Palais des Rois de Majorque et de la cathédrale Saint-Jean à Perpignan, elle travaille sur un projet pour une collectivité, consistant à réaliser un parcours touristique avec réalité virtuelle et modélisation de lieux détruits au fil de l'histoire.

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